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MCR [05/01/2008] L'Afrique entre les pièges d'une démocratie importée

 

 Par  Gilbert Rocheteau

Alors qu'une lueur d'espoir s'abat sur le continent en ce début d'année 2008, les medias internationaux flagellent au rythme du carnage qui se vit en deux pôles distincts d'Afrique et d'Asie avec d'une part le Kenya où deux adversaires qui hier étaient de véritables frères et amis deviennent aussitôt des ennemis à l'issu d'un scrutin présidentiel serré mettant en péril la coexistence pacifique qui a longtemps perduré entre les différents groupes ethniques du pays; et d'autre part le Pakistan où l'opposante Benazir Bhutto a été assassinée en pleine campagne électorale bouleversant ainsi la cohésion sociale n'était pas de bonne qualité. Deux événements rattachés à la notion de la démocratie avec son corollaire, la campagne électorale et les élections.  

Vraisemblablement et à la lecture de ceci, on se dira que l'homme se perd dans ses élucubrations intellectuelles. Aussi serai-je tenté de dire, après la colonisation l'Afrique et les pays émergents d'Asie ont été piégés et sont bel et bien piégés par l'occident colonialiste sous l'emprise de trois éléments majeurs qui constituent pour eux la clé de voûte d'une société contemporaine et pour les tiers-mondistes,  le goulot d'étranglement des peuples longtemps asservis qui aspirent à un épanouissement véritable.   

Le premier, c'est l'application de la fameuse déclaration universelle des droits de l'homme. Une déclaration qui tire ses origines historiques des textes de la franc-maçonnerie dont l'alibi fondamental était de conquérir le monde et de soumettre les peuples asservis. Ce qui démontre en tout égard la crucifixion si j'ose le dire des pays asservis, qui le 10 décembre 1948 adoptaient au siège des Nations-unies cette fameuse déclaration qui date de 1603 en Angleterre si je ne me trompe pas. Une déclaration élaborée pendant l'esclavage et adoptée au moment même où les pays colonisés n'étaient pas libres, où les intellectuels africains ne pouvaient pas encore s'opposer au maître-colon, et où les négros comme ils le disaient étaient en train d'apprendre à lire et à écrire. Jamais l'homme africain ait été respecté en rapport avec cette déclaration et les exemples sont légion avec les assassinats qui ont eu cours depuis plus de cinquante ans en Afrique, avec les tortures et les lynchages de toutes sortes qu'ont subis les peuples indigènes africains et leurs leaders, l'utilisation du continent africain comme espace cobaye où nature et humains sont à la merci des expérimentations chimique, nucléaire et bactériologique de toutes sortes.

Le second élément c'est l'aide dite au développement. Pendant que l'occident pille les richesses africaines, il emprunte à l'Afrique sa plus-value et sur celle-ci, il la lui réclame sous forme de dette. Il peut lui refuser ou lui prêter les moyens comme bon lui semble en lui imposant le mode de remboursement et à quelle hauteur, ou même lui  imposer des sanctions quitte à affamer tout un peuple dans l'optique de mettre en échec le régime qui lui fait opposition pour placer celui qui lui fera la part belle.      

Le troisième élément, c'est la démocratie et autour d'elle, la question dite des élections. Question essentielle qui inhibe le développement et le décollage de l'Afrique depuis que les pays africains dans les années 90, l'ont admise comme motif central d'une démocratie importée. Et que je peux me permettre de demander, sur quoi se fondent les élections en tant que principe démocratique? Autrement-dit est-ce qu'un peuple souverain a-t-il besoin des élections pour designer un individu pour la conduite de ses affaires auquel cas, ça serait une fuite de responsabilité, une négation de soi du peuple puisque, anticiper à la place du peuple son (ses) désir(s) de s'autodéterminer et de s'autodiriger est antidémocratique et constitue une violation flagrante de l'intégrité d'un peuple à partir du moment où celui-ci est souverain.

"Actuellement, les peuples affrontent ce problème persistant, et les sociétés supportent nombre de risques et de conséquences extrêmes qui en résultent. Elles n'ont pas encore réussi à lui trouver une solution définitive et démocratique. (…) De nos jours, l'ensemble des régimes politiques est le résultat de la lutte que se livrent les appareils pour parvenir au pouvoir; que cette lutte soit pacifique ou armée, comme la lutte des classes, des sectes, des tribus, des partis ou des individus, elle se solde toujours par le succès d'un appareil, d'un individu, d'un groupe, d'un parti ou d'une classe et par la défaite du peuple, donc par la défaite de la démocratie véritable.  

La lutte politique qui aboutit à la victoire d'un candidat, avec, par exemple 51 % de l'ensemble des voix des électeurs, conduit à un système dictatorial, mais sous un déguisement démocratique. En effet, 49 % des électeurs sont gouvernés par un système qu'ils n'ont pas choisi, et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela c'est la dictature. Cette lutte politique peut aussi aboutir à la victoire d'un appareil ne représentant que la minorité, notamment lorsque les voix des électeurs se répartissent sur un ensemble de candidats dont l'un obtient plus de voix que chacun des autres considéré à part. Mais si l'on additionnait les voix obtenues par les « battus », cela donnerait une large majorité. Malgré cela, c'est celui qui a le moins de voix qui est proclamé vainqueur, et son succès est considéré comme légal et démocratique ! Mais en réalité il s'instaure une dictature sous des apparences démocratiques. Voilà la vérité sur les régimes politiques qui dominent le monde actuel. Leur falsification de la vraie démocratie apparaît clairement: ce sont des régimes dictatoriaux" (Tiré de "le Livre Vert" de Mouammar Al Kadhafi).  Et lorsque le peuple marginalisé et dépossédé de son pouvoir ne peut rester pour longtemps muet,  il crée une révolte massive parfois fratricide comme c'est le cas au Kenya de nos jours.

