Par Luc MICHEL
On parle peu dans nos media aux
ordres de la « République moldave de
Transnistrie », « Pridnestrovie » ou
PMR en Russe, état auto-proclamé à la
suite d’une guerre d’indépendance contre la
Moldavie et issue de la désagrégation de
l’URSS en 1991 (1).
Une
filiation que ne rejettent pas les dirigeants de
Tiraspol, la Capitale (elle fut aussi la
capitale de l’ex-République soviétique de
Moldavie sous l’URSS, avant Kichinev), qui ont
conservé pour leur république la drapeau et les
armes de l’ancienne « République soviétique
de Moldavie », dans un geste significatif
(qui rappelle celui du Président Lukashenko,
rétablissant les symboles du Belarus soviétique
après qu’il eu mis un terme définitif à la
dérive occidentale du Pays).
LA
REPUBLIQUE DE TRANSNISTRIE : UN ETAT SOUVERAIN
Le 1er
décembre 1991, après plusieurs référenda où
s’exprime déjà ce qui va devenir la
Démocratie Directe de PMR, la Transnistrie
proclame son indépendance avec pour capitale
Tiraspol sur le Dniestr. De fait, celle-ci est
mise en œuvre par une série de « congrès
populaires » et de référenda dès août 1989 :
l’autonomie de la Transnistrie est déclarée en
septembre 1990 sous le nom de « République
socialiste soviétique de Transnistrie moldave »
et son indépendance comme PMR en décembre 1991.
Les
autorités de Chisinau, où domine les thèses
grande-roumaines de l’extrême-droite fascisante,
répondent par la guerre et agressent le jeune
état au printemps 1992. Ils s’y cassent les
dents, la PMR récupérant notamment la ville de
Bender sur la rive droite du Dniester. Un
armistice est signé au mois de juillet 1992.
Depuis, la PMR affirme son indépendance et
possède tous les caractères d’un Etat
(2). Même si elle ne bénéficie d'aucune
reconnaissance internationale, la Transnistrie
dispose de son propre gouvernement, dirigé par
le président-fondateur Smirnov, de son
administration et de sa législation. Ses
ressources sont alimentées par la fiscalité
appliquée aux entreprises installées sur place.
LA
PRESERVATION DES ACQUIS SOVIETIQUE
D'après de nombreux analystes, et ici aussi
comme au Belarus du Président Lukashenko, la PMR
« constitue une survivance du système
soviétique tant par le mode de gouvernement que
par le système de régulation économique ».
Personnes et marchandises circulent librement
entre les deux territoires. Par rapport à la
Moldavie, le « pays le plus pauvre d’Europe
d’Europe » (classé cent treizième sur cent
soixante dix-sept Etats dans le dernier indice
du développement humain publié par le Programme
des Nations-Unies pour le développement), où
l’immigration est la seule échappatoire massive,
le niveau de vie est très supérieur en PMR, la
protection sociale supérieure, les études
gratuites jusqu’à l’Université (l’Université de
Tiraspol, trilingue, intégrée au système russe
d’enseignement, est renommée).
Ainsi
« L’école numéro 9 de Tiraspol, que l’on
propose volontiers aux rares étrangers de
passage de visiter, représente le modèle d’une
école soviétique richement dotée : salles de
sports, de danse, de travaux manuels. Dans les
couloirs bien tenus, on trouve de grands
panneaux à la mémoire de la « Guerre patriotique
» contre le nazisme, en 1941-1945, mais faisant
aussi hommage aux anciens élèves de l’école
tombés en 1992, commentait RFI (17/03/2005).
Il y a même une salle informatique (…)
souligne avec fierté la directrice, Svetlana
Alexandrovna Krupko. Elle affirme promouvoir les
valeurs de tolérance et de multiethnicité auprès
des élèves (…) Svetlana Alexandrovno ajoute
ensuite un point beaucoup moins contestable : «
15 années ont passé. Une génération a grandi :
ils considèrent que leur pays, c’est la
Transnistrie, pas la Moldavie ». »
POUR
UNE « AUTRE EUROPE »
Comme
tous les petits états qui tentent de s’imposer à
la reconnaissance mondiale et qui sont nés d’une
situation de détresse et d’urgence, les
fondations de la République de Transnistrie sont
fortement teintées d’idéologie.
La volonté affichée des
dirigeants de Tiraspol et du Président Smirnov
d’intégrer leur république dans la fédération de
Russie fait souvent oublier les positions
européennes de Tiraspol – qui rappellent celles
de notre « Communautarisme européen » -, à
savoir une Grande-Europe, eurasiatique, non
limitée à la petite Union Européenne et dont
l’horizon idéologique va de l’Atlantique à
Vladivostok.
Sur le site officiel de la
République, on fait en effet référence à une « Nouvelle
Europe », qui est la nôtre, celle dont Jean
THIRIART fut le prophète
(2bis) !
L’ANTI-AMERICANISME COMME
AUTO-DEFENSE
L’anti-américanisme, compris
comme un geste sain d’auto-défense, est très
présent à Tiraspol.
Comme s’en indignait récemment un de ces
nombreux gauchistes rallié à l’idéologie
occidentale qui encombrent la politique
européenne (3) : « Ils adoptent un ton
très « gauche ». C’est ainsi que cet été Proryv
( le journal de la jeunesse « Smirnovienne »)
appelait à la résistance contre l’impérialisme
américain, en soutenant le prochain Forum Social
Mondial au Venezuela ! Une idée qui n’a pas
germé sur les bords du Dniestr mais a été sans
doute inspirée par Nashi le mouvement «
progressiste » pro-Poutine en Russie ».
Comme
le « Front de la Jeunesse du Belarus »
instauré par le Président Lukashenko et les
militants russes de « Nashi » (les
nôtres – le véritable mouvement
national-bolchévique russe, à ne pas confondre
avec les marginaux du PNB du provocateur Limonov,
financé par Soros et les USA), la « Jeunesse
Smirnovienne » développe en effet de saines
positions idéologiques, proches des thèses
nationale-communistes développées par le PCN. De
ce point de vue, le thème de la lutte contre
l’impérialisme américain, lié à celui de la
nécessaire solidarité de tous les combattants
anti-yankee, est une solide balise idéologique.
L’anti-américanisme est partagé par de
nombreuses organisations de jeunesse.
