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LE MUTISME INDIGNE DE L’UNION AFRICAINE ET DE CERTAINS DIRIGEANTS AFRICAINS A DEFENDRE LE CONTINENT NOIR ; 2 avril 2006, 13:00

 


Nombreux sont les dirigeants africains qui ne se préoccupent guère du sort de leurs

concitoyens de l’intérieur, ni de ceux qui vivent malgré eux à l’Étranger hors du Continent. Ces Présidents ne sont alors d’aucune utilité pour les Peuples car ils sont au service de la défense des intérêts de l’impérialisme et des multinationales. Mieux encore, ils ne se sentent nullement concernés lorsque le racisme endémique anti-noir qui sévit dans les pays développés du Nord fait des victimes dans les populations à la peau d’ébène. Cette couleur est pourtant aussi la leur.
Le mépris et les humiliations aux relents racistes et colonialistes dont sont victimes quotidiennement les Peuples colonisés avec le récent et trop controversé article 4 de la loi du 23 février 2005 qui demande aux programmes scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », témoignent si besoin était de la nostalgie des temps passés des colonies.

Ces dirigeants africains atteints de cécité, n’ont aucun projet pour les générations futures. Ils ne s’aperçoivent pas du danger de cette loi scélérate qui risquerait de contribuer à la recolonisation physique des indigènes «noirs» d’Afrique afin de civiliser ces « hordes de sauvages ».
Le mépris et le complexe de supériorité de l’Homme blanc et de sa civilisation que porte cette loi conditionneraient les nouvelles générations françaises et les inciteraient à rétablir la grandeur impériale de la France de leurs aïeux colonisateurs.
L’inaction de certains dirigeants africains, imposés et soutenus par les puissances impérialistes et les multinationales, face aux drames que vivent leurs compatriotes, les disqualifient à diriger nos états.
Les Peuples africains comme tous les autres n’ont-ils pas eux-aussi le droit de s’insurger contre ces injustices afin de prendre son destin en main ? Se révolter est un droit pour la survie car nous n’accepterons jamais de retourner à l’esclavage des temps de colonies.

Sous la pression de la mobilisation massive des français d’origine africaine (du continent et des DOM-TOM) et de certains intellectuels progressistes français de « pure souche », le Président Chirac a reculé en retirant bien tardivement cette loi, le 26 janvier 2006 pour un dossier qui a été introduit au parlement en 2005 et qui a suscité tant de polémiques.
Le retrait de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 a t-il changé l’opinion des français sur la colonisation ? sur les étrangers ou français d’origine étrangère des banlieues? sur les relations impérialistes de domination de la France sur le pré carré d’Afrique ?

Les fondements historiques de cette loi sont issus de la traite négrière.

1- Napoléon

L’organisation de la France moderne qui est issue du code napoléonien reste encore fortement marquée culturellement.
Dans un récent ouvrage qui a déchaîné les passions chez les partisans du colonialisme, de l’historien afro-antillais Claude Ribbe « Le Crime de Napoléon », nous apprenons ainsi que l’empereur Bonaparte Napoléon a rétabli l’esclavage par l’extermination de tous les citoyens gênant cette entreprise macabre. Mais il introduit insidieusement du racisme au sein des institutions françaises. Alors qu’ « au moment du coup d’état de Napoléon, cela fait plus de huit ans que tout individu est libre aussitôt qu’il est entré en France et que tout homme, de quelque couleur qu’il soit, jouit en France de tous les droits du citoyen, s’il a les qualités prescrites par la Constitution pour les exercer. (Loi du 16 octobre 1791)»
Bonaparte,«pour la première fois sans doute dans l’histoire de l’humanité, s’est posé rationnellement la question de savoir comment éliminer en un minimum de temps, avec un minimum de frais et un minimum de personnel un maximum de personnes déclarées scientifiquement inférieures. » (p.25).
Sur ordre de l’empereur « plusieurs dizaines de milliers de civils, sans distinction d’âge ni de sexe, torturés, violés, gazés, noyés, fusillés, roués, crucifiés, égorgés, étranglés, pendus, affamés, empoisonnés, brûlés ou dévorés vifs, simplement à cause de la couleur de leur peau. » (p.193, 194).
Le racisme a été institutionnalisé par l’Empereur comme en témoigne le contenu du projet d’arrêté 2 Messidor an X (9 août 1777).

