|
« On a laissé entendre que dix millions de
personnes étaient décédées sous ce régime. Les
preuves existent concernant les massacres. Aucun
historien ne peut les nier aujourd’hui ».
(Jacob SABAKINU, président du comité
scientifique « La Mémoire du Congo », février
2005)
« Une gifle à nos idées reçues, à nos manuels
d’histoire, à nos souvenirs de bancs d’école.
Léopold II, symbole de la grandeur de la Belgique
de bon-papa, n’était-il qu’un tyran sanguinaire,
un Hitler des temps anciens, responsable de
l’ « holocauste » de dix millions de congolais ?
(…) Oui, rares sont les historiens qui osent,
aujourd’hui, contester les exactions que nos aïeux
ont commises au Congo, au nom du caoutchouc. Oui,
les Belges vont être bouleversés par les atrocités
énumérées »
(LE SOIR MAGAZINE, Bruxelles, 7 avril 2004)
« Jusqu’à l’apparition de HITLER, Léopold II était
un des hommes les plus cruels d’Europe » (Adam
HOCHSCHILD, « Les fantômes du Roi Léopold – Un
holocauste oublié »)
« A
l’époque, les actes commis au nom de Léopold II
ont défini la norme absolue de cruauté, comme cela
allait être le cas avec HITLER, un demi-siècle
plus tard ».
(Peter
BATE)
Depuis
le printemps 2005, les sénateurs belges débattent
de la question du Génocide arménien. Fort
bien (1) ! Ils entendent faire du
négationnisme historique – non plus
uniquement celui du génocide des Juifs par les
nazis mais ceux concernant tous les génocides – un
délit pénal en Belgique. Généreuse idée (2) !
Mais
tout ceci serait plus convainquant si deux
problèmes – troublants – ne venaient jeter une
ombre pesante sur le débat.
Le
premier, c’est le soutien officiel du premier
ministre belge
Verhofstad
à la Présidente lettone Vaira
Vike-Freiberga, au moment même où celle-ci
tient des propos négationnistes concernant le
génocide des juifs en Lettonie (3), qui lui
vaudraient des poursuites criminelles en Belgique
ou en France.
Le
second, c’est que la Belgique doit balayer
devant sa porte avant de débattre des
génocides commis par d’autres.
Car la Belgique porte la responsabilité directe
d’un génocide : celui de 10 millions de Congolais
par l’expédition coloniale du Roi Léopold II dans
le dernier tiers du XIXe siècle.
10
millions, selon les estimations des historiens
anglo-saxons, deux fois le nombre des victimes
juives du génocide nazi !!! Massacrés
systématiquement par la répression des colonnes
infernales colonialistes. Ou dans les camps
de concentration léopoldistes (4).
LE COLONIALISME « MADE IN LEOPOLD II »
La
particularité – unique – de l’expédition coloniale
du Congo, c’est qu’elle est une entreprise
privée : celle du roi Léopold II, au travers
d’organismes non-étatiques et avec l’aide
d’aventuriers et de soudards sans scrupules. La
Belgique ne recevra la colonie, dûment et
étroitement tenue en mains par les Saxe-Cobourg
Gotha, que quatre décennies après que le rapace
monarque belgicain s’en soit emparée pour son
profit personnel.
Lucas
CATHERINE, dans son livre explosif « LEOPOLD, LA
FOLIE DES GRANDEURS », rappelle les étapes et la
logique du processus colonialiste : « En 1892,
Léopold divise le Congo en trois zones : le
domaine privé, qui constitue la plus grande partie
et 96 % du territoire, une zone libre au Kasaï où
tous les Européens peuvent être actifs et une
concession réservée à quelques très grandes
entreprises. Les deux principales sont
l'Anversoise, essentiellement financée par le
capital du port d’Anvers, et l'Abir, dont le
capital est belgo-britannique. Abir signifie
Anglo-Belgian Indian Rubber. Toutes deux
s'occupent principalement de caoutchouc, matériau
qui a détrôné l'ivoire en tant que principale
richesse commerciale après la fabrication des
premiers pneus pour voitures en caoutchouc par
Dunlop, en 1898. En 1906, les trois futurs joyaux
de la colonisation voient le jour : l'Union
minière du Haut-katanga, la Forminière (Société
internationale forestière et minière du Congo) et
la Compagnie des Chemins de fer du Bas-Congo et du
Katanga. Jusque-là., la politique économique de
Léopold pouvait se résumer au terme
« exploitation ». Il n'en sera plus question
désormais. Il s'agit maintenant de pillage à
l'échelle industrielle, d'un mode de production
qui détruit tout : le capitalisme dans toute sa
splendeur. Ou plutôt dans toute son horreur, si
l'on considère ses conséquences pour la
population. Entre 1892 et 1900, les actions de l'Abir
grimpent de 500 à 25 000 francs. Et l'on voudrait
que les gains deviennent plus grands encore, de
même que le Congo si possible (…)
Mais
le profit est mortel pour les Congolais. Entre
1880 et 1920, la population congolaise diminue de
moitié. Selon Daniel
Vangroenweghe, auteur d'un livre intitulé
Rood Rubber
(1985), certaines tribus sont même réduites à un
tiers. En 1971, Julien
Weverbergh
avait déjà donné des détails concrets dans
Leopold II
van Saksen Coburghs aller-GROOTSTE ZAAK (La
plus grande affaire de Léopold II de Saxe-Coubourg).