Ainsi
le Mouvement de jeunesse “Breakthrough”,
qui supporte de façon critique le Président
Smirnov, et qui a ouvert à Tiraspol la "Che
Guevara High School", où les jeunes
apprennent les « valeurs patriotiques » (au sens
que le PCN donne à celles-ci) et sont préparés à
affronter une éventuelle contre-révolution de
couleur (à l’instar de celles organisées un peu
partout dans la CEI à coup de millions de
dollars occidentaux). « Nous voulons vivre
ici, nous voulons nous battre pour nos intérêts
et nous voulons être une République reconnue, la
République de Transnistrie », affirme Elena
Arshinova, un des leaders de « Breakthrough ».
« Nous ne voulons pas être avec la
Moldavie, Nous ne voulons pas être avec les USA.
Nous voulons représenter nos intérêts
transnistriens, sur notre territoire »,
ajoute-t-elle.
On n’est pas tendre à Tiraspol
pour le double langage de l’Union européenne
inféodée à l’OTAN et à Washington. Depuis le
conflit de 1992, des «Forces de paix» mixtes,
comprenant des soldats moldaves, russes et
transnistriens, sont déployées sur la ligne de
démarcation avec la Moldavie. Le ministre de PMR
Valeri Letskai refuse de parler de retrait des
troupes russes. «C'est de la propagande
moldave», s'exclame-t-il. « Ici, il reste
un millier de soldats de la XIV e armée,
faiblement armés, tandis que nous pouvons
mobiliser 40000 hommes. En cas de conflit, c'est
nous qui protégerions les soldats russes... Nous
sommes prêts à reprendre la guerre:
rappelez-vous qu'en 1992, nous avions aussi reçu
le soutien de 10000 volontaires cosaques de
Russie. Les dirigeants moldaves se font beaucoup
d'illusions sur l'Europe, mais jamais l'Europe
n'osera attaquer de front une région russe. En
cas de guerre, la Transnistrie serait un nouvel
Irak ».
L’ESPERIENCE TRANSNISTRIENNE
DE DEMOCRATIE DIRECTE
Plus étonnant encore est
l’instauration et la défense de la Démocratie
Directe (3b),
conçue comme le « pouvoir du peuple ». Dans
ce domaine, l’expérience de Tiraspol – où
l’on fait souvent référence à la Démocratie
directe suisse – est à suivre avec attention
par tous ceux qui entendent apporter une
alternative à la faillite générale de la
particratie bourgeoise.
Présentée comme « La
Démocratie directe en action à Tiraspol »,
l’institution centrale du « pouvoir du peuple »
en Pridnestrovie est le « congrès de masse
pour la Liberté ». Le quotidien TIRASPOL
TIMES (4) présentait ainsi le 6e
Congrès d’Avril 2006 : « A Tiraspol, une
énorme réunion de démocratie est devenue
maintenant une institution annuelle. Elle réunit
avec succès les fonctionnaires élus de tous les
niveaux pour décider de l’avenir de la
Pridnestrovie. Les Moldaves ont dépassé en
nombre les Russes ethniques et ont été
déterminés à aller de l'avant avec
l'indépendance de la république. 660
représentants élus de tous les secteurs ont
célébré la démocratie au Pridnestrovie en mars
et avril, 2006, quand le pays a tenu son 6ème
congrès national des députés de tous les
niveaux. Le congrès, qui s'est ouvert à
Tiraspol le 31 mars 2006, a rassemblé les
fonctionnaires élus de toute la république et de
tous les niveaux : Les conseils de village, et
les conseils de la ville et du "raion"(NDT :
arrondissement), et les 43 députés élus du
parlement national ».
Pour tous ceux qui connaissent
l’arrogance hautaine de caste des
parlementaires occidentaux, on notera
l’esprit de totale égalité qui entend effacer
toute différence d’échelon entre les élus de
tous niveaux : « Un total de 660 législateurs
a participé à cette "Fête de la démocratie ",
avec le droit de vote égal et le temps [de
parole] égal pour chacun, chacun d’eux comme
représentants des administrations au niveau
national ou au niveau municipal et de district. »
LA PMR : UN ETAT
TRANSNATIONAL
En totale opposition avec la
propagande des media de l’OTAN, on notera
aussi qu’il y a plus de Moldaves que de Russes.
Ce qui n’étonnera d’ailleurs pas ceux qui
connaissent vraiment la situation en
Transnistrie et le rôle joué par Grigore
MARACOUTSA, le n°2 moldave de l’Etat, qui
est aussi l’architecte de la démocratie
transnistrienne.
On
notera que la PMR est un état multilingue, où
le Moldave est une des trois langues
officielles, et donc le seul état où la langue
moldave (dialecte différent du Roumain et
s’écrivant traditionnellement en cyrillique – le
Roumain, lui, ayant abandonné le cyrillique pour
l’alphabet latin au début du XIXe siècle) est
langue officielle (la Moldavie utilisant
elle, non pas le Moldave comme le proclame
faussement sa constitution, mais le Roumain)
(5).
Le refus du respect de la
societé multiculturelle par les autorités de
Kichinev lors de l’effondrement de l’URSS, leur
volonté d’imposer la seule culture roumaine a
pesé lourd dans le soulèvement de la
Transnistrie : « En
juin 1990, le Parlement moldave vota une
déclaration de souveraineté instaurant la
primauté de la Constitution moldave sur tout le
territoire, ce qui incluait la Transnistrie.
Lorsque le Parlement moldave adopta
l'utilisation de fait du Roumain comme seule
langue officielle de la Moldavie, les
Russo-Ukrainiens exprimèrent leur mécontentement
(…) De plus, une éventuelle réunification entre
la Roumanie et la Moldavie paraissait
inacceptable pour les russophones, déjà bien
prévenus depuis 1989 par la réintroduction de
l'alphabet latin sur tout le territoire et la
volonté moldave de sortir de l'influence
soviétique. Aussitôt, les minorités russophone
(de Transnistrie) et gagaouze (de Gagaouzie)
réclamèrent l'autonomie de leur région ».
A
noter que la constitution de la Moldavie fixe le
cadre d'un Etat unitaire et ne reconnaît pas les
minorités.
Par contre, l'article 26 de
la Loi sur les langues reconnaît aux
citoyens de la Transnistrie de choisir la langue
d'enseignement pour leurs enfants: « Chaque
citoyen a le droit de choisir librement la
langue d'enseignement de ses enfants et l'État
garantit ce droit inaliénable.» Il existe
donc des écoles ukrainiennes et des écoles
moldaves. Plus de 11 000 enfants, sur une
population totale de 79 000 écoliers, seraient
admis dans des écoles moldaves de la
Transnistrie.
