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DEMOCRATIE DIRECTE, SOLIDARITE SOCIALE, GRANDE-EUROPE ET ANTI-AMERICANISME :L’IDEOLOGIE RADICALE DE LA REPUBLIQUE TRANSNISTRIENNE

 

Nous publions ici en avant-première un extrait d’une longue étude de Luc MICHEL sur la « République moldave de Transnistrie » et son idéologie étatique, un sujet jamais abordé à ce jour dans les media occidentaux.
L’Etude complète sera publiée courant 2007 dans « LA NATION EUROPEENNE/LA NAZIONE EUROPEA » (Bruxelles), la Revue doctrinale du Communautarisme européen, ainsi que dans « DEMOCRATIE DIRECTE » le bulletin du MEDD (Mouvement Européen pour la Démocratie Directe), directement intéressé puisque la « Pridnestrovie » est actuellement la seule expérience de Démocratie Directe – totalement occultée en Occident – avec la Suisse.

Par Luc MICHEL

On parle peu dans nos media aux ordres de la « République moldave de Transnistrie », « Pridnestrovie » ou PMR en Russe, état auto-proclamé à la suite d’une guerre d’indépendance contre la Moldavie et issue de la désagrégation de l’URSS en 1991 (1).

Une filiation que ne rejettent pas les dirigeants de Tiraspol, la Capitale (elle fut aussi la capitale de l’ex-République soviétique de Moldavie sous l’URSS, avant Kichinev), qui ont conservé pour leur république la drapeau et les armes de l’ancienne « République soviétique de Moldavie », dans un geste significatif (qui rappelle celui du Président Lukashenko, rétablissant les symboles du Belarus soviétique après qu’il eu mis un terme définitif à la dérive occidentale du Pays).

LA REPUBLIQUE DE TRANSNISTRIE : UN ETAT SOUVERAIN

Le 1er décembre 1991, après plusieurs référenda où s’exprime déjà ce qui va devenir la Démocratie Directe de PMR, la Transnistrie proclame son indépendance avec pour capitale Tiraspol sur le Dniestr. De fait, celle-ci est mise en œuvre par une série de « congrès populaires » et de référenda dès août 1989 : l’autonomie de la Transnistrie est déclarée en septembre 1990 sous le nom de « République socialiste soviétique de Transnistrie moldave » et son indépendance comme PMR en décembre 1991.

Les autorités de Chisinau, où domine les thèses grande-roumaines de l’extrême-droite fascisante, répondent par la guerre et agressent le jeune état au printemps 1992. Ils s’y cassent les dents, la PMR récupérant notamment la ville de Bender sur la rive droite du Dniester. Un armistice est signé au mois de juillet 1992.

Depuis, la PMR affirme son indépendance et possède tous les caractères d’un Etat (2). Même si elle ne bénéficie d'aucune reconnaissance internationale, la Transnistrie dispose de son propre gouvernement, dirigé par le président-fondateur Smirnov, de son administration et de sa législation. Ses ressources sont alimentées par la fiscalité appliquée aux entreprises installées sur place.  

LA PRESERVATION DES ACQUIS SOVIETIQUE

D'après de nombreux analystes, et ici aussi comme au Belarus du Président Lukashenko, la PMR « constitue une survivance du système soviétique tant par le mode de gouvernement que par le système de régulation économique ».

Personnes et marchandises circulent librement entre les deux territoires. Par rapport à la Moldavie, le « pays le plus pauvre d’Europe d’Europe » (classé cent treizième sur cent soixante dix-sept Etats dans le dernier indice du développement humain publié par le Programme des Nations-Unies pour le développement), où l’immigration est la seule échappatoire massive, le niveau de vie est très supérieur en PMR, la protection sociale supérieure, les études gratuites jusqu’à l’Université (l’Université de Tiraspol, trilingue, intégrée au système russe d’enseignement, est renommée).

Ainsi « L’école numéro 9 de Tiraspol, que l’on propose volontiers aux rares étrangers de passage de visiter, représente le modèle d’une école soviétique richement dotée : salles de sports, de danse, de travaux manuels. Dans les couloirs bien tenus, on trouve de grands panneaux à la mémoire de la « Guerre patriotique » contre le nazisme, en 1941-1945, mais faisant aussi hommage aux anciens élèves de l’école tombés en 1992, commentait RFI (17/03/2005). Il y a même une salle informatique (…)  souligne avec fierté la directrice, Svetlana Alexandrovna Krupko. Elle affirme promouvoir les valeurs de tolérance et de multiethnicité auprès des élèves (…) Svetlana Alexandrovno ajoute ensuite un point beaucoup moins contestable : « 15 années ont passé. Une génération a grandi : ils considèrent que leur pays, c’est la Transnistrie, pas la Moldavie ». »

POUR UNE « AUTRE EUROPE »

Comme tous les petits états qui tentent de s’imposer à la reconnaissance mondiale et qui sont nés d’une situation de détresse et d’urgence, les fondations de la République de Transnistrie sont fortement teintées d’idéologie.

La volonté affichée des dirigeants de Tiraspol et du Président Smirnov d’intégrer leur république dans la fédération de Russie fait souvent oublier les positions européennes de Tiraspol – qui rappellent celles de notre « Communautarisme européen » -, à savoir une Grande-Europe, eurasiatique, non limitée à la petite Union Européenne et dont l’horizon idéologique va de l’Atlantique à Vladivostok.

Sur le site officiel de la République, on fait en effet référence à une « Nouvelle Europe », qui est la nôtre, celle dont Jean THIRIART fut le prophète (2bis) !

L’ANTI-AMERICANISME COMME AUTO-DEFENSE

L’anti-américanisme, compris comme un geste sain d’auto-défense, est très présent à Tiraspol. Comme s’en indignait récemment un de ces nombreux gauchistes rallié à l’idéologie occidentale qui encombrent la politique européenne (3) : « Ils adoptent un ton très « gauche ». C’est ainsi que cet été Proryv ( le journal de la jeunesse « Smirnovienne ») appelait à la résistance contre l’impérialisme américain, en soutenant le prochain Forum Social Mondial au Venezuela ! Une idée qui n’a pas germé sur les bords du Dniestr mais a été sans doute inspirée par Nashi le mouvement « progressiste » pro-Poutine en Russie ».

