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Par Pierre Haski
C'est un
événement hautement symbolique des nouveaux
rapports de force internationaux, qui a pourtant
été largement occulté par le fracas des
événements en Iran. Mardi, à Ekaterinbourg, en
Russie, les dirigeants des quatre plus grandes
économies dites « émergentes » -Brésil
[1],
Russie
[2],
Inde
[3] et
Chine
[4], les « Bric“- se sont réunis pour discuter
des affaires du monde. Entre eux, sans les
Occidentaux.
L'événement
n'aurait pas eu grand sens il y a seulement dix
ans, lorsque les quatre économies combinées de
ces géants (plus du tiers de l'humanité à eux
quatre) représentaient à peine 7,5% de
l'économie mondiale. Mais leur part a doublé en
une décennie, tirée par la locomotive chinoise
et sa croissance à deux chiffres, mais aussi de
bons scores également des trois autres.
Résultat : les
Bric ont pris de l'assurance, et souhaitent que
leur voix porte plus sur les affaires
économiques internationales. Surtout quand la
crise économique et financière est provoquée par
celui qui en détenait jusqu'ici tous les
verrous : les Etats-Unis.
Concertation
avant le G8
La réunion
des quatre, intervenant trois semaines avant le
sommet annuel du G8
[5] à l'Aquila, en Italie, où ils seront invités
pour le café, leur a permis de revendiquer plus
d'influence au sein du
Fonds monétaire
international (FMI)
[6], aujourd'hui sous influence américaine et
occidentale prépondérante, mais aussi de
réclamer un
système monétaire
‘diversifié’
[7], c'est-à-dire moins lié au dollar. Une prise
de position qui a son importance quand on sait
le poids des
bons du Trésor US
détenus par la banque centrale chinoise
[8] : c'est ce point qu'a mis en avant le très
officiel China daily mercredi.
Certes, il
y a bien des différences entre ces quatre
puissances en devenir. Leurs économies
n'avancent pas au même rythme et évoluent de
manière différente, comme le montre l'impact de
la crise qui n'est pas le même dans chacun de
ces quatre pays. Et leurs systèmes politiques
sont contradictoires, entre le parti unique
chinois et la démocratie assez classique du
Brésil, en passant par l'autoritarisme russe et
la
démocratie mâtinée
de castes en Inde
[9].
Mais ce qui unit
ces quatre Etats n'est pas indifférent : une
remise en cause de l'hégémonie occidentale, et
surtout américaine sur la marche du monde. Sans
pour autant rejoindre le rêve des
altermondialistes : ils réclament la cogestion
de la mondialisation, pas son remplacement. En
gros, un G20 prenant la place du G8 et pas
seulement ponctuellement quand on a besoin
d'eux…
Un rééquilibrage
du pouvoir mondial
La crise
économique offre à ce bloc hétéroclite une
opportunité de rééquilibrer le pouvoir mondial
en sa faveur, profitant de l'affaiblissement
durable de l'économie américaine, et
l'incapacité de l'Europe à peser comme elle
devrait. La Chine est la plus motivée des
quatre, et il reste à voir jusqu'où les trois
autres sont prêts à la suivre dans sa quête de
puissance, en particulier l'Inde, l'autre géant
d'Asie, qui a des relations toujours ambiguës
avec ce grand voisin avec lequel elle a été en
guerre il y a quatre décennies.
Plus fortes sont
les convergences sino-russes, pour favoriser un
monde multipolaire autoritaire, dont on
entrevoit avec les soubresauts iraniens et le
soutien implicite de Pékin et Moscou à la
‘stabilité’ et donc à Mahmoud Ahmadinejad, dans
quel sens il pourrait évoluer.
Signe de
l'ambition de Pékin, le numéro un chinois, Hu
Jintao, a profité de son séjour à Ekaterinbourg,
dans l'Oural russe, pour tenir parallèlement un
sommet de l'Organisation
de sécurité de Shanghaï (OSC)
[10], organisation régionale regroupant la
Chine, la Russie, et tous les Etats d'Asie
centrale ex-soviétiques. Et Hu Jintao a annoncé
à ces derniers une
ligne de crédit de
10 milliards de dollars
[11] pour les aider à traverser la crise. En
diplomatie, ça peut être utile d'avoir les
poches pleines.
Les Occidentaux
ignoreraient à leurs dépens les dynamiques qui
animent cet ensemble, malgré ses fortes
contradictions. Il est le reflet d'un monde dans
lequel ils ne contrôlent plus tout.
Photo : lLes
présidents Lula, Medevedev, Hu et Singh à
Ekaterinbourg en Russie le 16 juin 2009 (Sergei
Karpukhin/Reuters).
Source :
http://www.rue89.com/print/107721 |