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« La démocratie se confond
exactement pour moi avec la souveraineté. La
démocratie, c'est le gouvernement du peuple
exerçant la souveraineté sans entrave »,
Charles de Gaulle.
Refusant la fausse alternative
qui ne laisse le choix qu'entre le capitalisme
sauvage et le marxisme, la Troisième Théorie
Universelle se situe immédiatement dans une
autre dimension de la politique, très loin
des réductionnismes et de la superficialité des
pratiques politiciennes.
Faisant le procès de la
démocratie figée, le Mahatma Gandhi trouvait le
capitalisme moderne d'autant plus dangereux
qu'il berce les peuples dans une sécurité
trompeuse et lui reprochait de ne pas seulement
asservir les corps comme la féodalité, mais
aussi d'infecter et de détruire l'âme.
En parallèle, nous trouvons chez
Emmanuel Mounier une semblable démarche, mais à
l'encontre du marxisme: En vidant l'individu de
son intériorité et le monde de son mystère, en
affirmant l'imminence sans la transcendance et
le temps sans l'éternité; le marxisme s'est
privé de toute une dimension du réel; car il
faut aussi se jeter dans les profondeurs
intérieures pour bien lire les secrets de la
nature. Contre Marx, nous affirmons qu'il n'y a
de civilisation et culture humaine que
métaphysiquement orientées. Cette double
orientation spiritualiste et cette référence à
la métaphysique dans le domaine politique nous
amènent à considérer l'utilité sémantique d'un
terme qui situe d'emblée une certaine vision de
la politique au sens actuel de ce terme.
La métaphysique est la partie de
la philosophie qui traite des premiers principes
de la connaissance, la connaissance des causes
premières. Outre son sens synonymique de
philosophie première, la métaphysique
concerne aussi plus largement toute réflexion
sur le sens du monde et la place de l'homme dans
l'univers.
Le message contenu dans le
Livre Vert est d'ordre politique,
mais ses préoccupations dépassent largement ce
que l'on entend habituellement de nos jours par
politique. La constante référence spiritualiste
d'une part, la démarche globalisante d'autre
part, sont là pour donner une nouvelle dimension
à la Troisième Théorie Universelle, laquelle
n'est pas seulement une doctrine politique.
Recherchant l'origine de la vie
en société et en tirant les conclusions qui
s'imposent, réfléchissant à la place de l'homme
dans l'humanité et l'univers, cette théorie va
même plus loin que le sens étymologique de la
politique; elle va jusqu'aux origines premières
de la pensée.
Nous définirons donc la
Troisième Théorie Universelle comme une
METAPOLITIQUE.
PARALLELISME
AVEC D'AUTRES PENSEURS
Sans vouloir faire remonter trop
loin dans l'histoire une analyse comparative,
nous nous bornerons à situer la pensée du
Livre Vert par rapport à certaines
démarches de ce siècle et du siècle précèdent.
D'une manière confuse et éparse,
nous retrouvons des thèmes présentés par
le Livre Vert chez divers penseurs et
courants politiques. La critique du
parlementarisme au nom de la loi naturelle est
présente chez Maurras tandis que la même
démarche au nom du pouvoir direct du peuple se
retrouve chez les anarchistes. Mais il est
évident que la pensée du Livre Vert
ne peut guère se comparer au conservatisme de
Maurras ou l'incohérence tragique de la pratique
anarchiste.
Cependant, un penseur européen
avait développé en son temps des thèmes dont
certains ne sont pas étrangers à la Troisième
Théorie Universelle: à savoir Pierre-Joseph
Proudhon qui se situe dans l'ensemble de
l'idéologie du fédéralisme intégral.
Adversaire de la centralisation
systématique et de la dépersonnalisation des
rapports institutionnels autant économiques,
Proudhon prôna une synthèse politique qui
s'opposait à la fois aux excès du capitalisme et
au totalitarisme qui se trouvait déjà en
gestation dans les écrits de son contemporain
Karl Marx.
Pour très séduisante qu'elle
soit – surtout à notre époque ou les deux
systèmes politico-économiques ont prouvé leur
faillite respective – la pensée de Proudhon
pêche par un défaut: le matérialisme. Etranger à
toute préoccupation spirituelle et métaphysique,
Proudhon ne présenta donc qu'une synthèse où
l'une des composantes de base – donc essentielle
– manquait.