Comme le « Front de la Jeunesse du Belarus » instauré par le Président Lukashenko et les militants russes de « Nashi » (les nôtres – le véritable mouvement national-bolchévique russe, à ne pas confondre avec les marginaux du PNB du provocateur Limonov, financé par Soros et les USA), la « Jeunesse Smirnovienne » développe en effet de saines positions idéologiques, proches des thèses nationale-communistes développées par le PCN. De ce point de vue, le thème de la lutte contre l’impérialisme américain, lié à celui de la nécessaire solidarité de tous les combattants anti-yankee, est une solide balise idéologique.

L’anti-américanisme est partagé par de nombreuses organisations de jeunesse. Ainsi le Mouvement de jeunesse “Breakthrough”, qui supporte de façon critique le Président Smirnov, et qui a ouvert à Tiraspol la "Che Guevara High School", où les jeunes apprennent les « valeurs patriotiques » (au sens que le PCN donne à celles-ci) et sont préparés à affronter une éventuelle contre-révolution de couleur (à l’instar de celles organisées un peu partout dans la CEI à coup de millions de dollars occidentaux). « Nous voulons vivre ici, nous voulons nous battre pour nos intérêts et nous voulons être une République reconnue, la République de Transnistrie », affirme Elena Arshinova, un des leaders de « Breakthrough ». « Nous ne voulons pas être avec la Moldavie, Nous ne voulons pas être avec les USA. Nous voulons représenter nos intérêts transnistriens, sur notre territoire », ajoute-t-elle.

On n’est pas tendre à Tiraspol pour le double langage de l’Union européenne inféodée à l’OTAN et à Washington. Depuis le conflit de 1992, des «Forces de paix» mixtes, comprenant des soldats moldaves, russes et transnistriens, sont déployées sur la ligne de démarcation avec la Moldavie. Le ministre de PMR Valeri Letskai refuse de parler de retrait des troupes russes. «C'est de la propagande moldave», s'exclame-t-il. « Ici, il reste un millier de soldats de la XIV e armée, faiblement armés, tandis que nous pouvons mobiliser 40000 hommes. En cas de conflit, c'est nous qui protégerions les soldats russes... Nous sommes prêts à reprendre la guerre: rappelez-vous qu'en 1992, nous avions aussi reçu le soutien de 10000 volontaires cosaques de Russie. Les dirigeants moldaves se font beaucoup d'illusions sur l'Europe, mais jamais l'Europe n'osera attaquer de front une région russe. En cas de guerre, la Transnistrie serait un nouvel Irak ».

L’ESPERIENCE TRANSNISTRIENNE DE DEMOCRATIE DIRECTE

Plus étonnant encore est l’instauration et la défense de la Démocratie Directe (3b), conçue comme le « pouvoir du peuple ». Dans ce domaine, l’expérience de Tiraspol – où l’on fait souvent référence à la Démocratie directe suisse – est à suivre avec attention par tous ceux qui entendent apporter une alternative à la faillite générale de la particratie bourgeoise.

Présentée comme « La Démocratie directe en action à Tiraspol », l’institution centrale du « pouvoir du peuple » en Pridnestrovie est le « congrès de masse pour la Liberté ». Le quotidien TIRASPOL TIMES (4) présentait ainsi le 6e Congrès d’Avril 2006 : « A Tiraspol, une énorme réunion de démocratie est devenue maintenant une institution annuelle. Elle réunit avec succès les fonctionnaires élus de tous les niveaux pour décider de l’avenir de la Pridnestrovie. Les Moldaves ont dépassé en nombre les Russes ethniques et ont été déterminés à aller de l'avant avec l'indépendance de la république. 660 représentants élus de tous les secteurs ont célébré la démocratie au Pridnestrovie en mars et avril, 2006, quand le pays a tenu son 6ème congrès national des députés de tous les niveaux.  Le congrès, qui s'est ouvert à Tiraspol le 31 mars 2006, a rassemblé les fonctionnaires élus de toute la république et de tous les niveaux : Les conseils de village, et les conseils de la ville et du "raion"(NDT : arrondissement), et les 43 députés élus du parlement national ».

Pour tous ceux qui connaissent l’arrogance hautaine de caste des parlementaires occidentaux, on notera l’esprit de totale égalité qui entend effacer toute différence d’échelon entre les élus de tous niveaux : « Un total de 660 législateurs a participé à cette "Fête de la démocratie ", avec le droit de vote égal et le temps [de parole] égal pour chacun, chacun d’eux comme représentants des administrations au niveau national ou au niveau municipal et de district. »  

LA PMR : UN ETAT TRANSNATIONAL

En totale opposition avec la propagande des media de l’OTAN, on notera aussi qu’il y a plus de Moldaves que de Russes. Ce qui n’étonnera d’ailleurs pas ceux qui connaissent vraiment la situation en Transnistrie et le rôle joué par Grigore MARACOUTSA, le n°2 moldave de l’Etat, qui est aussi l’architecte de la démocratie transnistrienne. 

On notera que la PMR est un état multilingue, où le Moldave est une des trois langues officielles, et donc le seul état où la langue moldave (dialecte différent du Roumain et s’écrivant traditionnellement en cyrillique – le Roumain, lui, ayant abandonné le cyrillique pour l’alphabet latin au début du XIXe siècle) est langue officielle (la Moldavie utilisant elle, non pas le Moldave comme le proclame faussement sa constitution, mais le Roumain) (5).

Le refus du respect de la societé multiculturelle par les autorités de Kichinev lors de l’effondrement de l’URSS, leur volonté d’imposer la seule culture roumaine a pesé lourd dans le soulèvement de la Transnistrie : « En juin 1990, le Parlement moldave vota une déclaration de souveraineté instaurant la primauté de la Constitution moldave sur tout le territoire, ce qui incluait la Transnistrie. Lorsque le Parlement moldave adopta l'utilisation de fait du Roumain comme seule langue officielle de la Moldavie, les Russo-Ukrainiens exprimèrent leur mécontentement (…) De plus, une éventuelle réunification entre la Roumanie et la Moldavie paraissait inacceptable pour les russophones, déjà bien prévenus depuis 1989 par la réintroduction de l'alphabet latin sur tout le territoire et la volonté moldave de sortir de l'influence soviétique. Aussitôt, les minorités russophone (de Transnistrie) et gagaouze (de Gagaouzie) réclamèrent l'autonomie de leur région ».

A noter que la constitution de la Moldavie fixe le cadre d'un Etat unitaire et ne reconnaît pas les minorités.