LA PMR : UN ETAT TRILINGUE ET
MULTICULTUREL
La PMR est donc en effet un
état multinational modèle, trilingue
(Russe, Moldave, Ukrainien) (6),
où la citoyenneté – ici aussi dans une
conception identique à notre « Communautarisme
européen » et également issue directement de
la théorie jacobine de la Nation politique -
n’est pas basée sur la langue ou l’origine
ethnique, un état politique dégagé des
pulsions tribales, conçu comme une communauté de
destin : « Des 660 délégués de ce sixième
congrès, 307 députés représentaient les conseils
urbains et de district - tandis que 353
venaient des villages et des conseils ruraux.
Les femmes, les minorités et la jeunesse étaient
fortement représentées aussi. Les Russes
ethniques composaient une minorité distincte.
Des trois groupes ethniques principaux dans la
PMR, les Russes étaient représentés avec
seulement 137 députés. Il y avait 232 Ukrainiens
ethniques et 250 Moldaves. Les 41 députés
restants étaient des juifs, des Bulgares,
Gagaouzes, des Polonais, Tatars et des
représentants des nombreuses autres nationalités
qui composent la Pridnestrovie multiethnique, le
jeune pays qui prouve que le "Pouvoir au Peuple"
n'est pas simplement une expression creuse mais
une façon de vivre. En dépit de leurs
différences de race, de milieu et de langues,
tous se tenaient unis derrière un but simple
qui, dans les mots d'un représentant moldave,
est décrit en tant que "Liberté" » (7).
La déclaration finale du « congrès
de masse pour la Liberté » affirme avec
force cette volonté de vivre librement dans
une communauté de destin choisie : « nous
qui sommes nés ici, nous demandons juste la
liberté pour déterminer notre propre avenir.
Nous ne voulons pas faire partie d'aucun autre
pays ; que ce soit la Moldavie, l'Ukraine ou la
Russie. Nous voulons le droit de décider
librement comment vivre nos propres vies, sous
nos propres règles et notre propre gouvernement
» (8).
LE
REFERENDUM DU 17 SEPTEMBRE 2006
Le 17 septembre 2006, Les
habitants de Transnistrie se sont prononcés à
97,1% pour leur rattachement à la Russie lors
d'un nouveau référendum.
La Moldavie avait fait savoir
qu'elle ne reconnaîtrait pas les résultats de ce
scrutin (sic), dénoncé également l'Union
européenne et les Etats-Unis, peu soucieux de
légitimité démocratique lorsqu’elle ne sert pas
les visées expansionnistes de l’OTAN à l’Est. On
notera encore que l’OTAN organisait exactement
au même moment des manœuvres (d’intimidation)
aux frontières de la PMR, en territoire moldave.
Et que les manifestations nombreuses organisées
par les forces anti-OTAN de Moldavie, qui
protestaient contre cette violation flagrante de
la neutralité moldave (proclamée dans la
constitution), ont été toutes interdites et
réprimées. Où est la démocratie en cette fin
2006, à Kichinev où à Tiraspol ?
Piotr Denisenko, chef de la
commission électorale de la PMR, a déclaré que
97,1% des électeurs avaient approuvé le
rattachement de la Transnistrie à la Russie.
Seuls 2,3% ont voté contre. Les
électeurs étaient également appelés à dire s'ils
souhaitaient abandonner le chemin entamé il y a
seize ans vers l'indépendance. P. Denisenko a
précisé que 94,6% des habitants de la
région avaient voté contre l'union avec la
Moldavie. Deux questions ont été
soumises à référendum : "Soutenez-vous la
politique d'indépendance de la République
moldave de Transnistrie et sa libre adhésion à
la Fédération de Russie?" et "Jugez-vous
possible l'abandon de l'indépendance par
République moldave de Transnistrie suivi de son
adhésion à la Moldavie?".
La Russie, elle, veut voir le
résultat du référendum reconnu comme
l'expression de la volonté démocratique de la
région. Près de 79% des 390.000 électeurs
ont participé au référendum. "Des centaines
d'observateurs de la CEI et de l'Europe ont pu
voir de leurs propres yeux le peuple de
Transnistrie exprimer sa volonté", a déclaré
le chef de la diplomatie russe S. Lavrov. Il
ajoutait à l’adresse de Bruxelles : « il est
douteux qu'il soit correct et politiquement
perspicace de mépriser et, à plus forte raison,
de ne pas respecter cette forme d'expression de
la volonté du peuple ».
Les observateurs internationaux
en Transnistrie ont signé une conclusion
conjointe confirmant l'absence de violations des
principes du suffrage universel, direct et égal.
Les observateurs n'ont pas constaté de cas de
pression sur les activités des institutions
électorales de la part des organes du pouvoir d'Etat
de la République moldave de Transnistrie et des
autorités locales, indique la déclaration. Au
cours du vote, la Transnistrie a respecté les
principes des élections libres et équitables, le
principe d'ouverture du référendum, les
informations le concernant étaient ouvertes à
toutes les personnes intéressées, selon les
observateurs. Le référendum a été suivi par
plus de 130 observateurs internationaux des pays
de la CEI (Communauté des Etats indépendants) et
d'Europe occidentale (dont une forte délégation
du PCN et du MEDD, venue de France, Belgique et
Italie).
"Grâce à la Russie, la paix
et la concorde interethnique règnent depuis
plusieurs années dans la région, tous les
habitants de la Transnistrie, indépendamment de
leur nationalité, ont une mentalité pro-russe",
a déclaré Igor Smirnov, président de la
République de Transnistrie. "Le référendum
qui s'est tenu dimanche dernier a constitué la
fin logique des épreuves tragiques et des blocus
de toute sorte, économique et informationnel,
ainsi que d'autres défis et menaces que nous
avons subis ces dernières années. Le peuple de
la Transnistrie s'est déterminé et voit son
avenir dans une alliance avec la Russie",
a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse à
Moscou. "Nous optons pour la Russie. La
Russie a toujours été présente sur notre sol,
depuis la formation du premier Etat sur ce
territoire. La capitale de notre république été
fondée par Souvorov (célèbre maréchal russe
ayant mené des guerres victorieuses contre la
Turquie à la fin du XVIIIe s., ndla). "Je
suis sûr que le choix que notre peuple a fait le
17 septembre a été correct. Notre peuple s'est
montré assez sage pour préserver son identité",
a ajouté le président de la république
autoproclamée.
L’ADHESION DU PEUPLE A LA
REPUBLIQUE
L’adhésion de la population,
toutes ethnies confondues (et où les mariages
mixtes sont majoritaires), à l’idéologie de l’Etat
de PMR est une constante.
On se rappelera qu’en mars 1995,
les habitants de Transnistrie votaient déjà à
81% en faveur d’une nouvelle Constitution
indépendantiste. Ce même jour, 93,3% de la
population (qui comptait tout de même alors 40%
de Moldaves) se prononcaient en faveur du
maintien des troupes de l’armée russe sur le
territoire transnistrien.