A l'inverse, la pensée du grand
écrivain français Charles Péguy est tout
empreinté de foi et de mysticisme. Mais bien que
se rattachant aussi au fédéralisme intégral -
dont l'élément central de toute la fédération
était la plus petite unité, à savoir l'homme –
Péguy pêche par un autre manque: celui d'une
approche économique de son idéologie.
Après le fédéralisme intégral de
Proudhon et le socialisme mystique de Charles
Péguy, l'Europe connut aussi d'autres efforts de
synthèse qui, sans nécessairement l'affirmer
comme telle, recherchaient une sorte de voie
nouvelle, une troisième voie ...
La France vit se développer
l'idéologie solidariste. Courant libéral
progressiste, le solidarisme eut pour père Léon
Bourgeois qui fut président du Conseil (premier
ministre) en 1895/96 et Prix Nobel de la Paix en
1920. La décennie précédente, la Belgique vit se
réunir en mai 1887 un congrès libéral
progressiste dont les grands noms furent Paul
Janson et Charles Gilisquet.
Ainsi se posèrent les premiers
jalons du radicalisme politique qui revêt bien
des formes différentes selon les pays non pas
par manque d'idéal ni de volonté mais peut-être
par manque d'une synthèse métapolitique.
La quête d'une troisième voie
fut aussi illustrée sur le plan économique par
Silvio Gesell, économiste argentin d'origine
allemande.
Dans les pays du Tiers-monde,
la lutte pour l'indépendance puis les premières
années de la décolonisation, permirent
l'éclosion de mouvements politiques
nationalistes qui, selon les aléas du moment, se
dotèrent plus ou moins précisément d'idéologies
originales. Une étude approfondie de la
sémantique politique permettrait d'analyser à
quel point la terminologie politique
traditionnelle ne recouvre le plus souvent que
des prises de position circonstancielles sinon
opportunistes. A des très rares exceptions, les
mouvements politiques issus des guerres de
libération retombèrent, même inconsciemment ou
contre leur gré, dans la piège de l'alternative
Est-Ouest, les uns donnant des gages à la
démocratie formelle occidentale, les autres
adoptant une phraséologie marxiste.
Celui qui s'approcha le plus
d'une réelle théorie universelle fut le Mahatma
Gandhi, le père de la nation indienne.
LA
PHILOSOPHIE POLITIQUE DE GANDHI
Profondément croyant,
Mohandas Karamchand Gandhi souhaitait
par dessus tout «spiritualiser la politique».
Connu surtout pour son attachement à la
non-violence et sa lutte contre les
discriminations raciales et religieuses, Gandhi
fut un homme ouvert qui ne refusa jamais la
compréhension des grandes religions.
Sa vision de l'organisation de
la société n'est pas sans analogie avec celle
que devait ébaucher Mouammar El Kadhafi. Sa
critique du parlementarisme classique est aussi
pertinente: C'est une superstition et un
sacrilège de croire que l'acte d'une majorité
lie une minorité. De même, Gandhi affirme: La
liberté véritable se réalisera non grâce à la
conquête de l'autorité par une seule élite, mais
par la réalisation par tous de la capacité – en
d'autres termes, la liberté sera atteinte par
l'éducation du peuple, par sa prise de
conscience de sa propre capacité de gérer et de
régulariser l'autorité.
Voici comment le Mahatma Gandhi
voyait le schéma de la société idéale:
Cette structure composée
d'innombrables communes sera caractérisée par
des cercles s'élargissant dans un mouvement
ascendant. La vie ne sera pas à la pyramide dont
le sommet est appuyé par la base. Elle se
présentera sous forme de cercle océanique avec
au centre l'individu toujours prêt à périr pour
sa commune, celle-ci prête à périr pour le
cercle de commune qui l'entoure, jusqu'à ce que
la vie se compose d'individus sans arrogance ni
agressivité, toujours humbles tout en
participant à la majesté du cercle océanique
dont ils font partie. Et Gandhi de préciser:
Aussi la circonférence extérieure ne
détiendra-t-elle pas les pouvoirs pour écraser
ceux de l'intérieur, mais elle leur donnera la
force nécessaire tout en dérivant d'eux à son
tour sa propre énergie.
Avec ses mots à lui et dans le
contexte qui lui fut propre, aussi bien au
niveau géopolitique que spirituel, Gandhi amorce
une définition de la société idéale qui se
trouve comme une sorte de maillon entre celle
des penseurs fédéralistes et socialistes
mystiques européens d'une part. L'on y retrouve
aussi une réfutation du concept négatif de la
lutte des classes, laquelle est abandonnée au
profit d'un esprit solidariste et communautaire.
