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Le discours du Guide de la révolution libyenne au 20ème sommet de Damas du mois de mars dernier aurait-il réveillé la conscience des leaders arabes ? : Les leçons de Doha au Qatar.

 

[Editorial.01.06.2008]

Dominique Jourdain

 

« Une puissance étrangère vient occuper un état arabe, elle pend son président et nous observons juste et ricanons. Yasser Arafat est resté en prison pendant plusieurs années et nous observions juste et tenions nos sommets sans Arafat. Pourquoi n’avions-nous pas dit qu’il n'y aura plus aucun sommet arabe jusqu’à ce qu'Arafat soit libéré ? Enfin ils l'ont empoisonné et l’ont tué. Pourquoi ne sommes-nous pas allés au Conseil de sécurité ? Pourquoi n'avons-nous pas mené des investigations sur l’assassinat d'Arafat ? Pourquoi n'avons-nous pas mené des investigations sur la pendaison de Saddam Hussein ? Nous ne parlons pas au sujet de la politique de Saddam Hussein et nos dissensions avec lui. Nous pouvons avoir nos différences politiques et avoir même des conflits entre-nous. Il n'y a plus rien qui nous lie dans cette salle. Pourquoi n'avons-nous pas mené une investigation sur la mort de Saddam Hussein ? L’élite arabe entière est en train d’être tuée et pendue et nous continuons d'observer. (…) Et ça pourrait être votre tour après ». Mouammar Al Kadhafi

Les 14 leaders Libanais qui ont accepté de débattre et construire un accord permettant la continuité des institutions n'avaient pas droit à l'échec, et ils ont accompli leur mission de rendre au peuple une bouffée d'espoir. Nul ne pariera sur la solidité du consensus qui s'est dégagé. Mais ne boudons pas l'enseignement essentiel qui s'impose: l'Amérique n'a plus désormais l'initiative en matière diplomatique.

Déjà on avait relevé que l'ouverture de pourparlers directs entre Israël et la Syrie avait eu pour promoteur la Turquie. Et dans le cas du Liban, c'est une initiative arabe qu'il faut saluer. Et pas américaine. George Bush rêvait de convaincre les généraux Israéliens de mettre à profit une crise qu'il avait déclenchée pour frapper le Hezbollah (voir article de François Béguin sur le site web du journal le Monde). C'est un échec.

D'autres commentateurs rapportent qu'un accord aurait pu facilement être trouvé par les Américains si les Israéliens, comme ils en avaient été priés, avaient consenti à la restitution des fermes de Shebah, mais la réponse fut un refus net: Henry Laurens a narré cette déconvenue sur les ondes de France Culture le 26 mai 2008. Par conséquent il y a bien démonstration de la capacité des dirigeants Arabes de prendre en mains leur destin, de s'émanciper de la tutelle occidentale.

Le clan des faucons de Washington a essuyé un échec dans la gestion d'une crise qu'il avait favorisée. La mutation hasardeuse du chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, le général Chiite Wafik Choukeir, et celle d'enquêter sur le réseau de télécommunications du Hezbollah, étaient une faute impensable, chacun mesurant la nécessité pour le pays de se protéger, à la suite de l'agression Israélienne de Juillet 2006. Bush avait désigné le Liban comme "le troisième front de la guerre contre le terrorisme" (après l'Irak et l’Afghanistan). Les diatribes américaines contre le "terrorisme" du Hezbollah tendaient à préparer l'opinion à une intervention extérieure. Mais les amis traditionnels de la superpuissance en déclin sont fatigués et restent sourds à l'appel. Les Israéliens sont empêtrés dans les affaires de corruption qui affectent leurs plus hauts dirigeants. Et la ministre Tzipi Livni, sans doute proche comme on l'affirme de Condoleezza Rice, qui est plutôt favorable à des négociations, n'a visiblement pas le goût de relayer des propos belliqueux dont les auteurs n'assumeraient pas eux-mêmes les effets... Les Français ont installé une base militaire dans la région, mais l'opinion majoritaire dans l'hexagone n'est pas disposée à dérouler une nouvelle aventure coloniale.

Sans doute les Américains n’ont-ils pas renoncé à leurs fantasmes. Les provocations telles l'assassinat le 11 février dernier à Damas du dirigeant Imad Moughnieh, qui porte la signature du Mossad, pour ne pas parler de l'attentat contre Rafik Hariri, scandaleusement attribué à Damas qui n'y avait nul intérêt, ces provocations qui viennent en écho aux rodomontades guerrières Américaines sont à redouter. Et la vigilance plus que jamais nécessaire.

Dans "Le Monde Diplomatique" de ce mois de Juin, l'éditorialiste Alain Gresh cite les propos d'un intellectuel Libanais: "Il n'y a pas deux camps au Liban, celui de la démocratie et celui de la dictature. La construction d'un Etat de droit n'est l'objectif d'aucune force politique. Nous sommes prisonniers des stratégies des puissances régionales et internationales. Nous pouvons rêver de rester à l'écart, de nous isoler, mais la réalité se rappelle à nous régulièrement. Et les réveils sont souvent cruels".

Il ne fait aucun doute que ce qui était recherché en suscitant la crise était d'attiser et d'enflammer la haine intercommunautaire. Mais ces vieilles recettes de l'ère coloniale ne passent pas toujours. Citons à ce sujet Ali Fayyad, membre du bureau politique du Hezbollah (extrait du Monde Diplomatique déjà cité) "Le conflit ne portait pas sur la politique intérieure. Notre système de communication militaire a été un facteur décisif de notre victoire contre Israël en Juillet Août 2006. Nous ne pouvons accepter qu'il soit démantelé, ce qui reviendrait à nous désarmer. En revanche, nous n'avons jamais utilisé nos armes pour imposer nos vues sur le plan interne, pour changer le gouvernement ou pour obtenir une modification de la loi électorale."

Les Américains en détruisant les structures de l'Etat Irakien ont livré le pays aux luttes intercommunautaires. Ils ont pris à Babylone fait et cause pour les Chiites contre les Sunnites.

Aujourd'hui Bush veut transporter au Liban la même tragédie sanglante, même si pour favoriser ce dessein funeste, il doit faire un choix d'alliances inverse...

L'hebdo 'Courrier International' du 10/04/2008 osait titrer: "L'Hyperpuissance américaine, c'est fini " et annonçait " le retour d'un monde multipolaire", se référant ainsi à l'essai du politologue américain Parag Khanna «The second World: Empires and influences in the new global order" publié chez Random House.

Ne naît-il pas une nouvelle ère pour le Moyen-Orient ? 

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