Les partis politiques et les ONG
de la république autoproclamée de Transnistrie,
toutes tendances unies, ont remercié les
citoyens pour le choix en faveur de
l'indépendance et d'une alliance avec la Russie
lors du référendum du dimanche 17 septembre : "Le
17 septembre, nous avons accompli notre choix :
vivre dans un Etat indépendant et édifier des
rapports avec la Fédération de Russie. Nous
autres, représentants des partis et associations
publiques, nous exprimons notre reconnaissance à
notre peuple pour la responsabilité, le
patriotisme et la fidélité dont il a fait preuve
au nom du bien-être de chaque famille et des
générations à venir. Ensemble, nous parviendrons
à la reconnaissance de notre république",
peut-on lire dans le message des partis
politiques et des ONG au peuple de
Transnistrie."Malgré les déclarations de
certaines organisations internationales dans
lesquelles elles ont refusé de reconnaître les
résultats de notre référendum et les exercices
menés conjointement par les Etats-Unis et l'OTAN
en Moldavie dans le but d'intimider les
Transnistriens, le citoyens de la république ont
manifesté leurs unité et cohésion dans la lutte
pour l'indépendance, ayant pris une part très
active à la consultation populaire",
relèvent les auteurs du document.
(Article publié initialement dans LA CAUSE DES
PEUPLES, Bruxelles-Paris, n° 31, décembre 2006 /
Copyright Luc MICHEL, tous droits réservés de
reproduction et de traduction – Reproduction
libre avec l’accord préalable de l’auteur :
info@pcn-ncp.com)
____________________________________
DONNEES HISTORIQUES, NOTES
ET RENVOIS :
(1)
L’histoire de cette Etat autoproclamé remonte à
l’effondrement de l’URSS. A la fin du XIXe
siècle la partie orientale de l’antique province
roumaine de Moldavie (La Roumanie actuelle est
issue de diverses provinces, aux histoires
divergentes, qui n’ont jamais formé d’unité
étatique avant l’époque moderne), entre les
fleuves Prout et Dniestr, s’appelait
Bessarabie et faisait partie de l’empire
Russe. L’actuelle Transnistrie – du nom
roumain du fleuve Dniester, le « Nistru »
- n’en faisant pas partie et étant issue des
territoires libérés des Turcs par le Maréchal
Souvarov à la fin du XVIIIe siècle, qui fonda
Tiraspol.
En
1918 la Grande Roumanie alliée de la
France avait annexé ce territoire (mais pas la
Transnistrie), qui allait être repris par l’URSS
pendant la seconde guerre mondiale. Une partie
de l’ancienne Bessarabie - avec la Transnistrie-
devenait la Moldavie soviétique, tandis
que le Nord (Bukovine) et le Sud (Dubrodjna,
l’accès à la mer) était donné à l’Ukraine.
La
Moldavie, majoritairement parlant un dialecte
roumanophone avec de fortes minorités slaves, a
proclamé son indépendance en 1991. Le Roumain
(et non pas le Moldave comme le proclame
faussement la constitution !) est devenu langue
nationale et l’alphabet latin officiel, et les
Transnistriens, majoritairement slaves en 1991
et utilisant l’alphabet cyrillique, s’en sont
séparés, refusant la logique xénophobe des
théoriciens fascisants de la Grande-Roumanie,
avec le soutien de la 14e armée soviétique, au
prix de violents affrontements faisant plusieurs
centaines de morts notamment à Bender une
enclave Transnistrienne sur la rive droite. Ils
ont ainsi constitué leur « république »
contrôlant une grande partie du potentiel
industriel et la principale centrale électrique.
Depuis le conflit est « gelé ».
On
notera que l’agresseur était Kichinev, voulant
annihiler le jeune état de PMR par la force et
qu’il a subi une défaite cuisante.
L’Armée de PMR est très forte, appuyée sur une
industrie militaire de pointe. Elle garantit
l’indépendance de la PMR, état pacifique et sans
revendications territoriales. Et une nouvelle
agression de Kichinev pourrait coûter cher aux
dirigeants pro-occidentaux de la capitale
moldave. « Une solution militaire apparaît
cependant aujourd'hui totalement exclue. L'issue
du conflit de 1992 a montré la vanité de
l'épreuve de force pour mettre fin à la
sécession », écrivait la Commission des
Affaires étrangères, de la défense et de forces
armées du Sénat français, à la suite d'une
mission effectuée en Moldavie en 1999.
(2)
La Transnistrie (en moldave: Transnistria;
en russe: Пpиднecтpoвьe / Pridnestrovié)
forme, à l’est de la Moldavie, un petit
territoire de 4163 km² (sept fois plus petit que
la Belgique, mais deux fois plus étendu que le
Luxembourg) entre les rives du fleuve Nistru à
l'ouest (Nistru étant le nom du
Dniestr en moldave et/ou en roumain) et la
frontière ukrainienne à l'est. Le nom russe du
est le nom officiel du territoire: la
Pridnestrovskaïa Moldavskaïa Respublica (ou
République moldave de Pridnestrovié).
Pour sa part, le Conseil de l'Europe utilise la
dénomination République moldave
transdnistrienne.
La
région, une république autonome autoproclamée,
compte six districts (en russe et en moldave):
Tiraspol, Dubossary (Dubasari), Rybnitsa (Ribnita),
Grigoriopol, Kamenka (Camenca) et Slobodzeya (Slobozia).
La ville de Tiraspol, dont la population est à
majorité russo-ukrainienne, est la capitale
locale. La Transnistrie a maintenant toutes
les apparences d'un État, à l'exception de la
reconnaissance diplomatique.
Le
recensement de 1989 établissait la population à
546 400 habitants, sans la ville de Tighina
(estimée alors à 130 000 habitants). On comptait
alors 39,9 % de Moldaves, 28,3 % d'Ukrainiens,
25,5 % de Russes et 6,4 % pour les autres
groupes ethniques.
Le
dernier recensement, en date de l'année 2004,
révélait une population de 555 347, incluant le
ville de Tighina (ou Bendery). C'est le district
de Tiraspol qui est le plus peuplé (211 800),
suivi de Bendery (145 900). Selon le recensement
de 2004, les Slaves sont majoritaires en
Transnistrie avec 30,4 % de Russes, 28,8 %
d'Ukrainiens, 2 % de Bulgares et 2 % de Polonais
— pour un total de 63,2 % — , alors que les
Moldaves ne représentent que 31,8 % et les
Gagaouzes, 2 %. Les Moldaves demeurent fortement
majoritaires dans trois districts: Comenca (63
%), Dubossary (89%) et Grigoriopol (76%).