516.
SECTION de la marine.
C.en Dupuis, Rapporteur.
1.re Rédaction.

PROJET D'ARRÊTÉ

Tendant à prohiber l'introduction sur le territoire européen de la République, des Noirs et Gens de couleur.
Les Consuls de la République, sur le rapport du ministre de la marine et des colonies ; le Conseil d'état entendu ;
Vu la déclaration du 9 août 1777,
Arrêtent :
Art. I.er Aucun noir, mulâtre ou autres gens de couleur de l'un et de l'autre sexe, ne pourront s'introduire ni être introduits sur le territoire européen de la République, à peine de trois mille francs d'amende, et d'être reconduits hors des frontières.
II. Les capitaines de navire, armateurs et autres, français ou étrangers, qui auront participé à l'introduction d'aucun des individus énoncés en l'article I.er, seront garans et responsables du paiement de l'amende, même des frais de renvoi.
III. Les dispositions ci-dessus ne sont pas applicables à tous ceux qui se présenteront munis d'une autorisation spéciale des capitaines-généraux, s'ils viennent des colonies françaises ; et de l'autorisation des ministres ou agents commerciaux de la République, s'ils viennent d'ailleurs.
IV. L'article I.er ne sera exécutoire, en ce qui concerne l'amende ou autre peine à prononcer en cas de contravention, que dans un mois pour l'Europe, trois mois pour le continent et les mers d'Afrique ou d'Amérique, et neuf mois pour le continent et les mers d'Asie, à compter du jour de la publication.
V. Le ministre de la marine et des colonies et celui de la police générale sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des lois.
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE LA RÉPUBLIQUE.

2 Messidor an X.


2- Gambetta et Jules Ferry

Les extraits de différents discours ci-dessous devant l’Assemblée des personnalités politiques telles que Gambetta et Jules Ferry démontrent de manière irréfutable l’esprit colonisateur, impérialiste et le complexe de supériorité de la race blanche civilisée qui aurait mission divine de dominer les races inférieures noires des colonies et autres peaux basanées des pays du Sud.

En 1881-1882 Léon Gambetta, Président du Conseil en 1881-82, a consolidé « l’héritage culturel » napoléonien. sur l’impérialisme et le racisme français en déclarant devant l’Assemblée: « La civilisation européenne aura à lutter un jour contre la subversion de la race chinoise... La France doit conserver son rôle de soldat de la civilisation. Dans le choc qui aura lieu, la civilisation latine, dont la France est la tête, doit préparer son terrain sous peine d'être écrasée et annihilée en Asie centrale entre la race anglo-saxonne et la race slave. Il faudra donc que la France s'établisse au Tonkin... afin de mettre la main sur l'Annam, sur le Royaume de Siam et sur la Birmanie et d'avoir ainsi barre sur les Indes, et d'aider la civilisation européenne contre la race jaune »

Et le gouvernement de Jules Ferry initiateur de la laïcité de l’école et pourfendeur de l’église n'hésitera pas à justifier l'annexion par la canonnière de l'Indochine au nom de « 40.000 chrétiens qui nous considèrent comme leurs protecteurs »...

Suit un petit extrait du discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885 devant l'Assemblée:

M. Jules Ferry. « II y a des expéditions coloniales qui sont légitimes et des aventures qu'il ne faut pas craindre de courir parce que l'honneur, les intérêts, la borne renommée et l'avenir de la France y sont engagés. [...]
Un grand pays comme la France [...] a le culte et le souvenir de toutes les grandes choses. [...] Nous avons [...] une politique coloniale d'expansion coloniale [...]

Une des reproches de l'opposition [...] est d'avoir répondu aux impertinences des peuples barbares par une trop longue condescendance, c'est d'avoir trop longtemps négocié [...]. Il n'y avait pas de négociation acceptable avec les Hovas [alors dominants à Madagascar] [...].

L'honneur de la France exige que l'on ne se laisse pas jouer plus longtemps par un petit peuple barbare; autrement, c'est la civilisation tout entière qui est compromise dans l'Extrême-Orient. [...] Notre politique coloniale [...] systématique [...] repose tout à la fois sur des principes économiques et sur des intérêts, sur des conceptions humanitaires de l'ordre le plus élevé, et sur des considérations politiques...

M. Eugène Delattre. « Je crois bien, 20 000 cadavres ! “

M. Jules Ferry. «  [...] Cette politique coloniale [...] repose sur une triple base économique, humanitaire et politique. [...]

Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux. [...] La fondation d'une colonie, c'est la création d'un débouché. [...] Là où est la prédominance politique, là est également la prédominance des produits, la prédominance économique. [...]

