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Du jeudi 6 mai 2004
Face
à une résistance insaisissable, un corps aussi
rigide qu'une armée se crispe, et recourt
fatalement à la torture. La stratégie des
néo-conservateurs était vouée à l'échec.
Une
défaite des néo-conservateurs à la Rumsfeld et
Wolfowitz. C'est la constatation qui s'impose
après les révélations de la presse sur la
pratique de la torture dans les prisons
irakiennes. Une défaite qui se situe dans la
droite ligne de la stratégie qu'ils prônaient et
que Largeur.com avait
exposée
en août dernier, une stratégie qui portait en
elle-même les conditions de son échec dans la
mesure où elle visait à imposer la démocratie
par la force des armes.
Dans une région aussi densément urbanisée que la
partie arabe de l'Irak, ces penseurs
s'imaginaient que l'armée américaine
contiendrait plus facilement la résistance
qu'elle n'y parvint autrefois dans les forêts
vietnamiennes. Erreur!
Corps vivant se déployant ou se repliant à
volonté, la ville, si elle est soutenue par la
rage de survivre, est imprenable: les Français
en ont fait la douloureuse expérience dans la
casbah d'Alger.
Face à une résistance multiforme et
insaisissable, un corps aussi rigide qu'une
armée se crispe et, ne pouvant admettre un échec
contre les forces de l'ombre, recourent
fatalement à la torture. Les paras du général
Massu l'ont fait à Alger. Les soldats américains
et leurs supplétifs mercenaires le font
aujourd'hui dans les villes irakiennes. Et comme
la France naguère, les Etats-Unis y perdent leur
âme.
Cela n'implique pas nécessairement un
affaiblissement de leur position politique. Les
opinions publiques sont volatiles. Un rien peut
les distraire. Les services de propagande du
Pentagone ou de la CIA peuvent facilement monter
une opération de diversion qui fera oublier les
images de prisonniers battus, abattus,
sanguinolents.
Ce qui frappe dans la situation actuelle, c'est
de voir à quel point le crédit de G. W. Bush est
peu atteint par les vicissitudes de sa politique
au Proche-Orient.
L'Afghanistan que les troupes américaines ont
envahi quasiment sans coup férir végète sous la
coupe des seigneurs de la guerre sans que
quiconque puisse ébaucher une solution pour
l'avenir proche.
En Israël, Ariel Sharon est en train de brûler
les ultimes cartouches des pères fondateurs de
l'indépendance. Sa génération (qui est aussi
celle de Shimon Peres et de Yasser Arafat) va
quitter le pouvoir par la petite porte en
laissant un héritage politique d'une extrême
complexité. Les politiciens jeunes et
pragmatiques qui vont prendre la succession
n'ont pour le moment fait connaître que leur
goût pour la force et leur peu de disponibilité
pour la diplomatie.
La guerre en Irak, depuis plus d'un an qu'elle
dure, prouve que les solutions seront forcément
dans la négociation et la diplomatie.
On pouvait encore penser il y a peu que le choc
électoral entre Kerry et Bush porterait sur le
sort de cette partie du monde. Le fait que les
démocrates ne proposent pas (pour le moment du
moins) une véritable alternative à la politique
de la droite républicaine dans cette partie du
monde nous oblige de constater une fois de plus
que la politique étrangère ne jouera qu'un rôle
minime dans les joutes de cet automne.
Pour les sujets de l'empire que nous sommes,
cette réalité est déprimante. Cette pression ne
nous atteint pas dans notre chair vive comme
c'est le cas pour les populations
arabo-musulmanes, mais elle montre le peu de
poids que nous avons sur le cours de la
politique mondiale. C'est déjà beaucoup.
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