Cependant, les communautés linguistiques vivent
pour une bonne partie concentrées dans des
villages où elle sont relativement majoritaires,
localement. Ce sont les villes qui sont
davantage hétérogènes: on y trouve généralement
des Russes, des Ukrainiens, des Moldaves, puis
des Gagaouzes, des Bulgares et des Polonais. Le
Nord est davantage moldavophone et ukrainophone,
alors que le Sud est russophone et ukrainophone.
De façon générale, Russes et Ukrainiens
préfèrent habiter les villes plutôt que la
campagne.
(2bis)
La
théorisation de l’Europe comme superpuissance
avait déjà été énoncée par Jean Thiriart dès le
début des années 60. Dans un livre prophétique,
publié en 1964 et intitulé « L’EUROPE, UN
EMPIRE DE 400 MILLIONS D’HOMMES »,
Thiriart, dans lequel ses partisans voyent le «
Marx de la Révolution européenne »,
définissait les conditions de la libération et
de l’unification de la Nation-Europe et énonçait
les conditions de sa puissance : une dimension
minimale de 400 millions d’Européens, une
monnaie unique, une Armée intégrée indépendante
de l’OTAN, des frontières géopolitiques incluant
la Méditerranée et l’Est européen, un exécutif
transnational. Le tout impliquant l’expulsion
des USA d’Europe. Il y fixait aussi les
frontières orientales de l’Europe sur l’Ossouri
et à Vladivostok.
La
pensée de Jean Thiriart, qui est un des grands
théoriciens et géopoliticiens du XXième Siècle,
est totalement occultée, étouffée en Europe
occidentale et singulièrement dans l’Espace
francophone. Alors que nombre de ses thèses ont
été abondamment plagiées ou suivies, y compris
au plus haut niveau. Mais en Russie, c’est un
théoricien reconnu, dont les thèses constituent
l’un des axes principaux de la nouvelle pensée «
eurasiste », qui inspire même une partie de
l’entourage du président Poutine (et qui lui
vaut de plus en plus d’être taxé de «
national-bolchevisme »). Et le Manuel de
Géopolitique des jeunes officiers russes
consacre à Thiriart des pages élogieuses.
(3)
« Quelque part, sur les rives du Dniestr »,
par Bernard Dreano, du « centre d’étude et
d’initiative de solidarité internationale »
(Cedetim), co-président du réseau « Helsinki
Citizens’ Assembly ». Ce texte est paru dans
POLITIS n°869, 29 septembre 2005.
(3bis) Comment définir la « Démocratie Directe »
à l’aube du XXIe siècle ?
Le
Colloque sur « LA DEMOCRATIE DIRECTE :
L’ALTERNATIVE DU 21e SIECLE », organisé par
le MEDD, sous la direction de Luc MICHEL, le 31
juillet 2006 (La Roche – Wallonie), avec des
participants venus de 18 pays européens,
africains et arabes, entendait répondre à cette
question et exposer les « théories et
praxis de la Démocratie Directe face à la crise
du parlementarisme occidental ». A
savoir :
- les
sources européennes de la Démocratie Directe
(La Suisse – Robespierre/1793 – La commune de
Paris/1870 – Les Soviets – Le Référendum - le «
Communautarisme européen » et Jean Thiriart) ;
-
l’expérience-pilote libyenne (le Livre Vert
de Moammar Kadhafi - Le système Jamahiriyen);
- la
Démocratie Directe en Afrique
(l’expérience de Thomas Sankara).
- les
expériences de Justice Populaire en URSS,
en Albanie socialiste et en Libye (« Justice,
Ordre social et Démocratie Directe ») ;
- les
expériences d’autonomie municipale
(Libye, Alabanie socialiste, Cuba, Irak
ba’athiste).
Pour
la première fois dans l’histoire des études sur
le sujet, ce Colloque abordait – toutes les
théories et praxis de la Démocratie Directe en
Europe et leurs apports ou rapports avec les
expérience-pilotes d’Afrique et d’amérique
latine.
Les
participants ont notamment longuement abordés
les thèmes connexes à la Démocratie Directe,
comme :
-
l’armement du peuple (« l’alternative
fondamentale est entre des citoyens armés et des
électeurs désarmés » disait Jean THIRIART, le
théoricien du pouvoir populaire européen),
- la
propriété sociale des moyens de production,
-
l’autogestion syndicale et la place centrale des
syndicats dans la Démocratie Directe,
- et
la Justice populaire.
Comme
Luc MICHEL le soulignait dans sa communication
d’introduction, « la Démocratie Directe
est la forme véritable et originelle du pouvoir
populaire des peuples d’Europe », la
démocratie directe est le mode de gouvernement
naturel des peuples européens.
La
démocratie directe repose sur une notion
fondamentale, c’est le mode de la nation
responsable et engagée qui est prêt à risquer sa
vie pour la communauté. Le peuple souverain est
un peuple en arme.
Pour
les théoriciens de la démocratie directe
l’armement du peuple est une notion
fondamentale.
Retraçons l’histoire de la Démocratie directe
jusqu’à l’époque moderne :
Dans
l’antiquité et jusqu’au début du Moyen Age
européen, la démocratie directe est le mode
naturel de gouvernement des populations
européennes, que ce soit en Grèce, à Rome, dans
les tribus celtiques, dans les tribus
germaniques. C’est l’assemblée des hommes armés
qui décide et qui choisit le chef. Ce mode de
gouvernement va exister en Europe jusqu’à
l’époque de Charlemagne c’est à dire jusqu’au
VIIIème siècle.
Un phénomène constant de la démocratie directe
c’est qu’elle finit par être confisquée. A un
moment donné, une oligarchie accapare le pouvoir
et généralement la démocratie directe se
transforme en un système monarchique ou féodal.
En Europe par exemple à partir du VIIIème
siècle, la féodalité c’est la dégénérescence de
la démocratie directe. Pourquoi ? Parce que ce
sont toujours les hommes en arme qui décident du
gouvernement, par exemple le roi de France ou
l’empereur germanique c’est le premier des
nobles du Royaume, mais le problème c’est que la
fonction de défense de la patrie est accaparée
par des soldats professionnels. Qu’est ce que la
Noblesse en Europe ? C’est ceux qui ont le
monopole de la défense. Toutes les autres
catégories de la population, ceux qui ne se
battent plus, ceux qui ne sont plus armés, cela
devient des citoyens soumis, exploités, qui
n’ont plus de droit politique. C’est le
phénomène des oligarchies et c’est déjà on peut
dire un bonapartisme précoce puisque c’est
l’accaparement par les militaires du
gouvernement.