Bien évidemment, l'opinion internationale dont américains et ses alliés européens penche sur les irrégularités observées pendant les élections. Elle pense également que la crise perpétrée actuellement est une question d'ordre tribal. C'est de son apanage de la juger ainsi surtout qu'il est question pour elle de ne pas souligner que c'est la valeur importée de la démocratie qui fait problème au Kenya mais aussi dans le monde en général et en Afrique en particulier.

Avant les élections, les tribus kenyanes comme d'autres tribus africaines ont toujours vécu pacifiquement dans le respect de la personne d'autrui, des aînés, et dans le respect des clans et des chefs de clans et voire de tribus. C'est la démocratie importée, la démocratie occidentale qui montre ses failles, c'est elle qui ouvre les portes d'une désacralisation du sacré et du tabou et injecte le venin des conflits ouverts aux intérêts machiavéliques entre les peuples africains.  

Face à la boucherie humaine observée au Kenya, l'occident, promoteur de la démocratie et des droit de l'homme, invite un perdant qui s'est autoproclamé vainqueur à former un gouvernement d'union nationale avec son opposant, est-ce cela la démocratie? Je peux me questionner: Oui mais qui est le vainqueur issu des élections présidentielles kenyanes du 27 décembre dernier? Raila Odinga, l'opposant ou Mwai Kibaki, le président sortant. Et si s'en est le cas pour Mwai Kibaki, cela supposerait selon la démocratie occidentale que le meilleur perdant est désormais le meilleur gagnant. Donc, les élections n'ont plus de valeur en tant que tel.  

Il faut centrer en tout cas l'exemple kenyan au même diapason que ce qui a cours un peu partout sur le continent. La démocratie importée est une feuille de paille. Elle est verte lorsque le peuple est aveugle, desséchée ou brûlée lorsqu'il est éveillé. Elle est en fait le nouveau domaine des impérialistes pour conquérir le monde, reconquérir les territoires dont ils avaient perdu le contrôle. Les élections aussi transparentes qu'on veuille bien le démontrer est antidémocratique. Le gagnant exerce toujours la dictature sur le perdant et quoi qu'il fasse, le perdant ne serait jamais convaincu de ses actions même positives du gagnant. Ce qui explique en fait que les élections mettent en péril l'émancipation et l'hégémonie des peuples libres. Elles ne servent pas les intérêts du peuple mais ceux des personnes ou groupes de personnes qui y sont attachés. Elles divisent les composants d'une même société et invitent les "colonisateurs" à jouer le rôle des arbitres c'est-à-dire à protéger à travers leurs médiations leurs intérêts économiques dans la région. 

C'est une urgence pour les africains et les peuples asservis de recentrer le débat interne sur les bases africaines amplement démocratiques qui tirent ses origines des us et coutumes locales. La liberté ne s'offre pas, elle s'acquiert avec âpreté. Et le prix à payer est la mise en place des congrès populaires et des comités populaires pour assurer la dynamique populaire et éviter de tomber dans des querelles et les conflits qui nous transformeraient en loup pour loup.  

Il serait temps pour nous, Africains, de repenser une autre Afrique politique qui tient pour Léviathan, le peuple. Pour nous demeurant, nous devons nous revêtir en Africain fier et auréolé de l'être car le souci principal de l'Africain n'a jamais été le pouvoir ni l'accession au pouvoir. Le pouvoir en Afrique a été aux mains des hommes intègres entourés de sages et d'érudits. L'homme intègre, le souverain-sage, étant un guide avait su conserver l'identité de nos peuples. Le retour dans notre passé historique semble donc être la voix idéale car la modernité au sens occidental devient de plus en plus pernicieuse et animalière. Le carnage kenyan de ces derniers jours démontre la thèse de l'animalité à laquelle ce même occident nous confère. Une violence sans pareil où les jeunes africains armés de coupe-coupe, de machettes, de gourdins, des bâtons épineux assomment, tuent leurs congénères comme si l'on s'attaquait à un animal féroce qui s'est échappé de la brousse. Quelle barbarie, AFRIQUE, mon Afrique!?

Des centaines de morts à nos jours sans compter les milliers de blessés et de déplacés, pour les élections… N'est-ce pas une véritable conspiration de l'occident colonialiste? Voila le piège de l'Afrique devant la démocratie importée. Ce qui est sûr et certain, c'est que le Kenya ne peut pas marquer la fin de cette ignoble barbarie sur le sol africain. Des élections comme celles du Kenya sont en vu dans de nombreux pays en Afrique. Tout porterait à sous-entendre que les mêmes épouvantails vont se poursuivre et ce, jusqu'au jour où les africains prendrions conscience de ce piège de l'occident colonialiste et impérialiste.

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