Par contre, l'article 26 de la Loi sur les langues reconnaît aux citoyens de la Transnistrie de choisir la langue d'enseignement pour leurs enfants: « Chaque citoyen a le droit de choisir librement la langue d'enseignement de ses enfants et l'État garantit ce droit inaliénable.» Il existe donc des écoles ukrainiennes et des écoles moldaves. Plus de 11 000 enfants, sur une population totale de 79 000 écoliers, seraient admis dans des écoles moldaves de la Transnistrie.

LA PMR : UN ETAT TRILINGUE ET MULTICULTUREL

La PMR est donc en effet un état multinational modèle, trilingue (Russe, Moldave, Ukrainien) (6), où la citoyenneté – ici aussi dans une conception identique à notre « Communautarisme européen » et également issue directement de la théorie jacobine de la Nation politique - n’est pas basée sur la langue ou l’origine ethnique, un état politique dégagé des pulsions tribales, conçu comme une communauté de destin : « Des 660 délégués de ce sixième congrès, 307 députés représentaient les conseils urbains et de district -  tandis que 353 venaient des villages et des conseils ruraux. Les femmes, les minorités et la jeunesse étaient fortement représentées aussi. Les Russes ethniques composaient une minorité distincte. Des trois groupes ethniques principaux dans la PMR, les Russes étaient représentés avec seulement 137 députés. Il y avait 232 Ukrainiens ethniques et 250 Moldaves. Les 41 députés restants étaient des juifs, des Bulgares, Gagaouzes, des Polonais, Tatars et des représentants des nombreuses autres nationalités qui composent la Pridnestrovie multiethnique, le jeune pays qui prouve que le "Pouvoir au Peuple" n'est pas simplement une expression creuse mais une façon de vivre. En dépit de leurs différences de race, de milieu et de langues, tous se tenaient unis derrière un but simple qui, dans les mots d'un représentant  moldave, est décrit en tant que "Liberté" » (7).

La déclaration finale du « congrès de masse pour la Liberté » affirme avec force cette volonté de vivre librement dans une communauté de destin choisie : « nous qui sommes nés ici, nous demandons juste la liberté pour déterminer notre propre avenir. Nous ne voulons pas faire partie d'aucun autre pays ; que ce soit la Moldavie, l'Ukraine ou la Russie. Nous voulons le droit de décider librement comment vivre nos propres vies, sous nos propres règles et notre propre gouvernement » (8).

 LE REFERENDUM DU 17 SEPTEMBRE 2006

 Le 17 septembre 2006, Les habitants de Transnistrie se sont prononcés à 97,1% pour leur rattachement à la Russie lors d'un nouveau référendum.

La Moldavie avait fait savoir qu'elle ne reconnaîtrait pas les résultats de ce scrutin (sic), dénoncé également l'Union européenne et les Etats-Unis, peu soucieux de légitimité démocratique lorsqu’elle ne sert pas les visées expansionnistes de l’OTAN à l’Est. On notera encore que l’OTAN organisait exactement au même moment des manœuvres (d’intimidation) aux frontières de la PMR, en territoire moldave. Et que les manifestations nombreuses organisées par les forces anti-OTAN de Moldavie, qui protestaient contre cette violation flagrante de la neutralité moldave (proclamée dans la constitution), ont été toutes interdites et réprimées. Où est la démocratie en cette fin 2006, à Kichinev où à Tiraspol ?

Piotr Denisenko, chef de la commission électorale de la PMR, a déclaré que 97,1% des électeurs avaient approuvé le rattachement de la Transnistrie à la Russie. Seuls 2,3% ont voté contre. Les électeurs étaient également appelés à dire s'ils souhaitaient abandonner le chemin entamé il y a seize ans vers l'indépendance. P. Denisenko a précisé que 94,6% des habitants de la région avaient voté contre l'union avec la Moldavie. Deux questions ont été soumises à référendum : "Soutenez-vous la politique d'indépendance de la République moldave de Transnistrie et sa libre adhésion à la Fédération de Russie?" et "Jugez-vous possible l'abandon de l'indépendance par République moldave de Transnistrie suivi de son adhésion à la Moldavie?".

La Russie, elle, veut voir le résultat du référendum reconnu comme l'expression de la volonté démocratique de la région. Près de 79% des 390.000 électeurs ont participé au référendum. "Des centaines d'observateurs de la CEI et de l'Europe ont pu voir de leurs propres yeux le peuple de Transnistrie exprimer sa volonté", a déclaré le chef de la diplomatie russe S. Lavrov. Il ajoutait à l’adresse de Bruxelles : « il est douteux qu'il soit correct et politiquement perspicace de mépriser et, à plus forte raison, de ne pas respecter cette forme d'expression de la volonté du peuple ».

Les observateurs internationaux en Transnistrie ont signé une conclusion conjointe confirmant l'absence de violations des principes du suffrage universel, direct et égal. Les observateurs n'ont pas constaté de cas de pression sur les activités des institutions électorales de la part des organes du pouvoir d'Etat de la République moldave de Transnistrie et des autorités locales, indique la déclaration. Au cours du vote, la Transnistrie a respecté les principes des élections libres et équitables, le principe d'ouverture du référendum, les informations le concernant étaient ouvertes à toutes les personnes intéressées, selon les observateurs.  Le référendum a été suivi par plus de 130 observateurs internationaux des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) et d'Europe occidentale (dont une forte délégation du PCN et du MEDD, venue de France, Belgique et Italie).

"Grâce à la Russie, la paix et la concorde interethnique règnent depuis plusieurs années dans la région, tous les habitants de la Transnistrie, indépendamment de leur nationalité, ont une mentalité pro-russe", a déclaré Igor Smirnov, président de la République de Transnistrie. "Le référendum qui s'est tenu dimanche dernier a constitué la fin logique des épreuves tragiques et des blocus de toute sorte, économique et informationnel, ainsi que d'autres défis et menaces que nous avons subis ces dernières années. Le peuple de la Transnistrie s'est déterminé et voit son avenir dans une alliance avec la Russie", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse à Moscou. "Nous optons pour la Russie. La Russie a toujours été présente sur notre sol, depuis la formation du premier Etat sur ce territoire. La capitale de notre république été fondée par Souvorov (célèbre maréchal russe ayant mené des guerres victorieuses contre la Turquie à la fin du XVIIIe s., ndla). "Je suis sûr que le choix que notre peuple a fait le 17 septembre a été correct. Notre peuple s'est montré assez sage pour préserver son identité", a ajouté le président de la république autoproclamée.