Voici quelques-unes de ses statistiques : « La
population dans la région de Bokongo : 50 000
habitants en 1890, moins de 5 000 en 1903. A
Bolobo, 40 000 en 1887, 8 000 en 1903. sur la côté
méridoniale de Stanley Pool, 5 000 en 1887 et 500
à peine en 1903 ». Weverbergh continue ainsi
pendant trois pages (…) ».
Le résultat : au moins 10 millions de victimes !
LE COLONIALISME EST L’ENFANT NATUREL DU
CAPITALISME
« Léopold
n’est pas un cas isolé, il fait partie d’un
système que nous appelons tantôt colonialisme,
tantôt capitalisme ».
Les
grandes fortunes de la bourgeoisie belgicaine –
celle qui est encore aujourd’hui aux affaires –
s’élèvent alors. Avec les mêmes méthodes et la
même absence de pitié et de scrupules que celles
de Léopold II (5).
Le
colonialisme belgicain n’est pas une exception. Il
s’inscrit dans le processus général qui
caractérise le capitalisme dans sa phase
impérialiste (décrite par Lenine dans « L’IMPERIALISME,
STADE SUPREME DU CAPITALISME »).
Ainsi
la France se comporte d’une manière similaire en
Algérie. « La population algérienne a diminué
de moitié entre 1830 et 1870, sous le poids de la
guerre, des spoliations, des famines et des
épidémies. Et certains ont annoncé, voire souhaité
a disparition », dénonce Claude LIAUZU (6).
DU
SANG SUR LE CAOUTCHOUC :
LE
GENOCIDE OCCULTE DU COLONIALISME BELGICAIN
Ce
Génocide – longtemps occulté en Belgique
mais dénoncé dès la fin du XIXe siècle en
Angleterre et aux USA notamment – est maintenant
bien connu du grand public en Belgique, après le
débat public ouvert par la diffusion en 2004 par
plusieurs chaînes de télévision belges du film
britannique « Du sang sur le caoutchouc » (« Roi blanc, caoutchouc
rouge, mort noire » pour son titre anglais) (7),
qui fait le procès de Léopold II. Le cinéaste
Peter BATE y dénonce les 10 millions de morts du
colonialisme belgicain. Chiffre qu’il associe avec
justesse au nom d’HITLER et aux mots de génocide
et d’holocaute.
Il faut
souligner que l’establishment belgicain en réponse
au scandale soulevé par le film de Peter BATE a
adopté une démarche typiquement négationniste,
du même type que celle des négateurs du génocides
nazi. La classe dirigeante belgicaine faisant
preuve exactement du même comportement que les
parlementaires belges – toute honte bue –
entendent aujourd’hui reprocher à la Turquie. Il
s’agit – ici comme ailleurs – de mettre en doute
les 10 millions de morts congolais. Comme leur
réplique Peter BATE, « si scientifiquement,
l’on ne peut pas prouver qu’il n’y a eu dix
millions de morts, comment pourrait-on alors
prouver que ce nombre est inférieur, et de
combien ? Et d’ailleurs, ce serait 9 ou 13
millions de victimes, cela changerait-il quelque
chose ? »
Il est
à noter que si les politiciens turcs ne sont pas
les héritiers de l’empire ottoman – car la Turquie
kémaliste est née de la rupture totale avec
celui-ci -, la famille de Léopold II, celle
des Saxe-Cobourg Gotha, est toujours aux affaires
en Belgique. Et doit directement son
immense fortune à l’exploitation des Congolais et
à leur génocide.