La
démocratie directe va survivre dans un seul
état, après l’an 1000 c’est la Suisse justement.
La Suisse échappe à la féodalité, c’est un
ensemble de Cantons on pourrait dire maintenant
un ensemble des municipalités (évidemment les
femmes en sont exclues, mais dans la plupart des
sociétés de l’antiquité la femme n’est pas
considérée ni comme un citoyen à part entière ni
même comme un membre actif de la communauté, la
femme est souvent considérée comme un objet, une
marchandise ou une mineur). En Suisse, pour
avoir le droit de voter, de prendre des
décisions, on revient à la notion de peuple
armé, il faut se présenter à l’assemblée des
citoyens avec une arme, il faut prouver qu’on
est prêt à défendre la patrie. Le système suisse
il ne faut pas croire qu’il va durer jusqu’à
l’époque actuelle. C’est une dégénérescence et
il va se transformer en un système semi-féodal
rapidement. Mais les Suisses, au terme d’une
évolution, vont rapidement dès que la féodalité
va être abattue en 1789, se souvenir de leur
expérience et remettre en route un système
partiel de démocratie directe qui est un modèle
en Europe.
Pour
certains théoriciens européens de la démocratie
directe moderne comme Jean Thiriart, la
Suisse est en Europe le seul état qui peut dire
qu’il a une légitimité démocratique, la Suisse
est le seul pays en Europe - avec à l’époque
moderne la Yougoslavie de Tito et l’Albanie
socialiste - où le peuple est armé, c’est le
seul état au monde, parce que même la Libye n’a
pas adopté ce système, où les citoyens ont leur
armement de guerre chez eux y compris l’armement
lourd, les Suisses ont chez eux leurs fusils
d’assaut, des munitions et pour certains des
mitrailleuses lourdes.
On va
revoir l’idée de démocratie directe ressurgir
avec la destruction de la féodalité. En 1793,
la révolution française arrive à son paroxysme.
Une fraction qui est à l’époque la plus
progressiste, les jacobins, arrivent au pouvoir
avec Robespierre. Robespierre, notamment dans la
première Commune de Paris en 1792-1793, instaure
et parle de démocratie directe. Robespierre
contrairement à tout le reste de processus de la
révolution française en 1789 refuse le principe
de la délégation parlementaire. L’expérience est
très vite avortée puisque Robespierre a subi un
coup d’état et a été exécuté.
A
l’époque, il existe une fraction encore plus
radicale : les babouvistes. Ce sont les
partisans de Grachus Babeuf, que Marx ou Lénine
considéraient comme les premiers communistes.
Eux veulent la démocratie directe intégrale
suivant un mode qui rappelle assez celui de la
Jamahïria libyenne. On sait que pour Moammar
Kadhafi, 1793 est la grande référence. Lorsque
le président français Jacques Chirac s’est rendu
en Libye l’année précédente, Tripoli était
couvert d’affiches faisant le parallèle entre la
révolution française et la révolution libyenne
et Kadhafi a dit « notre révolution est
l’étape suivante, l’aboutissement de la vôtre ».
L’idée
de démocratie directe va survivre grâce à
l’enseignement justement des babouvistes. En
1870, c’est la guerre entre la Prusse et la
France, et le régime bourgeois qui est celui de
Napoléon III, s’effondre. On voit à Paris une
insurrection populaire qui crée un gouvernement
autonome, la Commune de Paris (la
seconde), qui va durer un peu plus d’une année
avant d’être écrasé par les armées de la
bourgeoisie et ce gouvernement est gouverné par
un mode de démocratie populaire ; c’est
important parce que c’est la première fois à
l’époque moderne que la démocratie directe va
être effectivement appliquée.
L’expérience de la Commune de Paris est très
importante parce qu’on l’ignore trop souvent
c’est à partir d’elle que va être conçu le
concept de « soviet » en Russie, vous savez
que pour les révolutionnaires russes, qui se
disent marxistes, la véritable référence
est le Jacobinisme et la Révolution française.
Et la forme de démocratie directe qui est
pratiquée dans la commune de Paris va être
appliquée aux soviets. Quand les soviets
apparaissent-ils ? Pendant la première
révolution russe de 1905. Le peuple se soulève
contre le tsarisme et met en place un système de
démocratie directe qui est défendue par des
milices ouvrières. Le problème c’est que les
révolutionnaires sont divisés et que l’armée
contrairement à ce qui se passer en1917 ne
bascule pas de leur côté. Le pouvoir tsariste va
donc écraser les soviets. Arrive 1917. Et en
1917 lorsque le pouvoir tsariste s’effondre
c’est une république libérale et bourgeoise qui
instaure un système de multipartisme : la
douma ; mais parallèlement à cette révolution
bourgeoise il y a une auto organisation du
peuple, et on voit les soviets réapparaître. Un
parti, qui est le Parti bolchevique, décide de
s’appuyer sur les soviets pour passer à une
révolution qui n’est plus bourgeoise mais
populaire, c’est ce parti qui l’emporte mais qui
l’emporte dans les conditions d’une guerre
civile et d’une intervention étrangère. A
l’époque il y a des armées françaises,
américaines, japonaises, britanniques qui sont
présentes sur le sol russe pour écraser la
révolution, il y a des armées contre
révolutionnaires ; à un moment donné par exemple
le pouvoir bolchevique ne contrôle que Petrograd
et une petite zone d’environ un millier de
kilomètres autour de Moscou.
Lorsque l’on étudie l’expérience soviétique,
nous avons en occident une vision faussée.
Pourquoi ? La critique, l’étude historique que
l’on fait dans le monde bourgeois de la
révolution bolchevique elle est basée en fait
sur une analyse, c’est celle de Léon Trotski.
Dans les années 1922-1928 le conflit existe
entre Trotski et Staline. Trotski perd, il est
exilé et pour expliquer sa défaite produit un
livre de propagande contre le régime soviétique
qui s’intitule « la révolution confisquée ».
La grande idée que l’on trouve dans les média
bourgeois c’est de dire après 1922, on « liquide
le régime soviétique ». Ce n’est pas exact.
Ce que liquide le stalinisme c’est le
multipartisme. Mais dans le reste de
l’organisation, c’est à dire le gouvernement des
municipalités, l’application de la justice, il
reste les formes de démocratie directe, celle
des soviets. C’est par exemple sous Staline
que va se mettre en place le système de
justice soviétique qui va servir de modèle
au libyen, le système de justice soviétique
c’est un système de démocratie directe, il n’y a
pas (ou peu) de magistrats professionnels par
exemple, ce sont des magistrats élus dans le
peuple.