L’ADHESION DU PEUPLE A LA REPUBLIQUE

L’adhésion de la population, toutes ethnies confondues (et où les mariages mixtes sont majoritaires), à l’idéologie de l’Etat de PMR est une constante. On se rappelera qu’en mars 1995, les habitants de Transnistrie votaient déjà à 81% en faveur d’une nouvelle Constitution indépendantiste. Ce même jour, 93,3% de la population (qui comptait tout de même alors 40% de Moldaves) se prononcaient en faveur du maintien des troupes de l’armée russe sur le territoire transnistrien.

Les partis politiques et les ONG de la république autoproclamée de Transnistrie, toutes tendances unies, ont remercié les citoyens pour le choix en faveur de l'indépendance et d'une alliance avec la Russie lors du référendum du dimanche 17 septembre : "Le 17 septembre, nous avons accompli notre choix : vivre dans un Etat indépendant et édifier des rapports avec la Fédération de Russie. Nous autres, représentants des partis et associations publiques, nous exprimons notre reconnaissance à notre peuple pour la responsabilité, le patriotisme et la fidélité dont il a fait preuve au nom du bien-être de chaque famille et des générations à venir. Ensemble, nous parviendrons à la reconnaissance de notre république", peut-on lire dans le message des partis politiques et des ONG au peuple de Transnistrie."Malgré les déclarations de certaines organisations internationales dans lesquelles elles ont refusé de reconnaître les résultats de notre référendum et les exercices menés conjointement par les Etats-Unis et l'OTAN en Moldavie dans le but d'intimider les Transnistriens, le citoyens de la république ont manifesté leurs unité et cohésion dans la lutte pour l'indépendance, ayant pris une part très active à la consultation populaire", relèvent les auteurs du document.

(Article publié initialement dans LA CAUSE DES PEUPLES, Bruxelles-Paris, n° 31, décembre 2006 / Copyright Luc MICHEL, tous droits réservés de reproduction et de traduction – Reproduction libre avec l’accord préalable de l’auteur : info@pcn-ncp.com)

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DONNEES HISTORIQUES, NOTES ET RENVOIS :

(1) L’histoire de cette Etat autoproclamé remonte à l’effondrement de l’URSS. A la fin du XIXe siècle la partie orientale de l’antique province roumaine de Moldavie (La Roumanie actuelle est issue de diverses provinces, aux histoires divergentes, qui n’ont jamais formé d’unité étatique avant l’époque moderne), entre les fleuves Prout et Dniestr, s’appelait Bessarabie et faisait partie de l’empire Russe. L’actuelle Transnistrie – du nom roumain du fleuve Dniester, le « Nistru » - n’en faisant pas partie et étant issue des territoires  libérés des Turcs par le Maréchal Souvarov à la fin du XVIIIe siècle, qui fonda Tiraspol.

En 1918 la Grande Roumanie alliée de la France avait annexé ce territoire (mais pas la Transnistrie), qui allait être repris par l’URSS pendant la seconde guerre mondiale. Une partie de l’ancienne Bessarabie - avec la Transnistrie- devenait la Moldavie soviétique, tandis que le Nord (Bukovine) et le Sud (Dubrodjna, l’accès à la mer) était donné à l’Ukraine.

La Moldavie, majoritairement parlant un dialecte roumanophone avec de fortes minorités slaves, a proclamé son indépendance en 1991. Le Roumain (et non pas le Moldave comme le proclame faussement la constitution !) est devenu langue nationale et l’alphabet latin officiel, et les Transnistriens, majoritairement slaves en 1991 et utilisant l’alphabet cyrillique, s’en sont séparés, refusant la logique xénophobe des théoriciens fascisants de la Grande-Roumanie, avec le soutien de la 14e armée soviétique, au prix de violents affrontements faisant plusieurs centaines de morts notamment à Bender une enclave Transnistrienne sur la rive droite. Ils ont ainsi constitué leur « république » contrôlant une grande partie du potentiel industriel et la principale centrale électrique. Depuis le conflit est « gelé ».

On notera que l’agresseur était Kichinev, voulant annihiler le jeune état de PMR par la force et qu’il a subi une défaite cuisante.

L’Armée de PMR est très forte, appuyée sur une industrie militaire de pointe. Elle garantit l’indépendance de la PMR, état pacifique et sans revendications territoriales. Et une nouvelle agression de Kichinev pourrait coûter cher aux dirigeants pro-occidentaux de la capitale moldave. « Une solution militaire apparaît cependant aujourd'hui totalement exclue. L'issue du conflit de 1992 a montré la vanité de l'épreuve de force pour mettre fin à la sécession », écrivait la Commission des Affaires étrangères, de la défense et de forces armées du Sénat français, à la suite d'une mission effectuée en Moldavie en 1999.

 

(2) La Transnistrie (en moldave: Transnistria; en russe: Пpиднecтpoвьe / Pridnestrovié) forme, à l’est de la Moldavie, un petit territoire de 4163 km² (sept fois plus petit que la Belgique, mais deux fois plus étendu que le Luxembourg) entre les rives du fleuve Nistru à l'ouest (Nistru étant le nom du Dniestr en moldave et/ou en roumain) et la frontière ukrainienne à l'est. Le nom russe du est le nom officiel du territoire: la Pridnestrovskaïa Moldavskaïa Respublica (ou République moldave de Pridnestrovié). Pour sa part, le Conseil de l'Europe utilise la dénomination République moldave transdnistrienne.

La région, une république autonome autoproclamée, compte six districts (en russe et en moldave): Tiraspol, Dubossary (Dubasari), Rybnitsa (Ribnita), Grigoriopol, Kamenka (Camenca) et Slobodzeya (Slobozia). La ville de Tiraspol, dont la population est à majorité russo-ukrainienne, est la capitale locale. La Transnistrie a maintenant toutes les apparences d'un État, à l'exception de la reconnaissance diplomatique.

Le recensement de 1989 établissait la population à 546 400 habitants, sans la ville de Tighina (estimée alors à 130 000 habitants). On comptait alors 39,9 % de Moldaves, 28,3 % d'Ukrainiens, 25,5 % de Russes et 6,4 % pour les autres groupes ethniques.