Je dois également aborder [...] le côté humanitaire [...]. M. Camille Pelletan raille beaucoup [...], il condamne, et il dit: « Qu'est-ce que cette civilisation qu'on impose à coups de canon ? Qu'est-ce, sinon une autre forme de barbarie ? [...] ».
[...]
Je vous défie [...] de soutenir jusqu'au bout votre thèse qui repose sur l'égalité, la liberté, l'indépendance des races inférieures. [...] Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... ".

M. Jules Maigne. «  Oh! Vous osez dire cela dans un pays où ont été proclamés les droits de l'homme ! »

M. de Guilloutet. « C'est la justification de l'esclavage et de la traite des nègres ! » 

M. Jules Ferry. « Si l'honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? [...] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. [... ] »

M. Eugène Delattre. « C'est pour cela que vous n'avez pas fait de prisonniers en Chine et au Tonkin ! »

M. Jutes Ferry. «  [...] Vous avez prononcé une parole offensante pour l'armée française »

A l'examen des extraits précédents, on comprend bien que le racisme de la « classe politique » française de l'époque était conscient, que ces gens ne croyaient point à leurs propres supercheries, que d'autres français dénonçaient violemment ce racisme, que derrière le mot « race » se cachaient systématiquement les intérêts des lobbies financiers et rien d'autre...

Même devant l'Assemblée, Ferry ne croit point à ce qu'il dit en matière de « races », il ne cherche à convaincre personne. Mais il dit à ses confrères qu'il faut être raciste parce que c'est là « l'intérêt de la France ». Examinons bien ce paragraphe:

« Si l'honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics? [... ] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. [... ] »

Oui, si les « noirs » ont les mêmes « droits » que les blancs, et s'ils rejettent l'impérialisme français... comment va-t-on pouvoir le leur imposer, si on doit respecter la déclaration des droits de l'homme?

Corollaire: il ne faut pas que la déclaration des droits de l'homme s'applique aux « noirs »...

Et c'est la même rengaine que reprend Léon Blum en 1925, avec une « touche d'humanisme » qui veut dire en gros: on pourra éventuellement leur accorder des droits quand ils auront été « éduqués ». Autrement dit, quand ils auront été entièrement assimilés par l'impérialisme français, et qu'ils feront ce que nous voudrons!

Léon Blum dit devant l'Assemblée:

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l'industrie...

Nous avons trop d'amour pour notre pays pour désavouer l'expansion de la pensée, de la civilisation française »

3- Rappel Loi du 23 février 2005, article 4, alinéa 2

Le 15 mars 2003, une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale, portée par le député UMP, Jean Léonetti, avait pour ambition de reconnaître l’«oeuvre positive» des ressortissants français en Algérie.
La proposition de loi avait été refusée pour une question de procédure et devait passer devant la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale pour consultation.
Des mois se sont écoulés sans que la commission ne publie les résultats de ses travaux.
Puis vint le 23 février 2005. La majorité parlementaire de droite a voté le 23 février 2005 une loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». La plupart des articles de ce texte visent à octroyer un statut (et une « allocation de reconnaissance ») aux « Français rapatriés »et aux Harkis.
Loi du 23 février 2005, article 4, alinéa 2:« Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. »
Mais c’est dans cette loi du 23 février 2005 fut introduite insidieusement la proposition de loi du 15 mars 2003. En effet, on retrouve, quasiment à l’identique, les termes de cette dernière dans l’article 4 alinéa 2 : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. » Le mot « positif » réapparaît, et les programmes scolaires sont mis à contribution.
La loi n°2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, est jugée par les originaires des pays colonisés et progressistes français réécriture de l’histoire officielle et un déni des crimes coloniaux comme l’attestent les différents articles de cette loi :
- article1: La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. (...)

- article 4: Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.