Les
années passent et à l’époque moderne il faut
attendre les années 60 pour voir ressurgir
l’idée de démocratie directe. Entre 1960 et
1966, Jean Thiriart, le fondateur et le
premier théoricien du Communautarisme
européen réfléchit à une critique de la
démocratie parlementaire et aux solutions, aux
alternatives à lui appliquer.
En
1969, c’est la révolution libyenne et
entre 1969 et 1976 se met en place la
Jamahïria, à l’époque moderne la seule
expérience de démocratie directe qui est
complète et qui a survécu.
A la
même époque il y a deux expériences de
démocratie directe partielle. La première c’est
celle de l’Iraq ba’athiste de Saddam
Hussein. Le ba’ath c’est un parti nationaliste
révolutionnaire arabe, c’est le grand rival de
Nasser, et ce sera à un moment donné l’un des
rivaux de Moammar Kadhafi pour le leadership pan
arabe. Au départ le Ba’ath entend remplacer le
multipartisme par un système politique de
front national, c’est un système politique
qui copie le système qui est instauré en
République Démocratique Allemande, en Allemagne
de l’Est, depuis de 1948. Qu’est ce que ce
système ? On accepte l’existence d’une série de
partis dit progressistes autours d’un parti
dirigeant en Allemagne c’est le SED, le parti
communiste, en Iraq c’est le Ba’ath bien
entendu. Et ces partis se regroupent sur une
liste dite de front national pour former
le gouvernement. C’est le système qui va
fonctionner en Allemagne de l’Est, en Hongrie ou
en Bulgarie, jusqu’à la chute du bloc
soviétique. C’est encore aujourd’hui le système
qui gouverne un autre système ba’athiste, qui
est le Ba’ath syrien. En Iraq les choses
ne vont pas bien se passer et dès 1972, le
régime va regarder comment remplacer les partis
progressistes directement par le peuple dans ce
Front national. Et va se mettre en place en
Iraq, c’est le même nom qu’en Libye, des congrès
populaires, qui par exemple administrent les
municipalités.
Il y a
une autre expérience à la même époque c’est
celle de l’Albanie socialiste d’ Enver Hoxha.
Un colloque qui s’appelle « le pouvoir du
peuple » a longuement abordé en mars 1981 à
Paris les comparaisons entre l’Albanie et la
Libye. En Albanie il y a un parti communiste
dirigeant, c’est la différence avec la Libye,
mais pour le reste le système fonctionne suivant
ce qu’ils appellent le contrôle ouvrier
qui est une forme de démocratie directe, c’est à
dire que tout le pays est organisé avec des
comités qui s’appellent les comités
révolutionnaires, avec des ouvriers
élus, qui dirigent les usines, qui dirigent les
municipalités et qui ont un droit de critiques
sur le parti. Une notion que les Albanais
introduisent, qui est intéressante, c’est la
rotation des dirigeants. Périodiquement,
personne en Albanie ne reste plus de 5 ans à un
poste, lorsque quelqu’un a eu un poste de
dirigeant important, directeur d’usine,
ambassadeur, ministre, après 5 ans il doit
obligatoirement aller retravailler à la base.
Les
partisans radicaux de la Démocratie Directe sont
regroupés dans le MEDD – le Mouvement
Européen pour la Démocratie Directe -,
qui entend particulièrement « militer pour la
Démocratie directe en tant qu’ alternative à la
faillite et à la corruption de la pseudo
démocratie parlementaire », « renouer
avec les racines européennes de la démocratie
directe (expérience suisse, théorie de
l'incorruptible Robespierre en 1793, etc.) » et
« assurer leur synergie avec l’expérience
pilote moderne de démocratie directe développée
par la Révolution libyenne ».
(4), (7), (8)
“Direct democracy in action Tiraspol”,
Published on PRIDNESTROVIE.NET :
http://pridnestrovie.net
(5)
La Moldavie actuelle marque l'extrême limite des
conquêtes de Trajan en Dacie au début du IIème
siècle de notre ère. Malgré les invasions
-conclues avec l'établissement des Slaves au
Vème siècle-, cette terre restera ancrée dans la
latinité comme l'atteste d'ailleurs le nom de
Roumains donné à ses habitants.
A
partir du Xè siècle se forme, à l'est des
Carpates, un nouvel Etat, la Moldavie,
dont le territoire recouvre la Moldavie actuelle
et la province roumaine du même nom. Ce pays
connaît sa plus grande extension sous le règne
d'Etienne le Grand (1457-1504) ; il résiste
alors aux envahisseurs hongrois, polonais,
tatars et turcs.
Au
début du XVIè siècle, la Moldavie perd la
maîtrise de son destin. Assujettie et démembrée,
elle est pendant près de cinq siècles le jouet
des rapports de force entre les grandes
puissances de l'Europe centrale.
Elle
accepte d'abord la suzeraineté ottomane tout en
conservant son autonomie. A la fin du XVIIIè,
une partie de la Moldavie passe sous la
domination de l'Autriche et prend le nom de
Bukovine. Une autre partie, à l'issue des
guerres russo-turques, en 1812 se trouve annexée
par la Russie et devient la Bessarabie.
En
1918, profitant de la guerre civile entre
Bolcheviques et Gardes blancs tsaristes, la
Bessarabie s'unit à la Grande-Roumanie.
En
octobre 1924, le Gouvernement soviétique crée,
sur la rive gauche du Dniestr (Transnistrie), la
République autonome soviétique socialiste de
Moldavie – Dont l’actuelle PMR est
l’héritière légitime - afin de justifier ses
prétentions territoriales sur l'ensemble de la
Bessarabie, avec Balta comme capitale, puis, à
partir de 1929, Tiraspol. Avec une superficie de
8432 km² (aujourd'hui: 4163 km²), cette nouvelle
république «autonome» de Moldavie ne disposait
pas de débouché sur la mer Noire, mais elle en
avait dans le cadre de la république d'Ukraine.
Sa population comptait alors 500 000 habitants.
La
Bessarabie est récupérée en 1940 par l'URSS. En
1940, la RASSM fut rattachée à la République
socialiste soviétique de Moldavie (RSSM). Sa
capitale devint Kichinev.
Le
problème actuel de la Transnistrie découle
directement de cette création par l’URSS, en
1940, d’une entité hybride, la République
soviétique socialiste moldave (RSSM).