Le dernier recensement, en date de l'année 2004, révélait une population de 555 347, incluant le ville de Tighina (ou Bendery). C'est le district de Tiraspol qui est le plus peuplé (211 800), suivi de Bendery (145 900). Selon le recensement de 2004, les Slaves sont majoritaires en Transnistrie avec 30,4 % de Russes, 28,8 % d'Ukrainiens, 2 % de Bulgares et 2 % de Polonais — pour un total de 63,2 % — , alors que les Moldaves ne représentent que 31,8 % et les Gagaouzes, 2 %. Les Moldaves demeurent fortement majoritaires dans trois districts: Comenca (63 %), Dubossary (89%) et Grigoriopol (76%).

Cependant, les communautés linguistiques vivent pour une bonne partie concentrées dans des villages où elle sont relativement majoritaires, localement. Ce sont les villes qui sont davantage hétérogènes: on y trouve généralement des Russes, des Ukrainiens, des Moldaves, puis des Gagaouzes, des Bulgares et des Polonais. Le Nord est davantage moldavophone et ukrainophone, alors que le Sud est russophone et ukrainophone. De façon générale, Russes et Ukrainiens préfèrent habiter les villes plutôt que la campagne.

 

(2bis) La théorisation de l’Europe comme superpuissance avait déjà été énoncée par Jean Thiriart dès le début des années 60. Dans un livre prophétique, publié en 1964 et intitulé « L’EUROPE, UN EMPIRE DE 400 MILLIONS D’HOMMES », Thiriart, dans lequel ses partisans voyent le « Marx  de la Révolution européenne », définissait les conditions de la libération et de l’unification de la Nation-Europe et énonçait les conditions de sa puissance : une dimension minimale de 400 millions d’Européens, une monnaie unique, une Armée intégrée indépendante de l’OTAN, des frontières géopolitiques incluant la Méditerranée et l’Est européen, un exécutif transnational. Le tout impliquant l’expulsion des USA d’Europe. Il y fixait aussi les frontières orientales de l’Europe sur l’Ossouri et à Vladivostok.

La pensée de Jean Thiriart, qui est un des grands théoriciens et géopoliticiens du XXième Siècle, est totalement occultée, étouffée en Europe occidentale et singulièrement dans l’Espace francophone. Alors que nombre de ses thèses ont été abondamment plagiées ou suivies, y compris au plus haut niveau. Mais en Russie, c’est un théoricien reconnu, dont les thèses constituent l’un des axes principaux de la nouvelle pensée « eurasiste », qui inspire même une partie de l’entourage du président Poutine (et qui lui vaut de plus en plus d’être taxé de « national-bolchevisme »). Et le Manuel de Géopolitique des jeunes officiers russes consacre à Thiriart des pages élogieuses.

 

(3) « Quelque part, sur les rives du Dniestr », par Bernard Dreano, du « centre d’étude et d’initiative de solidarité internationale » (Cedetim), co-président du réseau « Helsinki Citizens’ Assembly ». Ce texte est paru dans POLITIS n°869, 29 septembre 2005.

 

(3bis) Comment définir la « Démocratie Directe » à l’aube du XXIe siècle ?  Le Colloque sur « LA DEMOCRATIE DIRECTE : L’ALTERNATIVE DU 21e SIECLE », organisé par le MEDD, sous la direction de Luc MICHEL, le 31 juillet 2006 (La Roche – Wallonie), avec des participants venus de 18 pays européens, africains et arabes, entendait répondre à cette question et exposer les  « théories et praxis de la Démocratie Directe face à la crise du parlementarisme occidental ». A savoir :

- les sources européennes de la Démocratie Directe (La Suisse – Robespierre/1793 – La commune de Paris/1870 – Les Soviets – Le Référendum - le « Communautarisme européen » et Jean Thiriart) ;

- l’expérience-pilote libyenne (le Livre Vert de Moammar Kadhafi - Le système Jamahiriyen);

- la Démocratie Directe en Afrique (l’expérience de Thomas Sankara).

- les expériences de Justice Populaire en URSS, en Albanie socialiste et en Libye (« Justice, Ordre social et Démocratie Directe ») ;

- les expériences d’autonomie municipale (Libye, Alabanie socialiste, Cuba, Irak ba’athiste).

Pour la première fois dans l’histoire des études sur le sujet, ce Colloque abordait – toutes les théories et praxis de la Démocratie Directe en Europe et leurs apports ou rapports avec les expérience-pilotes d’Afrique et d’amérique latine.

Les participants ont notamment longuement abordés les thèmes connexes à la Démocratie Directe, comme :

- l’armement du peuple (« l’alternative fondamentale est entre des citoyens armés et des électeurs désarmés » disait Jean THIRIART, le théoricien du pouvoir populaire européen),

- la propriété sociale des moyens de production,

- l’autogestion syndicale et la place centrale des syndicats dans la Démocratie Directe,

- et la Justice populaire.

Comme Luc MICHEL le soulignait dans sa communication d’introduction, « la Démocratie Directe est la forme véritable et originelle du pouvoir populaire des peuples d’Europe », la démocratie directe est le mode de gouvernement naturel des peuples européens.

La démocratie directe repose sur une notion fondamentale, c’est le mode de la nation responsable et engagée qui est prêt à risquer sa vie pour la communauté. Le peuple souverain est un peuple en arme. Pour les théoriciens de la démocratie directe l’armement du peuple est une notion fondamentale.

Retraçons l’histoire de la Démocratie directe jusqu’à l’époque moderne :

Dans l’antiquité et jusqu’au début du Moyen Age européen, la démocratie directe est le mode naturel de gouvernement des populations européennes, que ce soit en Grèce, à Rome, dans les tribus celtiques, dans les tribus germaniques. C’est l’assemblée des hommes armés qui décide et qui choisit le chef. Ce mode de gouvernement va exister en Europe jusqu’à l’époque de Charlemagne c’est à dire jusqu’au VIIIème siècle.

Un phénomène constant de la démocratie directe c’est qu’elle finit par être confisquée. A un moment donné, une oligarchie accapare le pouvoir et généralement la démocratie directe se transforme en un système monarchique ou féodal. En Europe par exemple à partir du VIIIème siècle, la féodalité c’est la dégénérescence de la démocratie directe. Pourquoi ? Parce que ce sont toujours les hommes en arme qui décident du gouvernement, par exemple le roi de France ou l’empereur germanique c’est le premier des nobles du Royaume, mais le problème c’est que la fonction de défense de la patrie est accaparée par des soldats professionnels. Qu’est ce que la Noblesse en Europe ? C’est ceux qui ont le monopole de la défense. Toutes les autres catégories de la population, ceux qui ne se battent plus, ceux qui ne sont plus armés, cela devient des citoyens soumis, exploités, qui n’ont plus de droit politique. C’est le phénomène des oligarchies et c’est déjà on peut dire un bonapartisme précoce puisque c’est l’accaparement par les militaires du gouvernement.

