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LA PHILOSOPHIE DES CONSTITUTIONS ET LA STRUCTURE TRADITIONNELLE DE  L'ETAT

 

Le prétexte apparent, qui justifie l'existence des constitutions, est de sauvegarder les libertés publiques et mettre des limites à l'oppression du pouvoir.

Mais en fait, l'existence des constitutions est due principalement à la structure traditionnelle (dictatoriale) de l'Etat avec toutes les conséquences qui résultent des principes de l'organisation de la lutte "lutte pour le pouvoir" ou lutte économique (lutte pour la richesse) ou lutte sociale ( lutte nationale et religieuse).

En même temps la constitution apparaît nécessaire essentiellement à la conservation de la paix dans les sociétés humaines, car  en dernière analyse, elle indique des méthodes non brutales pour la lutte.

Or la constitution est établie pour conserver des intérêts acquis, intérêts politiques, économiques et sociaux de la classe dominante, et qu'on a voulu acquérir la légalité par la constitution. Ainsi la constitution devient un moyen légal pour défendre ces intérêts, sous les régimes politiques qui permettent aux forces opposées à ces intérêts d'arriver au pouvoir, d’où la nécessité urgente de créer une institution supérieure à l'autorité gouvernante (autorité qui établit les lois) afin de l'empêcher seuls les intérêts justifient l'idée des  constitutions qui doivent être bien expliquées et analysées.

L'Etat constitue en soi un ensemble d'intérêts. Il est né historiquement comme un appareil qui protège les intérêts de la classe dominante, c'est l'interprétation marxiste de l'idée de l'Etat, interprétation relativement vraie. Et si l'Etat est le plus évolué de toutes les institutions, cette évolution n'a pas atteint l'idée de l'Etat en soi et ses objectifs, mais ses institutions, ses appareils et son organisation juridique. L'Etat, sous ses différentes formes, reste "un appareil qui protège les intérêts de la classe dominante", intérêts politiques, économiques et sociaux. 

L'évolution essentielle de l'Etat réside dans la manière de choisir son appareil de gouvernement, qu'il soit un individu, un parti politique, ou un ensemble de partis, une classe, une communauté ou une tribu. 

L'évolution du choix de l'appareil de gouvernement a abouti finalement au "suffrage universelle" qui pourra porter au sommet du pouvoir un individu ou un parti opposé à des intérêts historiques établis même s'ils sont illégaux et inadmissibles. Comment pourrait-on sauvegarder ces intérêts de l'opposition du nouveau pouvoir?

La seule possibilité scientifique et légale est de trouver des règles rigides que le pouvoir législatif ne pourra pas réviser, ces règles ne sont que la "constitution". Prenons par exemple la société américaine comme par son organisation constitutionnelle et libérale.

La structure de la société américaine est basée sur la protection de l'intérêt de la bourgeoisie, consacrée par le principe du libéralisme fondé sur la "liberté de la concurrence économique". C'est cette liberté théorique qu'on a voulu protéger, car elle représente l'intérêt essentiel de la classe dominante. Mais cet intérêt est sérieusement menacé par les règles des élections qui pourront porter au pouvoir une force opposée à ce principe générale, car selon les électorales américaines, un parti de gauche pourra accéder au pouvoir et changer la base économique de la société et menacer l'intérêt de la bourgeoisie; pour éviter ce fait il était indispensable d'établir une règle rigide dont la révision exige certains procédés dépassant la capacité d'un parti politique. Et cette règle est en réalité l'un des textes de la constitution.

Supposons qu'un parti socialiste arrive au pouvoir aux Etats-Unis, il pourra établir les lois qu'il veut, mais ne pourra jamais toucher à la "liberté de la concurrence" confirmée par la constitution, car le changement de cette règle exige la révision de la constitution qui ne se suffit pas de la majorité ordinaire de deux conseils, mais elle nécessite l'approbation des deux conseils à la majorité des 2/3 et les 3/4 des provinces; c'est en fait impossible malgré la puissance du parti opposé. C'est ainsi que la constitution, dans son essence, ne tend pas finalement à la protection de la liberté économique des individus, et de leurs droits, mais elle tient essentiellement à sauvegarder les "acquis de la classe gouvernante". C'est là réellement la philosophie et le but de la constitution.

Une autre crise politique du libéralisme, est la "concurrence politique", c'est-à-dire la possibilité de réaliser l'alternance par les élections, et tout individu a le droit de se présenter aux fonctions publiques, mais ces règles ne conduisent pratiquement qu'à la réussite de la bourgeoisie, vue la propagande et les frais énormes que peuvent coûter la campagne électorale. Malgré cela l'accès des forces de l'opposition au pouvoir restera possible, au moins théoriquement, alors comment peut-on empêcher l'opposition de changer ces règles et adopter des règles rigides lui permettant de s'accaparer du pouvoir définitivement? C'est-à-dire l'abolition définitive du principe des élections…Les deux régimes italien et français ont cette crainte. Il est possible, que le parti communiste italien ou français soit majoritaire au parlement, un jour, qui pourra garantir que ce parti ne changera plus tard les règles qui l'ont permises d'accéder au pouvoir, et qui pourront le ramener une autre fois à l'opposition? La seule garantie dans ce cas est d'introduire les règles des élections dans la constitution dont aucune force politique ne pourra changer. C'est ainsi que la règle de la" concurrence politique" ne signifie pas réellement la sauvegarde de la liberté des individus et leurs droits d'exercer l'action politique, mais son but final est de conserver "les acquis de la classe dominante". C'est la philosophie et le but de la constitution.