Gandhi envisageait aussi les
problèmes au niveau mondial car pour lui, sa
mission était celle de la fraternité entre les
peuples.
CRITIQUE
DE LA POLITIQUE POLITICIENNE
Dans les pays européens, la
domination exclusiviste de la vie politique par
les partis a donné lieu à une définition: la
partitocratie, le pouvoir des partis lequel n'a
plus rien à voir avec l'idée de base de la
démocratie.
Déjà Edouard Herriot, homme
politique français, avait eu ces mots ironiques:
«La politique est l'une des branches de
météorologie. La météorologie est la science des
courants d’air ».
Quant au grand poète Paul
Valery, il disait en substance: «La politique
était auparavant l'art d'empêcher les gens de se
mêler de ce qui les regarde. Elle est maintenant
l'art de leur demander constamment leur avis sur
ce qu'ils ne connaissent pas ».
D'autre part, parler dans
l'absolu de libertés démocratiques ne veut pas
dire grande chose. Ainsi le père spirituel du
libéralisme progressiste moderne belge – Paul
Heymans (qui était de religion protestante) se
plaisait a affirmer: Est-ce que l'homme isolé,
ignorant, pauvre, comprimés par les besoins
matériels, est vraiment libre et capable
d'exercer sa liberté? Non ! Il n'y a pas de
liberté dans l'ignorance et la misère.
La lassitude des citoyens
réduits au rang d'électeurs régulièrement
occasionnels ne cesse de s'illustrer dans de
nombreux pays où le parlementarisme classique
n'inspire plus que désintérêt ou ironie.
Certes, il est beaucoup trop
aisé à des politiciens marginaux aigris de leur
constant insuccès ou à des partis extrémistes de
faire le procès du parlementarisme classique.
Mais il est bien plus intéressant d'analyser la
critique lucide posée par un homme politique qui
rompit avec force de tous ses candidats publics,
excédés par le système politique actuel.
Nous voudrions ainsi évoquer le
livre Germes et bois morts dans la société
politique contemporaine publié récemment
par l'ancien ministre belge, le professeur
François Perlin.
Ancien ministre de la reforme
des institutions, éminent juriste et
universitaire, François Perlin brosse un tableau
lucide des moeurs politiques belges, lesquelles
se retrouvent dans bien d'autres pays.
Voici quelques-unes de ses
réflexions:
-
Dans certains pays, comme la Belgique et la
Hollande, où sévit une partitocratie sans
partage, ce sont les oligarchies de parties
qui décident des alliances souverainement:
les électeurs n'ont pas été appelés à donner
une indication quelconque sur ce point.
-
La partitocratie contient, à la limite, en
elle-même, les causes de sa propre
destruction. Elle peut vivoter longtemps,
tant que la société se suffit à elle-même,
n'attend du pouvoir qu'un service limite que
continuent d'assurer les administrations
locales, régionales ou étatiques, malgré les
carences gouvernementales dues aux crises
politiques. Mais lorsque cette société se
heurte à une crise trop grave, elle risque
de s'effondrer.
-
Le capitalisme prédateur et le socialisme
autoritaire, ces deux monstruosités du
siècle, ont assez démontré la capacité de
folie suicidaire des hommes, pour que l'on
tente partout d'ouvrir des voies à un
comportement plus équilibré, plus serein et
plus sage.
Abordant le problème de
l'enseignement, François Perin ajoute: « La
liberté commande de faire front, ici comme
ailleurs, contre l'impérialisme des
oligarchies ».
Des hommes de science tiennent le
même raisonnement. Ainsi, le biologiste Allemand
Konrad Lorenz, Prix Nobel de Médecine,
qui affirme: Le magnat de la production
capitaliste, comme le fonctionnaire soviétique,
veut avoir les moyens de conditionner les hommes
et d'en faire des être subordonnes, uniformisés,
parfaitement soumis... lorsqu'une idéologie
mondiale et la politique qui en découle sont
fondées sur le mensonge, il faut s'attendre aux
pires conséquences. La doctrine
pseudo-démocratique porte une large part de
responsabilités dans l'effondrement de la
culture et de la morale qui menace les
Etats-Unis et qui risque d'entraîner sa chute et
le monde occidental tout entier.