La démocratie directe va survivre dans un seul état, après l’an 1000 c’est la Suisse justement. La Suisse échappe à la féodalité, c’est un ensemble de Cantons on pourrait dire maintenant un ensemble des municipalités (évidemment les femmes en sont exclues, mais dans la plupart des sociétés de l’antiquité la femme n’est pas considérée ni comme un citoyen à part entière ni même comme un membre actif de la communauté, la femme est souvent considérée comme un objet, une marchandise ou une mineur). En Suisse, pour avoir le droit de voter, de prendre des décisions, on revient à la notion de peuple armé, il faut se présenter à l’assemblée des citoyens avec une arme, il faut prouver qu’on est prêt à défendre la patrie. Le système suisse il ne faut pas croire qu’il va durer jusqu’à l’époque actuelle. C’est une dégénérescence et il va se transformer en un système semi-féodal rapidement. Mais les Suisses, au terme d’une évolution, vont rapidement dès que la féodalité va être abattue en 1789, se souvenir de leur expérience et remettre en route un système partiel de démocratie directe qui est un modèle en Europe.

Pour certains théoriciens européens de la démocratie directe moderne comme Jean Thiriart, la Suisse est en Europe le seul état qui peut dire qu’il a une légitimité démocratique, la Suisse est le seul pays en Europe - avec à l’époque moderne la Yougoslavie de Tito et l’Albanie socialiste - où le peuple est armé, c’est le seul état au monde, parce que même la Libye n’a pas adopté ce système, où les citoyens ont leur armement de guerre chez eux y compris l’armement lourd, les Suisses ont chez eux leurs fusils d’assaut, des munitions et pour certains des mitrailleuses lourdes.

On va revoir l’idée de démocratie directe ressurgir avec la destruction de la féodalité. En 1793, la révolution française arrive à son paroxysme. Une fraction qui est à l’époque la plus progressiste, les jacobins, arrivent au pouvoir avec Robespierre. Robespierre, notamment dans la première Commune de Paris en 1792-1793, instaure et parle de démocratie directe. Robespierre contrairement à tout le reste de processus de la révolution française en 1789 refuse le principe de la délégation parlementaire. L’expérience est très vite avortée puisque Robespierre a subi un coup d’état et a été exécuté.

A l’époque, il existe une fraction encore plus radicale : les babouvistes. Ce sont les partisans de Grachus Babeuf, que Marx ou Lénine considéraient comme les premiers communistes. Eux veulent la démocratie directe intégrale suivant un mode qui rappelle assez celui de la Jamahïria libyenne. On sait que pour Moammar Kadhafi, 1793 est la grande référence. Lorsque le président français Jacques Chirac s’est rendu en Libye l’année précédente, Tripoli était couvert d’affiches faisant le parallèle entre la révolution française et la révolution libyenne et Kadhafi a dit « notre révolution est l’étape suivante,  l’aboutissement de la vôtre ».

L’idée de démocratie directe va survivre grâce à l’enseignement justement des babouvistes. En 1870, c’est la guerre entre la Prusse et la France, et le régime bourgeois qui est celui de Napoléon III, s’effondre. On voit à Paris une insurrection populaire qui crée un gouvernement autonome, la Commune de Paris (la seconde), qui va  durer un peu plus d’une année avant d’être écrasé par les armées de la bourgeoisie et ce gouvernement est gouverné par un mode de démocratie populaire ; c’est important parce que c’est la première fois à l’époque moderne que la démocratie directe va être effectivement appliquée.

L’expérience de la Commune de Paris est très importante parce qu’on l’ignore trop souvent c’est à partir d’elle que va être conçu le concept de « soviet » en Russie, vous savez que pour les révolutionnaires russes, qui se disent marxistes, la véritable référence est le Jacobinisme et la Révolution française. Et la forme de démocratie directe qui est pratiquée dans la commune de Paris va être appliquée aux soviets. Quand les soviets apparaissent-ils ? Pendant la première révolution russe de 1905. Le peuple se soulève contre le tsarisme et met en place un système de démocratie directe qui est défendue par des milices ouvrières. Le problème c’est que les révolutionnaires sont divisés et que l’armée contrairement à ce qui se passer en1917 ne bascule pas de leur côté. Le pouvoir tsariste va donc écraser les soviets. Arrive 1917. Et en 1917 lorsque le pouvoir tsariste s’effondre c’est une république libérale et bourgeoise qui instaure un système de multipartisme : la douma ; mais parallèlement à cette révolution bourgeoise il y a une auto organisation du peuple, et on voit les soviets réapparaître. Un parti, qui est le Parti bolchevique, décide de s’appuyer sur les soviets pour passer à une révolution qui n’est plus bourgeoise mais populaire, c’est ce parti qui l’emporte mais qui l’emporte dans les conditions d’une guerre civile et d’une intervention étrangère. A l’époque il y a des armées françaises, américaines, japonaises, britanniques qui sont présentes sur le sol russe pour écraser la révolution, il y a des armées contre révolutionnaires ; à un moment donné par exemple le pouvoir bolchevique ne contrôle que Petrograd et une petite zone d’environ un millier de kilomètres autour de Moscou.

Lorsque l’on étudie l’expérience soviétique, nous avons en occident une vision faussée. Pourquoi ? La critique, l’étude historique que l’on fait dans le monde bourgeois de la révolution bolchevique elle est basée en fait sur une analyse, c’est celle de Léon Trotski. Dans les années 1922-1928 le conflit existe entre Trotski et Staline. Trotski perd, il est exilé et pour expliquer sa défaite produit un livre de propagande contre le régime soviétique qui s’intitule « la révolution confisquée ». La grande idée que l’on trouve dans les média bourgeois c’est de dire après 1922, on « liquide le régime soviétique ». Ce n’est pas exact. Ce que liquide le stalinisme c’est le multipartisme. Mais dans le reste de l’organisation, c’est à dire le gouvernement des municipalités, l’application de la justice, il reste les formes de démocratie directe, celle des soviets. C’est par exemple sous Staline que va se mettre en place le système de justice soviétique qui va servir de modèle au libyen, le système de justice soviétique c’est un système de démocratie directe, il n’y a pas (ou peu) de magistrats professionnels par exemple, ce sont des magistrats élus dans le peuple.