La constitution a pour but aussi de protéger les institutions politiques qui existent pour garantir les acquisitions de la classe dominante, à l'instar des royaumes des conseils de l'aristocratie; car ses institutions sont menacées par les tendances révolutionnaires qui peuvent arriver au pouvoir par les élections, alors comment peut-on, par exemple, conserver les pouvoirs du sénat aux Etats-Unis, et de la Chambre des Lords en Grande Bretagne sans l'existence des règles qui donnent à cette Chambre le droit de s'opposer à des lois établies par la Chambre des Communes?

La Constitution tend à sauvegarder les acquisitions nationales et religieuses dans les Etats composés, il est nécessaire dans un Etat multinational ou multiconfessionnel qu'une nation ou une confession domine les autres, et cette domination ne pourra être consacrée par des lois ordinaires pouvant être consacrée par des lois ordinaires pouvant être changées par des conseils dont le rôle est incertain, mais par un texte constitutionnel dont la révision exige une majorité et des mesures spéciales. C'est là aussi la philosophie et le but de la constitution.

On voit aussi que la constitution tend à confirmer la domination du pouvoir exécutif, dans les systèmes parlementaires. Le suffrage universel a , sans doute, introduit un élément nouveaux capable de constituer une pression sur l'exercice du pouvoir, paralyser ses actions, et lui permettant de devenir, un jour, un pouvoir réellement souverain. D'après les dispositions formelles de la constitution, le pouvoir législatif est aux parlements, mais en réalité, c'est le pouvoir exécutif qui légifère, car ce dernier établit souvent les textes des lois, à l'instar de la France où le gouvernement, conformément à l'article 37 de la constitution française, tient effectivement le pouvoir législatif. Ce rôle du gouvernement ne peut être garanti que par la constitution, qui ne peut être révisée facilement par le parlement. C'est ainsi que les règles constitutionnelles paraissent, apparemment, comme des simples règles qui organisent l'exercice des pouvoirs publics, mais en réalité, leur but effectif est de garantir la domination du pouvoir exécutif. Il est impossible de pouvoir découvrir et analyser tous les buts réels des règles qui organisent l'exercice des pouvoirs publics, mais en réalité, leur but effectif est de garantir  la domination du pouvoir exécutif. Il est impossible de pouvoir découvrir et analyser tous les buts réels des règles constitutionnelles, dans notre étude. Mais on peut affirmer que la constitution, dans son ensemble et sa philosophie, n'existe que pour protéger les intérêts de la bourgeoisie. Les origines historiques des constitutions confirment cette réalité; or l'apparition des constitutions est liée à la naissance de la bourgeoisie, et ces constitutions se sont établies après la domination totale de cette dernière, qui les a utilisées comme dans sa lutte.

Et si les constitutions sont actuellement un phénomène général dans tous les Etats quelles que soient leurs formes et leurs idéologies politiques, leur but essentiel reste la consécration de l'intérêt de la classe dominante.

Malgré que les régimes communistes qualifient la constitution de " phénomène bourgeois", et que Marx la considère comme l'expression de la volonté de la classe dominante, les régimes communistes eux-mêmes utilisent la constitution pour sauvegarder l'intérêt de la "classe politique".

Staline considère la constitution comme étant un texte qui consacre légitimement les victoires, elle est une sorte de programme qui doit être révisé en fonction des acquis et des objectifs; c'est pourquoi le régime communiste critique la rigidité des textes constitutionnels, car cette rigidité, d'après l'idéologie marxiste, est un phénomène bourgeois, parce qu'elle est le résultat d'un compromis entre les différents éléments de la classe gouvernante.

La raison d'être de la constitution est de garantir le compromis politique, exigé par circonstances de l'existence des gouvernants et des gouvernés, dans une société ayant plusieurs classes, et comme la société communiste ignore le pluralisme et la lutte des classes, il en résulte que la constitution adoptée par cette société est souple. Pour nous la raison d'être de la constitution est dictée par "la nécessité de trouver des compromis au sein de la classe gouvernante elle-même". Cette conséquence est apparemment juste, mais elle ne va pas loin dans l'analyse de la raison d'être de la constitution, alors que nous, nous critiquons le principe même de l'existence de la constitution. Nous croyons que le point de vue du communisme est exigé par l'association de la théorie et de la réalité pratique dans l'Etat communiste. Le communisme critique la constitution d'une part, et essaie de lui trouver des justifications d'autre part, parce qu'il s'appuie, comme les autres, sur la constitution pour réaliser ses buts.

Dans l'Etat communiste, la critique de la constitution est une nécessité théorique, car la constitution est un compromis refusé par le régime communiste, que ce soit un compromis entre les différentes classes, ou au sein même de la classe gouvernante.

Mais la nécessité d'adopter une constitution, du point de vue pratique, conduit les théoriciens à lui trouver des justifications.

En réalité, les constitutions se caractérisent par la rigidité, et malgré la critique théorique, les constitutions des Etats communistes sont toutes rigides, et même plus rigides que celles des autres pays; et la justification de cette rigidité par la nécessité de "la consolidation du régime socialiste" ne peut nous persuader que cette analyse est juste.

En réalité, la constitution est exigée par l'existence de l'Etat traditionnel, que se soit un Etat capitaliste ou socialiste, sa nature est toujours la même, car dans les deux systèmes, il existe une contradiction politique (gouvernant et gouverné), une contradiction économique (riches et pauvres) et une contradiction sociale (pluralisme national et religieux). Ces contradictions donnent naissance à des intérêts opposés, et à une classe dominante dont la présence suppose l'existence des règles juridiques rigides [pour consacrer sa domination, d’où l'intervention de l'idée de constitution, dont les règles sont considérées comme sacrées. Ainsi les hommes naïfs sont persuadés que la constitution est le seul protecteur des libertés, alors qu'en réalité elle est le produit d'un Etat dictatorial, et elle reconnaît ses pratiques.
 

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