|
Mardi, 11 mai 2004
L'ancien
président sud-africain Nelson Mandela a dénoncé,
lundi devant le Parlement au Cap (sud-ouest),
"des abus épouvantables contre la dignité
d'êtres humains", en référence aux sévices
perpétrés par des soldats de la coalition contre
des prisonniers en Irak.
"Alors que deux grandes démocraties, deux
grandes nations du monde libre, sont impliquées
dans une guerre que les Nations unies n'ont pas
approuvée, nous assistons avec horreur à la
publication d'informations sur des abus
épouvantables contre la dignité d'êtres humains
prisonniers par des forces d'invasion dans leur
propre pays", a déclaré M. Mandela.
"Nous voyons comment des pays puissants - tous
des soi-disantes démocraties - manipulent des
organisations multilatérales (...) au prix des
souffrances des pays en développement les plus
pauvres", a ajouté le Prix Nobel de la Paix.
M. Mandela, 85 ans, retiré de la vie politique
depuis 1999, s'exprimait devant le Parlement
pour un discours exceptionnel, dix ans jour pour
jour après avoir prêté serment, à Pretoria,
comme premier président noir de l'Afrique du
Sud.
Le magazine New Yorker a publié dimanche une
nouvelle photo sur les sévices infligés à des
détenus irakiens, montrant un homme nu terrorisé
par deux chiens tenus en laisse par des soldats
américains.
Le gouvernement sud-africain avait mené une
énergique campagne diplomatique contre
l'invasion américano-britannique de l'Irak. Par
contraste, l'ancien prisonnier politique le plus
célèbre du monde a mis en avant l'expérience
sud-africaine. "Dans un monde cynique, nous
sommes devenus une inspiration pour beaucoup de
gens", a-t-il souligné.
"Evitons toute forme d'auto-satisfaction
chauvine, mais ne sous-estimons pas non plus ce
que nous avons réalisé en mettant en place une
démocratie stable et progressiste", a-t-il
ajouté.
Mais l'artisan-clé de la réconciliation
sud-africaine, qui avait été acclamé à son
arrivée dans l'enceinte du parlement accompagné
de sa femme Graca Machel, a également souligné
les lourds défis auxquels son pays doit toujours
faire face.
"Notre démocratie doit bénéficier à tous de
manière concrète, particulièrement à ceux qui
sont pauvres, vulnérables ou marginalisés",
a-t-il déclaré, soulignant que le VIH/sida
faisait "toujours peser une menace
particulièrement effrayante" sur l'avenir.
"Dieu bénisse l'Afrique du Sud", a-t-il conclu,
successivement dans six langues différentes,
tandis que tous les députés, debout, entamaient
un chant.
Son prédécesseur, Frederik de Klerk, dernier
président blanc de l'Afrique du Sud et qui avait
ordonné sa remise en liberté en 1990, s'est
également exprimé devant le Parlement.
"Je salue tous ceux qui ont contribué à bâtir
les fondations de ces dix premières années.
Ensemble, nous avons fait ce qu'il fallait
faire", a-t-il déclaré. L'entourage de M.
Mandela a récemment fait part de l'intention de
l'ancien président de prendre un peu plus de
recul, sans toutefois prendre une retraite
complète.
Le président, qui a multiplié récemment les
déplacements pour promouvoir la candidature de
l'Afrique du Sud à l'organisation de la Coupe du
Monde de football 2010, a fait savoir qu'il
avait l'intention de consacrer plus de temps à
peaufiner le deuxième tome de ses Mémoires, "Un
long chemin vers la liberté".
Source :
Jeune Afrique l’Intelligent du mardi, 11 mai
2004
|