LA FORTUNE DES SAXE-COBOURG ASSISE DANS LE SANG DU
CONGO
Lucas
CATHERINE décrit les origines de la colossale
fortune de la dynastie belgicaine issue du « sang
et de la sueur du Congo », qui ont multiplié
par 3 000 ( !!!) le patrimoine des Saxe-Cobourg
Gotha :
« A
sa majorité en 1853, le futur Léopold II avait 250
000 francs-or sur son compte, soit moins de quatre
millions de francs ou de 100 000 Euros. A sa mort,
sa fortune s'était multipliée par 3 500 et
atteignait 14 milliards de francs. Uniquement de
l'argent « noir » congolais (…)
Si
la période qui précède 1890 est très documentée,
celle qui débute lorsque l'Etat du Congo commence
à rapporter de grosses sommes souffre d'un hiatus
d'information. Sans doute la Couronne, ou plutôt
les comptes bancaires, ne peuvent-ils pas être
dévoilés. En 1853 – Léopold est à peine majeur à
l'époque –, il y a 250 000 francs-or sur son
compte à vue (valeur actuelle: 3 750 000 FB). En
1858, sa fortune a déjà atteint 3 588 000
francs-or. En 1864, un an avant son avènement sur
le trône, il possède cinq millions de francs-or
(75 millions de FB). En 1880, sa fortune a
décuplé : il possède 50 millions de francs-or (750
millions de FB). En 1890, juste avant que le
Congo ne devienne réellement rentable, la fortune
privée de Léopold (…) s'élève à 39 millions de
francs-or, soit 624 millions de FB ou 16 millions
d'Euros. Nous pouvons faire le compte car,
rappelons-le, « toutes les caisses se
confondent ». La croissance spectaculaire de cette
fortune s'explique principalement par des
placements. Pour ceux-ci, Léopold s'appuyait sur
la famille Rothschild, fondatrice de la banque
Bruxelles Lambert. Nathan et James Rothschild
aidaient d'ailleurs son père, Léopold Ier,
lorsqu'il occupait le trône de Belgique. Il fit
aussi quelques placements via André
Langrand-Dumonceau, Empain et Jonathan
Bischoffsheim. Ce dernier avait fondé la Banque
nationale de Belgique, la Caisse générale
d'épargne et de retraite et le Crédit communal.
Léopold possédait des obligations d'Etat et des
actions dans les chemins de fer et les mines de
charbon. Il a également beaucoup investi dans son
aventure congolaise, qui dans les premiers temps,
lui coûta très cher (10,5 millions de francs-or
entre 1879 et 1885, soit quatre millions d'euros
!).
A
partir de là, les choses deviennent moins claires.
En 1901, la superficie du domaine de la Couronne
est de 25 millions d'hectares, soit un dixième de
la Belgique, et le sol vaut 1 326 milliards de
francs. D'après les sources royalistes, Léopold a
consacré six milliards de francs à des travaux
d'urbanisation. On peut donc estimer qu'à sa mort,
il a dépensé un bon sept milliards de francs.
Comparez avec l'état de sa fortune en 1890 : 624
millions de francs. On peut donc en déduire que
presque tout cet argent est venu du Congo !
Léopold disposait encore d'autres sources de
revenus, mais celles-ci étaient relativement
mineures et ne dépassaient pas 10% de sa
fortune. Il s'agissait de placements en Chine, où,
entre 1900 et 1905, il avait fait onze millions de
bénéfice en investissant 14 millions. La source
principale de sa fortune était donc le Congo. Nous
ne savons pas combien la colonie lui a
effectivement rapporté. L'estimation minimale est
de sept milliards de francs belges, soit 800
millions d'euros, puisque qu'il a dépensé cette
somme en terrains et en constructions. A combien
s'élevait la part qu'il a placée ou dépensée d'une
autre façon, nous l'ignorons. Mais on peut estimer
qu'elle était au moins équivalente ».
PILLAGE ET EXPLOITATION
Cette
fortune colossale est issue et la mise au pillage
du Congo et de l’exploitation sanglante et
inhumaine de ses peuples, comme l’expose sans fard
Lucas CATHERINE : « Le mécanisme suivant lequel
il tirait l'argent du Congo est connu dans les
grandes lignes. En 1892, 96 % du territoire de
l'Etat du Congo devinrent propriété privée du roi.
Les revenus de l'huile de palme, de l'ivoire, du
caoutchouc, des bois tropicaux et autres cultures
allèrent entièrement à Laeken. Léopold était
également actionnaire de la Compagnie du Congo
pour le commerce et l'industrie, qui appartenait à
Albert Thys, son ancienne ordonnance, ainsi que de
sa filiale, la Compagnie des chemins de fer du
Congo.