Les années passent et à l’époque moderne il faut attendre les années 60 pour voir ressurgir l’idée de démocratie directe. Entre 1960 et 1966, Jean Thiriart, le fondateur et le premier théoricien du Communautarisme européen réfléchit à une critique de la démocratie parlementaire et aux solutions, aux alternatives à lui appliquer.

En 1969, c’est la révolution libyenne et entre 1969 et 1976 se met en place la Jamahïria, à l’époque moderne la seule expérience de démocratie directe qui est complète et qui a survécu.

A la même époque il y a deux expériences de démocratie directe partielle. La première c’est celle de l’Iraq ba’athiste de Saddam Hussein. Le ba’ath c’est un parti nationaliste révolutionnaire arabe, c’est le grand rival de Nasser, et ce sera à un moment donné l’un des rivaux de Moammar Kadhafi pour le leadership pan arabe. Au départ le Ba’ath entend remplacer le multipartisme par un système politique de front national, c’est un système politique qui copie le système qui est instauré en République Démocratique Allemande, en Allemagne de l’Est, depuis de 1948. Qu’est ce que ce système ? On accepte l’existence d’une série de partis dit progressistes autours d’un parti dirigeant en Allemagne c’est le SED, le parti communiste, en Iraq c’est le Ba’ath bien entendu. Et ces partis se regroupent sur une liste dite de front national pour former le gouvernement. C’est le système qui va fonctionner en Allemagne de l’Est, en Hongrie ou en Bulgarie, jusqu’à la chute du bloc soviétique. C’est encore aujourd’hui le système qui gouverne un autre système ba’athiste, qui est le Ba’ath syrien. En Iraq les choses ne vont pas bien se passer et dès 1972, le régime va regarder comment remplacer les partis progressistes directement par le peuple dans ce Front national. Et va se mettre en place en Iraq, c’est le même nom qu’en Libye, des congrès populaires, qui par exemple administrent les municipalités.

Il y a une autre expérience à la même époque c’est celle de l’Albanie socialiste d’ Enver Hoxha. Un colloque qui s’appelle « le pouvoir du peuple » a longuement abordé en mars 1981 à Paris les comparaisons entre l’Albanie et la Libye. En Albanie il y a un parti communiste dirigeant, c’est la différence avec la Libye, mais pour le reste le système fonctionne suivant ce qu’ils appellent le contrôle ouvrier qui est une forme de démocratie directe, c’est à dire que tout le pays est organisé avec des comités qui s’appellent les comités révolutionnaires, avec des ouvriers élus, qui dirigent les usines, qui dirigent les municipalités et qui ont un droit de critiques sur le parti. Une notion que les Albanais introduisent, qui est intéressante, c’est la rotation des dirigeants. Périodiquement, personne en Albanie ne reste plus de 5 ans à un poste, lorsque quelqu’un a eu un poste de dirigeant important, directeur d’usine, ambassadeur, ministre, après 5 ans il doit obligatoirement aller retravailler à la base.

Les partisans radicaux de la Démocratie Directe sont regroupés dans le MEDD – le Mouvement Européen pour la Démocratie Directe -, qui entend particulièrement « militer pour la Démocratie directe en tant qu’ alternative à la faillite et à la corruption de la pseudo démocratie parlementaire », « renouer avec les racines européennes de la démocratie directe (expérience suisse, théorie de l'incorruptible Robespierre en 1793, etc.) » et « assurer leur synergie avec l’expérience pilote moderne de démocratie directe développée par la Révolution libyenne ».

 

(4), (7), (8)Direct democracy in action Tiraspol”, Published on PRIDNESTROVIE.NET : http://pridnestrovie.net

 

(5) La Moldavie actuelle marque l'extrême limite des conquêtes de Trajan en Dacie au début du IIème siècle de notre ère. Malgré les invasions -conclues avec l'établissement des Slaves au Vème siècle-, cette terre restera ancrée dans la latinité comme l'atteste d'ailleurs le nom de Roumains donné à ses habitants.

A partir du Xè siècle se forme, à l'est des Carpates, un nouvel Etat, la Moldavie, dont le territoire recouvre la Moldavie actuelle et la province roumaine du même nom. Ce pays connaît sa plus grande extension sous le règne d'Etienne le Grand (1457-1504) ; il résiste alors aux envahisseurs hongrois, polonais, tatars et turcs.

Au début du XVIè siècle, la Moldavie perd la maîtrise de son destin. Assujettie et démembrée, elle est pendant près de cinq siècles le jouet des rapports de force entre les grandes puissances de l'Europe centrale.

Elle accepte d'abord la suzeraineté ottomane tout en conservant son autonomie. A la fin du XVIIIè, une partie de la Moldavie passe sous la domination de l'Autriche et prend le nom de Bukovine. Une autre partie, à l'issue des guerres russo-turques, en 1812 se trouve annexée par la Russie et devient la Bessarabie.

En 1918, profitant de la guerre civile entre Bolcheviques et Gardes blancs tsaristes, la Bessarabie s'unit à la Grande-Roumanie.

En octobre 1924, le Gouvernement soviétique crée, sur la rive gauche du Dniestr (Transnistrie), la République autonome soviétique socialiste de MoldavieDont l’actuelle PMR est l’héritière légitime - afin de justifier ses prétentions territoriales sur l'ensemble de la Bessarabie, avec Balta comme capitale, puis, à partir de 1929, Tiraspol. Avec une superficie de 8432 km² (aujourd'hui: 4163 km²), cette nouvelle république «autonome» de Moldavie ne disposait pas de débouché sur la mer Noire, mais elle en avait dans le cadre de la république d'Ukraine. Sa population comptait alors 500 000 habitants.

La Bessarabie est récupérée en 1940 par l'URSS. En 1940, la RASSM fut rattachée à la République socialiste soviétique de Moldavie (RSSM). Sa capitale devint Kichinev.