Face à ce déni de l’histoire coloniale et de toutes ses atrocités, des historiens français progressistes on lancé une pétition «Non à l’occultation des crimes coloniaux» qui a recueilli des milliers signatures. L’introduction de leur pétition contre cette loi mentionne « qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au cœur de la laïcité.
Parce que, en ne retenant que le "rôle positif" de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé.
Parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé »

Cette victoire provisoire des nostalgiques de l’Empire colonial français va déclencher des vives protestations des ressortissants des Peuples colonisés d’Afrique, d’Asie, des Caraïbes et des français progressistes. Ce qui obligea le Président Chirac à abroger le 26 janvier 2006 cette loi.
Il déclara : « Nous pouvons être fiers de notre histoire, a-t-il déclaré mercredi. Mais c’est aussi parce qu’on est à l’aise avec son histoire que l’on peut reconnaître ses zones d’ombre et ses épreuves », a-t-il poursuivi pour expliquer sa position, citant en exemple le « déshonneur de Vichy » et la commémoration de la rafle du Vel d’hiv par un monument en 1995. Le 29 novembre dernier, les députés UMP avaient refusé d’abroger l’article 4, poussant leur président, Nicolas Sarkozy, à annuler un voyage dans une Martinique qui lui avait promis un accueil mouvementé »

Cette loi n’a suscité aucune réaction tant dans les médias que dans le milieu politique et associatif. La réaction de la classe politique est bien tardive, il a fallu pour ce faire toute la mobilisation d’historiens et d’enseignants pour que l’opposition de gauche se manifeste.
Un récent sondage révèle que deux français sur trois adhèrent à l’idée d’un rôle positif de la colonisation. Cette prise de conscience tardive de la nocivité de cette Loi ne serait-elle la persistance dans le subconscient collectif français de l’héritage culturel napoléonien sur la colonisation ?

Cette Loi du 23 février 2005 qui porte gravement atteinte à la dignité des peuples africains et de leurs parents déportés des caraïbes n’a suscité aucune réaction de protestation des Dirigeants africains exceptés celle du Professeur Mamadou Koulibaly, Président de l’Assemblée nationale de Côte-d’Ivoire et surtout en Algérie qui a connu une guerre sanglante de libération du FNL contre la colonisation française qui a duré 132 ans. Cette guerre de libération a coûté la vie à plus de 1.500.000 Algériens.
Les anciens combattants de la guerre de libération et les partis de la majorité présidentielle (FLN, RND et MSP) ont demandé la suspension des négociations pour la signature du traité d'amitié entre l'Algérie et la France.
Les anciens moudjahidine sont unanimes à dire «qu'en l'état actuel des choses et compte tenu de l'obstination de la France à refuser de faire acte de repentance, l'Algérie ne doit pas signer un traité d'amitié avec elle».
Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika avait estimé que la France devait reconnaître «ses bavures perpétrées pendant la période coloniale. «Les Algériens méritent plus une repentance de la France que les Malgaches», avait-il alors déclaré. Il avait auparavant estimé que la loi du 23 février 2005 « représente une cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme ».
Dans les DOM-TOM, et notamment en Martinique, les populations, descendants des déportés d’Afrique ont vivement protesté
L’écrivain et homme politique Aimé Césaire avait annoncé qu’il ne recevrait pas le ministre et président de l’UMP. «Parce que, auteur du discours sur le colonialisme, je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Et ne saurais paraître me rallier à l’esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005 sur la reconnaissance dans les programmes scolaires ’’du rôle positif de la présence française en outre-mer’’», explique l’écrivain engagé. Un «collectif martiniquais pour l’abrogation de la loi de la honte» s’était constitué, affirmant sa volonté de faire supprimer un texte législatif qui «justifie les crimes commis au nom d’une civilisation qui a conduit à l’extermination de peuples, à l’extinction de cultures et au pillage de nombreux pays ».

Les Antillais avaient fondé beaucoup d'espoirs sur la loi de 2001 de la députée de Guyane Christiane Taubira qui reconnaissait l'esclavage comme un crime contre l'humanité. C'était la repentance de l'Etat français. Les lendemains ont déchanté avec l’adoption de la Loi du 23 février 2005. Remontés, les Antillais attendaient de pied ferme avec un comité d’accueil musclé le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozi pour ses déclarations provocatrices et lois sur l’immigration qui stigmatisent les noirs et autres basanés.
Cette mobilisation antillaise a eu raison du Ministre qui fut contraint d'annuler son déplacement dans les caraïbes.