La
Compagnie des chemins de fer du Congo supérieur
aux Grands Lacs, qui appartenait au baron Empain,
fut reprise par Van Eetvelde, secrétaire général
de l'Etat du Congo, et gérée par Auguste Goffinet
(intendant du fonds Afrique). Dès lors, 47,4 % des
bénéfices de cette société allaient également à
l'Etat du Congo, et donc, à Léopold. Il y avait
encore l'Anversoise, qui appartenait pour une
moitié à Léopold et pour l'autre au capital du
port d'Anvers, et l'Abir, qui était à moitié
financée par Léopold, à moitié par des capitaux
britanniques. En trois ans de temps, l'Anversoise
fit un bénéfice six fois supérieur à son capital.
L'action de l'Abir, grimpa de 500 francs à 25 000
francs entre 1892 et 1900. Les deux sociétés
vendaient principalement du caoutchouc. Or, un
kilo de caoutchouc valait 25 cents à Anvers et
quarante fois moins au Congo (chiffres de 1906).
Citons quelques autres grandes compagnies :
- la
Compagnie du Kasaï (50 % propriété de l'Etat du
Congo, donc de Léopold). En 1902, le dividende
s'élevait à 250 francs, en 1906 à 1 750 francs. Le
bénéfice net s'accrut de 1 210 000 francs en 1902
à 8 033 000 francs en 1906
- la
Compagnie de Lomami (25 % Etat du Congo, 75 %
groupe Thys)
- la
Compagnie du Kwango (33 % Léopold)
-
la
Compagnie du Katanga (66 % Léopold)
En
1906, Léopold II ajoute une réussite financière à
son palmarès grâce à Hubert Droogmans, secrétaire
général des Finances de l'Etat du Congo, et Jean
Jadot, de la Société générale. Ensemble, ils
fondent les trois compagnies soeurs qui domineront
désormais l'économie du Congo : l'Union minière,
qui appartient pour une moitié à la Société
générale et pour l'autre à Tanganyika Concessions,
la Forminière, qui appartient à 50 % à la Société
générale et à 50 % au groupe Ryan-Guggenheim, et
la Compagnie des chemins de fer du Bas-Congo au
Katanga, qui appartient pour 50 % à la Société
générale et pour 50 % à l'Union parisienne.
Dans
tous les cas, c'est la Société générale qui
détient le pouvoir. Le capital étranger est attiré
afin de disposer favorablement les Français, les
Américains et les Anglais envers l'Etat du Congo.
Comme la monarchie est l'un des principaux
actionnaires de la Générale, de l'argent circule
encore par ce biais entre l'Afrique et Laeken »
(la résidence des rois belgicains).
« L'UNION
MINIERE FAIT LA FORCE »
L’exploitation colonialiste du Congo se poursuivra
sans pitié sous les successeurs de Léopold II.
« Cela continuera d'ailleurs sous Albert Ier et
Léopold III, écrit ironiquement Lucas
CATHERINE. Ils ne considèrent pas l'intérêt
général, mais ce qui est bon pour la Société
générale. Leur devise pourrait être : « L'Union
minière fait la force » ».
Car
l’exploitation et les pratiques génocidaires
furent aussi continuées sous les règnes des
successeurs de Léopold II, Albert Ier, le « roi
chevalier » (sic) de la propagande belgicaine, et
Léopold III, celui qui serrait la main d’HITLER à
Berteshgaden en 1941.
« La
reconstruction du chemin de fer MATADI-KINSHASA,
de 1923 à 1945, fut, à cet égard, une véritable
tragédie et une hécatombe dont on parle peu »,
précisait l’hebdomadaire bruxellois TELE-MOUSTIQUE
(9/02/2005). « Il y eut aussi la chicotte (le
fouet) infligée par l’administration coloniale »,
les « travaux forcés », « la
discrimination raciale ».
La
fortune des Saxe-Cobourgs est donc directement
liée au génocide Congolais. « La totalité des
12 milliards de francs que le bien-aimé roi a
laissés à sa mort est placée sur des comptes
étrangers, en particulier en Amérique du Nord. En
1999, la fortune totale de la monarchie belge
était évaluée à 90 milliards de francs (2 255
milliards d’euros) par le très sérieux
magazine
Euro Business (…) Et les choses n'en
sont pas restées là. Notre dynastie n'est pas
obligée de dépenser son héritage pour vivre. En
effet, elle reçoit ce que l'on peut appeler, au
sens propre comme au sens figuré, une « dotation
royale ». Notre maison royale est la plus dotée
d'Europe, que ce soit pour le montant ou pour le
nombre d'« allocataires ». A l'échelle mondiale,
elle n'est devancée que par la dynastie d'Arabie
saoudite, qui compte 5 000 princes et s'agrandit
de 50 princes par mois. Les enfants des maitresses
y sont légaux (…) La monarchie n'a pas besoin de
toucher à cette somme pour ses dépenses courantes.