Celle-ci fut constituée à partir de l’union
artificielle entre la Bessarabie - qui venait
d’être reprise par l’Union soviétique à la
Roumanie et amputée d’un quart de son territoire
- et la Transnistrie - qui représentait alors 60
% de la " République autonome socialiste
soviétique de Moldavie " (RASSM).
Reprise par la Roumanie fasciste du Maréchal
Antonesco en 1941 – qui annexe la Transnistrie
étendue jusqu'à Odessa en Ukraine et y fait
régner une occupation semblable à celle de ses
alliés nazis
(la
province devint notamment un lieu de déportation
pour les Tsiganes et les Juifs de Roumanie,
environ 300 000, dont plus de la moitié
moururent de froid ou de maladie, ou furent
liquidés par les troupes allemandes et
roumaines) -, elle est finalement rendue à
l'Union soviétique en 1947 (traité de Paris de
janvier 1947).
Le 27
août 1991, la Moldavie a déclaré son
indépendance.
Aux
hasards d'une histoire inconstante se sont
ajoutés les aléas de la politique - rattachement
du nord et du sud (débouché sur la Mer noire) de
la Bessarabie à l'Ukraine (dont la population
actuelle comprend ainsi une minorité moldave
forte de 400 000 personnes) - et les
déplacements de population : immigration massive
de Russes, Ukrainiens et Biélorusses (environ
600 000 personnes depuis l'après-guerre).
La
Moldavie doit, aux vicissitudes de son passé, la
diversité de sa population (4,3 millions
d'habitants), qui, aux côtés d'une majorité de
roumanophones (60 %), réunit d'importantes
minorités russophones d'origine ukrainienne (14
%) ou russe (13 %). Les principales villes
-Chisinau, Balti, Tiraspol- sont majoritairement
russes. Le développement économique du pays
et l'urbanisation ont en effet, pour une large
part, reposé sur l'immigration des populations
russophones (les non-Moldaves représentaient
avant l'indépendance 52 % de la force de travail
industrielle, 57 % des cadres dirigeants et 68 %
des cadres travaillant dans le domaine
scientifique). Il faut aussi mentionner parmi
les minorités, les gagaouzes (3,5 %),
concentrés dans le sud du pays et héritiers des
Turcs chrétiens de la Dobroudja colonisés par la
Russie au début du XIXè siècle.
« la
langue russe occupe des positions socialement et
économiquement décisives dans toutes les grandes
villes de la Moldavie, y compris dans la
capitale. La langue russe demeure la principale
langue de communication entre les citoyens
d'ethnies différentes dans toute la Moldavie, et
elle jouit d'un prestige considérable. Même la
langue moldave est très influencée par le russe
(contrairement à la langue roumaine) »,
précise une étude le l’Université de Laval au
Québec.
(6)
Dans l’affichage public, seul l’alphabet
cyrillique est permis. La plupart des enseignes
sont en russes, parfois en moldave, rarement en
ukrainien. On pourrait dire que l'affichage
public est à 70 % en russe, 20 % en moldave et
10 % en ukrainien. Quant à la signalisation
routière, elle est en russe, en moldave, parfois
en ukrainien.
La
politique linguistique de la Transnistrie est
définie en partie dans la Constitution de la
Pridnestrovskaia Moldavskaia Respublica
adoptée lors du référendum national du 24
décembre 1995; la loi constitutionnelle a été
signée par le président de la République moldave
de Transnistrie le 17 janvier 1996. La
formulation de l'actuelle Constitution inclut
les amendements présentés le 30 juin 2000 dans
la Loi constitutionnelle no 310. Mais la
politique linguistique est surtout définie dans
la Loi sur les langues de 1992.
Les
articles 17 et 43 de la Constitution du 24
décembre 1995 proclament l'égalité entre
tous les citoyens:
« Article
17
1)
Chacun possède la liberté et des droits égaux
devant la loi sans distinction de sexe, de race,
de nationalité, de langue, de religion,
d'origine sociale, d'opinion, de statut
personnel et social.
2)
Les bénéfices et privilèges peuvent être admis
seulement s'ils sont conformes à la loi et ils
doivent être compatibles avec les principes de
la justice sociale.
Article 43
1)
Chacun a le droit de préserver son appartenance
ethnique, comme nul ne peut être forcé de nommer
et d'indiquer son appartenance ethnique (…)
3)
Chacun a le droit d'employer sa langue
maternelle et de choisir sa langue de
communication. »
Par
ailleurs, l'article 1 de la Loi sur les
langues de 1992 énonce les grands principes
suivants:
« Article
1
La
souveraineté des langues et les droits du
citoyen
1)
Le République moldave de Transnistrie garantit
la souveraineté de la langue du citoyen,
indépendamment de son origine, statut social et
fortune, de l'appartenance raciale et nationale,
de son sexe, son éducation, sa religion, son
emploi et autres conditions.
2)
Chaque citoyen possède le droit naturel et
juridiquement égal de choisir librement la
langue des relations et de l'employer dans tous
les domaines de l'activité sociale.
3)
Il est injustifiable de limiter les droits des
citoyens dans l'usage de leur langue maternelle
ou d'autres langues des peuples de la CEI dans
les diverses sphères politiques et sociales. »
Voilà
pour les grands principes. S'il est vrai que
chacun a le droit d'employer sa langue
maternelle, il reste à voir comment ces
dispositions se concrétisent dans les faits.
Le pouvoir de Transnistrie a proclamé trois
langues officielles: le russe, le moldave
écrit avec l’alphabet cyrillique et
l’ukrainien.
En
effet, l'article 12 de la Constitution déclare
ce qui suit:
« Article
12
Les
langues moldave, russe et ukrainienne ont le
statut de langues officielles sur une base égale ».
De
plus, la Loi sur les langues de 1992 déclare ce
qui suit à l'article 3:
« Article
3
Le
statut juridique des langues
1)
Sur le territoire de la République moldave de
Transnistrie, toutes les langues possèdent un
statut juridique égal et sont assurées de la
sauvegarde et du soutien identique de l'État.
2)
Le statut de langue officielle est de façon
égale assigné au moldave, au russe et à
l'ukrainien.
3)
Dans les localités particulières, la priorité
est donnée à chacune desdites langues définie
par la République ou par décision de la
collectivité locale ou par un référendum tenu
dans la République ou l'unité administrative
territoriale correspondante ».
L'article 35 de la Loi sur les langues prévoit
que les trois langues officielles peuvent être
utilisées en Transnistrie:
« Article
35 - Les médias
Les
langues officielles des médias de la République
moldave de Transnistrie (télévision, radio,
journaux, revues, etc.) sont le moldave, le
russe et l'ukrainien. Les langues des autres
nationalités peut également être utilisées dans
les médias ».
|