Spécialiste européen des sciences
politiques, Alexandre Marc avance une critique
de l'Etat qui va dans le même sens que l'auteur
du Livre Vert. Il écrit: « Pour
asseoir la dictature de la majorité sur la
minorité, dictature qui se transforme
immanquablement en une dictature d'une fraction
de plus en plus restreinte, sur la majorité un
seul outil, un seul instrument, une seule
mécanique: l'Etat ».
Le concept traditionnel d'Etat –
et dirions-nous – sa déification par ceux qui
s'en servent, sont à l'origine de la plus
gigantesque escroquerie intellectuelle de tous
les temps. Cette notion même d'Etat a été
remplacée dans la patrie de l'auteur du
Livre Vert par celle de JAMAHIRIYA. Il
ne s'agit pas la de la simple traduction du
terme de république - lequel, avec le temps, ne
veut absolument plus rien dire - mais plutôt
d'un terme qui englobe l'idée de communauté et,
plus précisément, de pouvoir communautaire, de
communauté participative, de société
communicationnelle.
Ce que nous avons appelé la
métapolitique se trouve bien au
centre de cette ébauche dynamisante d'une
Troisième Théorie Universelle dont la Jamahiriya
apparaît comme une sorte de creuset.
Nous avons voulu – en nous
referant à différents auteurs et penseurs
modernes – non pas associer ces derniers aux
thèses de Mouammar El Kadhafi ni faire preuve
d'une approbation personnelle, mais bien prouver
que la démarche de l'auteur du Livre Vert, tout
en étant originale, répond à un besoin que
d'autres ont ressenti. Certaines idées
présentées dans le Livre Vert
furent illustrées isolement dans d'autres temps,
en d'autres lieux et par d'autres penseurs parmi
lesquels nul n'a été aussi durement calomnié que
Mouammar El Kadhafi. Peut-être est-ce par ce que
l'auteur du Livre Vert a tenté une démarche de
synthèse là où les autres posèrent des jalons
isolés où, qui plus est, parce que les
circonstances lui donnent raison.
Somme toute, il serait
impossible, vaniteux ou indécent, de poser une
conclusion définitive à la présente étude. Loin
de clore un débat, elle ne peut - au contraire -
que l'ouvrir.
La seule conclusion qui s'impose
serait de souhaiter que la recherche d'une
Troisième Théorie Universelle garde sa valeur
intrinsèque et ne s'altère pas au contact de
prétendus impératifs diplomatiques
circonstanciels. Car de toute évidence, une
telle idéologie - radicalement nouvelle – attire
deux sortes d'ennemis: ceux qui s'y opposeront
de front (et qui auront le mérite de la
sincérité) et ceux qui, pour la combattre,
essayeront de l'utiliser, de la dénaturer en la
mettant à la remorque d'une des deux théories
auxquelles elle devrait inéluctablement
succéder.
L'auteur du Livre Vert
étant animé de principes religieux d'une grande
valeur, qu'il nous soit donc permis de poser
ici, en guise d'ouverture sur l'avenir, une
citation du Dr Albert Schweitzer – grand
humaniste libéral et pasteur témoin de la foi
protestante: « Nous entreprendrons, autant que
le permet la force de la pensée, de contraindre
l'Etat moderne à s'intégrer à la spiritualité et
à la moralité d'un Etat civilisé, tel que le
respect de la vie le conçoit. Nous lui
demanderons de dépasser en spiritualité et en
moralité tout ce qu'on n'avait jamais pu
attendre d'un autre Etat. Le vrai progrès est
dans l'aspiration à l'idéal vrai (…) On nous
objecte que l’expérience est faite qu’un Etat
qui respecterait la vérité, la justice et
l’éthique n’est pas viable et qu’en dernier
lieu, il devra se réfugier dans l’opportunisme.
Qu’on nous permette de sourire de la valeur
d’une telle expérience qui est démentie par ses
résultats déplorables. Nous avons donc le droit
d’affirmer que c’est le contraire qui est la
vraie sagesse, c’est-à-dire que, pour l’Etat
comme pour l’individu, sa force vitale est dans
sa spiritualité et son éthique. Il vit de la
confiance que ses membres mettent en lui… Ainsi
l’affirmation éthique de la vie et du monde
insuffle à l’état moderne le désir de devenir
une personnalité éthique et spirituelle et sa
pression obstinée ne se relâche pas… la sagesse
de demain prend une autre voix que la sagesse
d’hier».
Ce défi a été lancé par Albert
Schweitzer en 1923 ...Il peut être révélé ! |