3- Conséquences du racisme institutionnalisé

Ce racisme institutionnalisé par Napoléon, poursuivi par ses successeurs et profondément enraciné dans la conscience collective de la société française, se traduit encore aujourd’hui par les différentes discriminations à l’embauche, au logement, dans l’enseignement, dans les jugements rendus par les tribunaux, mais aussi et particulièrement, discrimination de circuler librement, car les basanés sont constamment contrôlés et humiliés par la police.
L’animateur-producteur radio Claudy Siar d’origine sénégalaise à propos de la révolte des jeunes des banlieues déclarait dans une interview à Afrik.com «…J’ai entendu sur les plateaux TV des politiques mentir et dire que ça ne se passe pas comme ça. C’est faux. Moi au moment où je vous parle, les policiers lorsqu’ils me contrôlent le soir, ils me demandent de sortir de ma voiture et me fouillent. Je pourrais me sentir à l’abri de ce genre de choses, mais pas du tout : c’est la réalité dans ce pays. Oui une partie de la police se comporte mal.[…] Aussi je pars du principe que le feu aux poudres aujourd’hui vient du comportement de la police envers les jeunes et du comportement de la société française envers tous ces jeunes qui n’ont ou pas la bonne couleur de peau, ou pas la bonne religion». Le délit de faciès ou de sale gueule est le racisme grossier brute qui est visible lors de ces tracasseries de contrôles policiers. Les autres formes de racismes enrobées d’hypocrisie sont elles aussi plus insidieuses sournoises et plus destructrices pour l’avenir des français d’origine africaine. C’est le cas de la discrimination à l’éducation et à l’embauche. L’extrémisme des blancs qui résulte du rejet constant des citoyens français noirs et arabes dans leur propre pays, engendre une radicalisation de ses jeunes où la colère se mêle à la haine.
Ce rejet permanent des français noirs antillais, Edouard Glissant et Patrick Chamoisseau  dans leur lettre adressée au Ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozi d’écrire cette pensée : « Sommes-nous des français à part entière ou sommes-nous des français entièrement à part ? »

Les nouvelles lois sur l’immigration, version modernisée revue et corrigée de l’arrêté napoléonien viennent renforcer l’humiliation infligée surtout à la communauté noire. Les études et des statistiques, rendent compte, et cela depuis des années, de la condition sociale et économique des habitants des cités. Le taux de chômage des personnes âgées entre 15 et 24 ans est, au niveau national français, de 23%. Ce chiffre est l’un des plus élevé au sein de l’Union Européenne. Dans les banlieues populaires, le taux de chômage, concernant la même catégorie d’âge, est deux fois plus élevé. Il tourne autour de 40%.
Face à ce désespoir et humiliations provoqués par le racisme, les jeunes français d’origine française considérés comme citoyen de seconde classe ont choisi la révolte pour revendiquer leur droit. La révolte des banlieues françaises de novembre 2005 est l’expression de cette exaspération.
The Economist, titre dans l’un de ses articles, que «La plus grande leçon des émeutes françaises est qu’il y a un besoin de plus d’emplois». Il remarque aussi que «Dans les banlieues déshéritées, règnent une terreur d’un genre «soft» [contrôle policier, chômage, discriminations, etc.]. Dès lors quand trop de jeunes ne voient plus rien d’autre que le chômage après la fin de leurs études, ils finissent à terme par se rebeller»
L’hebdomadaire britannique The Independent de conclure : «…La révolte des banlieues populaires, indépendamment de sa forme illégitime, pose à l’ensemble de la société française le problème de la question sociale, trop longtemps occultée. Une situation économique et sociale dans laquelle les banlieues ne cessent de s’engouffrer depuis 30 ans, sans que les gouvernements successifs ne réagissent, autrement, que par des discours et des mesures de plus en plus sécuritaires. Et n’opposer à la question sociale qu’une réponse sécuritaire, produit nécessairement, un jour ou l’autre, une dynamique de la violence »

Les protestations violentes émises par les banlieues françaises, au regard de l’histoire de l’Hexagone, ne sont pas des manifestations exceptionnelles. En France, elles s’inscrivent dans une longue tradition. Le quotidien britannique, The Independent, l’a pertinemment rappelé, en ces termes : « A partir de l'assaut de la Bastille, l'image de Paris est désormais inséparable de celle de la Révolution française. Sanctifiée dans les paroles de la « Marseillaise», cette vénération pour l'esprit révolutionnaire, a donné un degré de légitimité aux protestations violentes»
Ce même quotidien rappelle en effet que l’histoire française moderne est jalonnée de révoltes violentes:1789 (Révolution française);1830 (Soulèvement à Paris contre le roi CharlesX, contraint de s’exiler);1848(Soulèvement de Paris et renversement de la Monarchie de Juillet) ; 1871 (La Commune de Paris); Mai 1968 (Les étudiants déterrent les pavés du quartier latin et les ouvriers font la grève).

