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Internationalnews
Françafrique
lundi 26 avril 2010
Par
Sophie Chapelle
Depuis 40 ans, la multinationale Areva puise
abondamment dans les ressources d’un des pays
les plus pauvres de la planète. Le Niger
pourrait demain devenir le deuxième producteur
mondial d’uranium. Pourtant, le pays figure à la
dernière place de l’indicateur de développement
humain. C’est dans cette absence de partage des
richesses et sur fond de crise institutionnelle,
que se profile une catastrophe sociale,
environnementale et économique. Produire ici de
l’électricité d’origine nucléaire a pour
corollaire, là-bas, contaminations radioactives
et désertification.
Areva, champion français de l’industrie
nucléaire, le clame fièrement : sa nouvelle mine
d’uranium d’Imouraren, au Niger, sera la plus
importante d’Afrique et la deuxième au monde.
Areva répète avoir « fait du développement
durable la clé de voûte de sa stratégie
industrielle avec la triple ambition d’une
croissance rentable, socialement responsable et
respectueuse de l’environnement ».
Dans le cadre de cette stratégie, Areva a
organisé le 16 mai dernier à Agadez, dans le
nord du Niger, « une audience publique et un
atelier de validation de l’étude d’impact
environnemental d’Imouraren ». La multinationale
de l’atome se serait-elle reconvertie à un
soudain souci de transparence ? « Un écran de
fumée », selon le collectif Areva ne fera pas la
loi au Niger, au moment où - coïncidence ? -
l’état d’exception est décrété sur la région
d’Agadez. Dénonçant l’impossibilité de consulter
le rapport provisoire, la mise à l’écart du
comité Ad-hoc, la réduction du temps imparti à
la consultation, le collectif associatif demande
de disposer de cette étude d’impact et d’une
contre-expertise scientifique indépendante. Il
attend toujours.
Areva, éco-responsable ?
Derrière les grands discours socialement
responsables et respectueux de l’environnement
se cache une toute autre réalité. Des études
indépendantes ont d’ores et déjà été menées. La
Commission de recherche et d’information
indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD)
révèle que les eaux distribuées dans la ville
minière d’Arlit, où opère Areva, ne sont pas aux
normes de potabilité : d’après les prélèvements
de 2004 et 2005, le taux de contamination de ces
eaux dépasse de 7 à 110 fois les recommandations
de l’Organisation mondiale de la santé !
Toujours selon la Criirad, des boues
radioactives et d’énormes masses de déchets
radioactifs, les « stériles », sont stockées à
l’air libre. La société civile nigérienne, via
l’association Aghir In Man ou le réseau Rotab,
ont tenté d’alarmer Areva et les responsables
politiques nigériens sur la question. En vain. A
ce jour, rien n’a été fait pour revoir la
gestion de ces sites uranifères, selon le
collectif Areva ne fera pas la loi au Niger.
Il n’y a pas que la contamination radioactive
qui pose problème. Areva, et d’autres industries
minières, contribuent à la désertification du
pays. « L’économie pastorale est en train de
disparaître dans le Nord du Niger, région où
s’installent les miniers du monde entier. On va
vers une catastrophe environnementale et
économique», prévient l’hydrogéologue Alain
Joseph. L’élevage extensif - principale source
de revenus d’un des Etats les plus pauvres de la
planète - mené par les Touaregs, les Peulhs et
les tribus arabes Kounta dans l’immense plaine
de l’Irhazer est fortement remis en cause par
l’assèchement des nappes phréatiques d’Agadez
(nord du Niger), seule ressource en eau de la
région. La cause de leur épuisement ? L’octroi
de concessions minières : 139 permis de
recherche et d’exploitation ont été vendus en
moins d’un an. L’eau des nappes est acheminée
vers des mines de charbon qui alimente en
électricité les installations d’Areva à Arlit.
Un comportement prédateur
A Akokan et Arlit, les sociétés Cominak et
Somaïr, dont Areva est l’opérateur, ont déjà
épuisé à 70% l’aquifère carbonifère au nord du
Tarat, à raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans.
Ces deux sociétés envisagent d’utiliser un
pipeline de 30 km et de déplacer leurs pompages
vers l’ouest, dans la nappe des grès d’Agadez. «
C’est significatif du comportement prédateur
minier : on s’installe, on prend le maximum et
après moi, le désert, s’insurge Alain Joseph.
Non content d’avoir vidé l’aquifère du Tarat,
Areva s’installe maintenant à Imouraren. Bien
d’autres pays, la Chine, le Canada, l’Inde,
l’Australie, se ruent sur les ressources du
sous-sol nigérien. Nous allons assister à un
assèchement rapide de cette nappe. Comment vont
vivre les pasteurs si les sources sont épuisées?
Comment vont-ils se déplacer dans un univers qui
va être maintenant essentiellement minier ? »
Côté face : L’uranium nigérien sert à alimenter
les centrales nucléaires françaises
Côté pile : Désertification et absence de
partage des richesses au Niger (Crédit : Areva
ne fera pas la loi au Niger).
«Ce que nous voulons c’est l’arrêt de
l’exploitation des mines d’uranium. Seul le
régime en profite, le peuple nigérien lui ne
profite que de la misère et des radiations».