Le problème actuel de la Transnistrie découle directement de cette création par l’URSS, en 1940, d’une entité hybride, la République soviétique socialiste moldave (RSSM). Celle-ci fut constituée à partir de l’union artificielle entre la Bessarabie - qui venait d’être reprise par l’Union soviétique à la Roumanie et amputée d’un quart de son territoire - et la Transnistrie - qui représentait alors 60 % de la " République autonome socialiste soviétique de Moldavie " (RASSM).

Reprise par la Roumanie fasciste du Maréchal Antonesco en 1941 – qui annexe la Transnistrie étendue jusqu'à Odessa en Ukraine et y fait régner une occupation semblable à celle de ses alliés nazis (la province devint notamment un lieu de déportation pour les Tsiganes et les Juifs de Roumanie, environ 300 000, dont plus de la moitié moururent de froid ou de maladie, ou furent liquidés par les troupes allemandes et roumaines)  -, elle est finalement rendue à l'Union soviétique en 1947 (traité de Paris de janvier 1947).

Le 27 août 1991, la Moldavie a déclaré son indépendance.

Aux hasards d'une histoire inconstante se sont ajoutés les aléas de la politique - rattachement du nord et du sud (débouché sur la Mer noire) de la Bessarabie à l'Ukraine (dont la population actuelle comprend ainsi une minorité moldave forte de 400 000 personnes) - et les déplacements de population : immigration massive de Russes, Ukrainiens et Biélorusses (environ 600 000 personnes depuis l'après-guerre).

La Moldavie doit, aux vicissitudes de son passé, la diversité de sa population (4,3 millions d'habitants), qui, aux côtés d'une majorité de roumanophones (60 %), réunit d'importantes minorités russophones d'origine ukrainienne (14 %) ou russe (13 %). Les principales villes -Chisinau, Balti, Tiraspol- sont majoritairement russes. Le développement économique du pays et l'urbanisation ont en effet, pour une large part, reposé sur l'immigration des populations russophones (les non-Moldaves représentaient avant l'indépendance 52 % de la force de travail industrielle, 57 % des cadres dirigeants et 68 % des cadres travaillant dans le domaine scientifique). Il faut aussi mentionner parmi les minorités, les gagaouzes (3,5 %), concentrés dans le sud du pays et héritiers des Turcs chrétiens de la Dobroudja colonisés par la Russie au début du XIXè siècle.

« la langue russe occupe des positions socialement et économiquement décisives dans toutes les grandes villes de la Moldavie, y compris dans la capitale. La langue russe demeure la principale langue de communication entre les citoyens d'ethnies différentes dans toute la Moldavie, et elle jouit d'un prestige considérable. Même la langue moldave est très influencée par le russe (contrairement à la langue roumaine) », précise une étude le l’Université de Laval au Québec.

 

(6) Dans l’affichage public, seul l’alphabet cyrillique est permis. La plupart des enseignes sont en russes, parfois en moldave, rarement en ukrainien. On pourrait dire que l'affichage public est à 70 % en russe, 20 % en moldave et 10 % en ukrainien. Quant à la signalisation routière, elle est en russe, en moldave, parfois en ukrainien.

La politique linguistique de la Transnistrie est définie en partie dans la Constitution de la Pridnestrovskaia Moldavskaia Respublica adoptée lors du référendum national du 24 décembre 1995; la loi constitutionnelle a été signée par le président de la République moldave de Transnistrie le 17 janvier 1996. La formulation de l'actuelle Constitution inclut les amendements présentés le 30 juin 2000 dans la Loi constitutionnelle no 310. Mais la politique linguistique est surtout définie dans la Loi sur les langues de 1992.

Les articles 17 et 43 de la Constitution du 24 décembre 1995 proclament l'égalité entre tous les citoyens:

« Article 17

1) Chacun possède la liberté et des droits égaux devant la loi sans distinction de sexe, de race, de nationalité, de langue, de religion, d'origine sociale, d'opinion, de statut personnel et social.

2) Les bénéfices et privilèges peuvent être admis seulement s'ils sont conformes à la loi et ils doivent être compatibles avec les principes de la justice sociale.

Article 43

1) Chacun a le droit de préserver son appartenance ethnique, comme nul ne peut être forcé de nommer et d'indiquer son appartenance ethnique (…)

3) Chacun a le droit d'employer sa langue maternelle et de choisir sa langue de communication. »

Par ailleurs, l'article 1 de la Loi sur les langues de 1992 énonce les grands principes suivants:

« Article 1

La souveraineté des langues et les droits du citoyen

1) Le République moldave de Transnistrie garantit la souveraineté de la langue du citoyen, indépendamment de son origine, statut social et fortune, de l'appartenance raciale et nationale, de son sexe, son éducation, sa religion, son emploi et autres conditions.

2) Chaque citoyen possède le droit naturel et juridiquement égal de choisir librement la langue des relations et de l'employer dans tous les domaines de l'activité sociale. 

3) Il est injustifiable de limiter les droits des citoyens dans l'usage de leur langue maternelle ou d'autres langues des peuples de la CEI dans les diverses sphères politiques et sociales. »

Voilà pour les grands principes. S'il est vrai que chacun a le droit d'employer sa langue maternelle, il reste à voir comment ces dispositions se concrétisent dans les faits. Le pouvoir de Transnistrie a proclamé trois langues officielles: le russe, le moldave écrit avec l’alphabet cyrillique et l’ukrainien.

En effet, l'article 12 de la Constitution déclare ce qui suit:

« Article 12

Les langues moldave, russe et ukrainienne ont le statut de langues officielles sur une base égale ».

De plus, la Loi sur les langues de 1992 déclare ce qui suit à l'article 3:

« Article 3

Le statut juridique des langues

1) Sur le territoire de la République moldave de Transnistrie, toutes les langues possèdent un statut juridique égal et sont assurées de la sauvegarde et du soutien identique de l'État.

2) Le statut de langue officielle est de façon égale assigné au moldave, au russe et à l'ukrainien.

3) Dans les localités particulières, la priorité est donnée à chacune desdites langues définie par la République ou par décision de la collectivité locale ou par un référendum tenu dans la République ou l'unité administrative territoriale correspondante ».

L'article 35 de la Loi sur les langues prévoit que les trois langues officielles peuvent être utilisées en Transnistrie:

« Article 35 - Les médias

Les langues officielles des médias de la République moldave de Transnistrie (télévision, radio, journaux, revues, etc.) sont le moldave, le russe et l'ukrainien. Les langues des autres nationalités peut également être utilisées dans les médias ».

 

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