Les exemples de mépris, d’humiliations et de racisme dont sont victimes les noirs sont innombrables. Voici une liste non exhaustive de quelques faits triés à la volée :
La mort de plus de 50 et 77 blessés sénégalais dans trois incendies à Paris du 15 avril au 29 août 2005. Ce fait gravissime n’a jamais mobilisé les personnalités politiques françaises comme pour d’autres communautés, ni accaparé la presse. La mort de noirs ne mérite aucune compassion.

L’UA et les Dirigeants africains ont eux-aussi affiché un silence honteux et de faiblesse face à cette tragédie qui a frappé notre communauté. Alors vient la question à quoi servent-ils s’ils ne défendent pas leurs ressortissants d’où qu’ils viennent ?

Certains propos racistes tels que «…les odeurs des étrangers…, nettoyage au karcher des jeunes des banlieues…, des racailles…, dans ces pays-là, le mot génocide n’a pas de signification…,» tenus par des personnalités n’ont fait l’objet d’aucune condamnation. L’académicienne française Hélène Carrère d’Encausse explique aux Russes que les émeutes en France sont dues à la polygamie des Africains. Le Philosophe Alain Finkielkraut, parlant des Martiniquais, victimes de l’esclavage des noirs qui profitent aujourd’hui du système français. Paul Nahan et Elisabeth Levy qui se permettent de qualifier les cérémonies funéraires, suite au crash d’avion au Venezuela où 153 Martiniquais avaient trouvé la mort, de « ridicules et compassionnelles ».
Dans l’expression de la démocratie qu’est le Parlement, un constat ahurissant de racisme contre les français d’origine étrangère est établi : sur 577 députés siégeant à l’Assemblée nationale, pas un seul n’est musulman ou originaire de l’immigration arabe ou africaine. N’est-ce pas là une preuve flagrante d’un racisme institutionnalisé pour un pays démocratique comme la France ? Et pourtant ces minorités représentent plus de 10% de sa population. L’Angleterre compte de nombreux députés d’origine indo-pakistanaise ou des Caraïbes tandis que le maire de la deuxième ville du pays est musulman ! En Hollande, près de 10% des députés sont musulmans alors que ces derniers ne représentent qu’à peine plus de 5% de la population. Même en Allemagne, réputée pour son droit du sang et une certaine xénophobie, plusieurs députés d’origine turque siègent au Bundestag. Pour pousser le bouchon encore plus loin, nous pourrions faire une comparaison entre la représentation politique des musulmans en France avec celles des minorités chrétiennes au Moyen-Orient. Certains pays en développement font mieux en matière de la représentation démocratique des minorités : En Egypte où les coptes chrétiens représentent un peu plus de 5% de la population totale, plusieurs députés sont chrétiens tandis que quatre ministres du gouvernement le sont aussi. On retrouve les proportions sensiblement similaires en Syrie et enfin en Irak du Président Saddam Hussein, le numéro deux du régime, Tarek Aziz, était chrétien. Le refus congénital d’inclure la diversité religieuse, ethnique et de couleur dans les institutions françaises comme en témoignent ces statistiques sur les minorités démontrent si besoin en était de l’exception culturelle française d’essence raciste initiée par le code de l’Empereur Napoléon Bonaparte.

«D’une manière gratuite, et en fonction de ses préjugés, Napoléon a mis en vigueur sur le territoire français de véritables lois raciales : interdiction de l’armée et du territoire français aux «nègres» et «gens de couleur», interdiction de mariages entre «blancs» et «noirs». Il y a bien eu des tentatives de ce genre sous Louis XVI, sous la pression des colons, mais l’application n’a jamais été systématique, grâce à la résistance des esprits éclairés, bien représentés dans certains Parlements (celui de Paris, en particulier). Napoléon ayant établi une des pires dictatures qu’il y ait jamais eues en France, aucun contre pouvoir n’a pu s’opposer à ce que sa folie raciste ne serve de principe à sa politique(…)
De plus, Napoléon a encouragé l’émergence du racisme scientifique, dont la plupart de nos universitaires -et en particulier les historiens- sont totalement imprégnés. C’est ainsi que ce lobby des historiens, très influent sur un establishment totalement déboussolé et en mal de repères théoriques, a empêché d’inscrire le bicentenaire du général Alexandre Dumas au calendrier des commémorations nationales 2006, comme il avait empêché d’inscrire le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage au calendrier des commémorations 1994», déclarait Claude Ribbe.

Dr LEY- NGARDIGAL Djimadoum
actus@club-internet.fr
 


 

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