La Liste civile y pourvoit largement. Le roi
reçoit 270 millions, la princesse Astrid 10
millions et Philippe recevait 15 millions jusqu'à
son mariage avec Mathilde. Depuis lors, ce montant
est passé à 32 millions de francs. Fabiola
continue à recevoir 50 millions.
Cette fortune de 90 milliards de francs (2 255
milliards d'euros) équivaut donc aux bénéfices du
Congo ajoutés à ceux de la Donation royale »
(8).
LA RESPONSABILITE DE LA BOURGEOISIE CAPITALISTE
Une
erreur est souvent commise en Afrique. Celle qui
consiste à engager collectivement la
responsabilité des peuples européens.
Car les Wallons, les Flamands et les Bruxellois ne
sont pas responsables de ce génocide commis par
l’establishment belgicain, au moment mêle où
celui-ci réprimait de nombreuses révoltes
populaires.
Les soudards de Léopold II qui ont commis le
génocide des Congolais sont les mêmes qui
faisaient tirer à la même époque sur les émeutes
ouvrières de Wallonie. ENGELS rappelait en son
temps que l’Etat belgicain ne reculait devant
aucun massacre.
« Léopold
était plutôt rouge que gris, mais en raison du
sang congolais, qui lui collait aux mains. Et
lorsqu'il n'agissait pas en assassin, il sévissait
sur Bruxelles comme un ouragan dévastateur. Il y a
détruit plus d'habitations et de quartiers que
toutes les guerres, du bombardement par les
Français en 1695 à la Deuxième Guerre mondial »,
écrit Lucas CATHERINE.
Et le
racisme de l’exploitation coloniale a pour
corollaire direct un racisme social, issu
du Darwinisme qui caractérise le
Capitalisme. « Dans l’Europe du XIXe siècle et
de la première moitié du XXe, les couches basses
de la société sont perçues comme des populations
inférieures, dangereuses. Quand le chirurgien et
sociologue Louis-René Villermé fait la première
enquête sur les ouvriers français, en 1840, on
croit lire un ethnographe explorant une terre
inconnue et ses sauvages. La colonie n’est donc
pas une sorte de planète étrangère, elle fait
partie d’un système, capitaliste, dont la
bourgeoisie est la classe dominante » (9).
La
violence contre les colonisés est la même que
celle employée contre les ouvriers. En Belgique
comme en France ou ailleurs. « Il est
nécessaire de replacer la colonisation dans une
histoire plus globale, celle des sociétés
occidentales et de l’affrontement de leurs classes
sociales : la violence n’est pas propre à la
société coloniale, elle irradie la société toute
entière. Ainsi pendant la révolution de juin 1848,
qui entraîne l’avènement de la IIe République, les
insurgés sont-ils appelés « bédouins » ou
« barbares » par les bourgeois. La Commune de
Paris, en 1871, est réprimée dans un bain de sang
par des chefs et des troupes venus d’algérie. En
Espagne, la guerre civile – où des mercenaires
marocains ont servi Franco, le cœur rouge du
Christ cousu sur leurs burnous – a été une
hécatombe. La population civile a été bombardée à
Guernica comme dans le Rif en 1925, comme elle le
sera à Sétif en 1945 » (10). En Libye ou en
Ethiopie, même scénario : guerre coloniale engagée
par la Monarchie et poursuivie par le Fascisme,
massacre de populations civiles, camps de
concentration. Le Nazisme n’a pas été en ce
domaine une exception, ou encore une réponse au
Bolchévisme comme le laissent croire les
historiens révisionnistes, mais il s’inscrit
pleinement dans la logique meurtrière de l’ordre
capitaliste.
Nous
avons évoqué la reconstruction du chemin de fer
MATADI-KINSHASA, de 1923 à 1945. Au même moment,
dans la colonie française voisine du
Congo-Brazzaville, les mêmes méthodes sont
employées pour la construction du « Chemin de fer
Congo-Océan » (11). Avec pour but réel les mêmes
profits capitalistes.
Le
débat adéquat à Bruxelles ne doit pas être celui
de l’Arménie, mais avant tout celui de la
reconnaissance du génocide congolais par la
Belgique.
Et
celui des réparations à verser : non pas
par les contribuables belges, mais par la famille
royale sur sa cassette personnelle.
Mais gageons que ce débat là n’est pas prêt de
s’ouvrir !
(12)
Luc MICHEL |