Pour Aghali Mahiya, Touareg du Niger et ancien
salarié de la Somaïr, filiale nigérienne
d’Areva, la population ne bénéficie d’aucune
retombée économique. Bien que l’exploitation
d’Imouraren fasse du Niger le deuxième
producteur mondial d’uranium, le pays est encore
classé parmi les trois plus pauvres de la
planète et figure à la dernière place de
l’Indicateur de développement humain. De son
côté, Areva a tiré du Niger près de 40 % de sa
production d’uranium depuis 40 ans. Sans ce
précieux combustible, jamais la multinationale
n’aurait pu se développer ni le nucléaire
français fonctionner. Pas question, pour autant,
de favoriser le développement du pays.
« Le peuple nigérien ne profite que de la misère
et des radiations »
Pour Myrtho, président d’une association au
Nord-Niger, le partage des richesses n’existe
pas. « J’ai rencontré Issouf ag Maha, le maire
de Tchirozerine au Niger. Areva lui a demandé
une liste de gens intéressés pour travailler
pour Areva. M. le Maire a fait une liste de 800
personnes avec leur nom, leur adresse... mais à
ce jour aucune de ces personnes n’a été
embauchée par Areva. » La multinationale pèse
plus de 13 milliards d’euros de chiffre
d’affaire en 2008. L’Etat nigérien, lui, voit
son produit intérieur brut plafonner à 2,7
milliards d’euros en 2007. Soit cinq fois moins
que le groupe dirigé par Anne Lauvergeon (en
photo).
Comment rivaliser? Surtout quand, derrière
Areva, on trouve l’Etat français.
La poursuite de l’exploitation d’uranium au
Niger s’établit sur le fond d’ «une très grave
crise institutionnelle », rappelle Olivier
Thimonnier de l’association Survie. En mai
dernier, le président Tandja annonce
l’organisation d’un référendum en vue d’un
changement constitutionnel afin de prolonger son
mandat. S’ensuit la dissolution de la cour
constitutionnelle et de l’Assemblée nationale
qui jugent le projet de référendum
inconstitutionnel.
En juin, alors que Tandja s’arroge les pleins
pouvoirs, le Quai d’Orsay se contente de
rappeler « [l’importance que la France attache
au cadre constitutionnel du Niger, à la
préservation de l’acquis démocratique de ce pays
et à sa stabilité. » Le référendum est organisé
le 4 août, et malgré la forte opposition des
syndicats, des partis et d’une partie de la
société civile, le Niger finit par adopter une 6ème
Constitution. Dans l’indifférence presque totale
des médias français [1].
Areva, outil de la Françafrique ?
Le 20 octobre, Tandja organise des élections
législatives. Il est isolé sur la scène
politique intérieure : l’ensemble de la société
civile, des centrales syndicales et son propre
parti, divisé, s’y sont opposés. Il est la cible
de critiques internationales : gel partiel de la
coopération de l’UE avec le Niger, suspension du
Niger par la Communauté économique des Etats
d’Afrique de l’Ouest, mesures à venir de l’Union
africaine. Seule la France reste silencieuse. «
Le 10 août, le ministère des affaires étrangères
déclare que la France est attentive à
l’élection, qu’elle doit être transparente et
démocratique. Ceci valide la réforme de la
Constitution par le président Tandja, analyse
Olivier Thimonnier.
Cette position française est le résultat de la
défense d’intérêts économiques clairement liés
aux intérêts d’Areva au Niger. Elle s’inscrit
dans le prolongement de la politique
d’indépendance énergétique de la France lancée
par le Général de Gaulle dans les années 60. »
Une indépendance énergétique qualifiée de «
parfaitement virtuelle » par Johnny Da Silva du
Réseau Sortir du Nucléaire. « La France importe
100 % de son uranium pour 80 % de son
électricité. C’est sans compter les transports
de matières radioactives sur des milliers de
kilomètres. » « Quand on nous explique que le
nucléaire est une énergie propre, c’est un
mensonge à plusieurs niveaux, poursuit le Député
Vert Noël Mamère.
Ce n’est ni une énergie renouvelable, ni une
énergie propre mais bien une énergie sale dans
sa contribution à soutenir les réseaux de la
Françafrique et les régimes dictatoriaux.» Le
Collectif Areva ne fera pas la loi au Niger
demande à toutes les parties impliquées un
moratoire sur l’extraction minière. En attendant
l’hypothétique appui de ce moratoire par le
gouvernement français, les choix énergétiques de
ce dernier continuent d’avoir de désastreuses
conséquences… loin de nos vertes campagnes.
Sophie Chapelle
Notes
[1] Ce qui n’est pas le
cas quand ce genre de référendum se passe en
Amérique latine, en Bolivie ou au Venezuela par
exemple. On peut s’interroger sur ce deux poids,
deux mesures...
http://www.bastamag .net
Titre original: L’industrie nucléaire française
procède à un véritable pillage au Niger (26
octobre 2009)
Photo:
http://nucleaire-
nonmerci. net/actualite/ areva-contaminat
ion-uranium. html
http://www.france24 .com/fr/20090327 -uranium-
niger-areva- visite-sarkozy- lauvergeon-
mamadou-tandja- nucleaire
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dans : Nucléaire Civil/Nuclear Energy
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