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A PROPOS DU COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS, DU REFUS LEGITIME
DU « CPE » ET DE LA SOCIETE A DEUX VITESSES A
L’AMERICAINE » :« POUR METTRE DE L'ORDRE EN FRANCE, IL NOUS
FAUT UN STALINE »... ; 01-04-2006, 13 :00
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Le combat des étudiants et
syndicalistes français dans sa perspective
anti-capitaliste,
Sa véritable portée pan-européenne et mondiale,
Ses limites
Sous le titre « Génération précarité », LE TEMPS
(Genève) donnait son véritable sens au combat de
la jeunesse française : une révolte à l’échelle
de l’Europe contre le retour au capitalisme
sauvage et à cette précarité qui rappelle le
XIXe siècle et que veut nous imposer l’ordre
libéral. Celui des maîtres du monde de
Washington et Wall-Street et de leurs valets de
Bruxelles et Strasbourg.
« Des dizaines de milliers de lycéens et
d'étudiants ont manifesté dans toute la France,
commentait le quotidien genevois. Le mot
précarité est devenu l'étendard de la révolte
contre le contrat première embauche (CPE). Ce
mot d'ordre tire son impact d'une réalité
incontestable. Dans presque tous les pays
industrialisés, les jeunes souffrent de
handicaps multiples sur le marché du travail ».
« En Suisse aussi, la détérioration de la
situation des jeunes est flagrante », estimait
le quotidien genevois.
LE COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS
CONTRE LE MODELE SOCIAL YANKEE
Car derrière le CPE – un des coups de sonde
incessants donnés pour tester l’affaiblissement
des résistances sociales – se profile le modèle
de société à deux vitesses à l’américaine.
La lecture de la presse yankee, qui tire à
boulets rouges sur les étudiants français, est à
ce sujet révélatrice. « La presse américaine
regarde d'un œil moqueur la révolte des "jeunes
bourgeois" contre le CPE qu'elle compare aux
émeutes des "jeunes de banlieue" de novembre
dernier. Pour les Américains, ces manifestations
ne sont qu'une preuve de plus de l'immobilisme
français ». « C'est le printemps, et les
Français manifestent à nouveau », s'amuse le LOS
ANGELES TIMES. « Les étudiants français auront
sans doute de bonnes notes en engagement
citoyen, mais zéro en économie » (sic). « La
France a plus de mal que les autres nations
européennes à s'adapter à la mondialisation de
l'économie, surtout parce que les Français
préfèrent accuser 'le capitalisme anglo-saxon',
c'est-à-dire l'ouverture des marchés, plutôt que
d'examiner leur propre politique dévastatrice.
Villepin, qui paie un fort tribut politique pour
son bon sens, devrait s'accrocher. La loi sur le
travail des jeunes ne va pas assez loin, mais
c'est déjà ça », conclut le LA TIMES.
L'INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE est encore plus
éclairant quant aux véritables enjeux du combat
engagé : « La résistance à la loi est moins
fondée sur les pour et les contre que sur la
défense de la sécurité de l'emploi que les
Français – du moins ceux qui ont un emploi –
considèrent comme sacrée ».
LA PORTEE PAN-EUROPENNE DU
COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS
La portée du combat engagé en France dépasse de
loin les frontières de l’Hexagone. Elle n’est
pas le symptôme d’une « France arriérée », avec
ses soit-disants « peurs » et « traditions
archaïques » - Dixit le WALL STREET JOURNAL mais
bien un des fronts d’un combat à mener partout
en Europe.
Ainsi en Allemagne, les syndicats promettent de
suivre l'exemple français. Car la grande
coalition au pouvoir à Berlin – particratie de
droite et de gauche unie - prévoit en effet une
réforme du Code du travail, qui comprendrait
notamment l'introduction d'une période d'essai
de deux ans – pour tous les salariés, et non
seulement pour les jeunes comme en France. Mais
le président de la fédération syndicale DGB,
Michael Sommer, a déclaré dans les colonnes du
quotidien NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG que ce projet
allait se heurter à une résistance acharnée de
la part de son organisation. "Les slogans des
étudiants et lycéens français qui manifestent
contre le CPE s'appliqueraient de manière encore
plus aiguë à l'Allemagne", a-t-il déclaré. "Avec
un emploi précaire, on ne trouve ni appartement,
ni crédit bancaire". « Heureusement que les
Français sont là ! », écrit DIE TAGESZEITUNG,
qui ajoute que « Les défenseurs du libéralisme
expliquent que la contestation a des origines
spécifiquement françaises. Ce n’est pas faux :
mener une politique de l’emploi sans dialogue
social ni débat parlementaire est spécifiquement
français – et autoritaire. Mais cela ne peut
faire oublier que les Français se battent non
seulement contre la méthode, mais aussi contre
le contenu. En ce sens, ils s’opposent à une
politique européenne qui redistribue de bas en
haut, annihile les conquêtes sociales et vide de
sa substance le droit du travail. Alors que les
changements de régime en Allemagne sont le fruit
de guerres perdues ou de Mur effondré, les
Français, eux, les provoquent. Dans les phases
critiques, ils se souviennent des luttes
passées. Le seul fait qu’ils aient le courage de
partir seuls à la bataille mérite l’admiration.
S’ils n’existaient pas, il faudrait les
inventer. Dommage qu’ils soient encore isolés ».
Même écho en Suède, jadis paradis d’un bien-être
social-démocrate en faillite. A l'heure où la
révolte contre le CPE fait rage en France, le
parlement suédois débat d'une proposition
similaire, avancée par la dirigeante du Parti du
centre, Maud Olofsson, rapporte le quotidien
AFTONBLADET. « En prenant exemple sur la France,
Mme Olofsson veut en réalité abolir la sécurité
de l'emploi (…) En France, les manifestations
n'ont pas uniquement lieu au nom de principes,
mais au nom d'une injustice quotidienne. En
France comme en Suède, un contrat d'embauche est
la clé d'accès à des besoins vitaux tels que
pouvoir louer un logement ou faire un prêt
bancaire pour en acheter un ». Le journal
suédois s'insurge contre ce projet présenté
comme un « accord pour les jeunes » et l'accuse
de « se moquer de la situation précaire qui
touche surtout les moins de 25 ans, et plus
particulièrement les femmes. La sécurité de
l'emploi, cette plate-forme pour le bien-être
dans la vie, est devenue un objet rare, voire un
luxe (…) la dernière chose dont ce pays a besoin
est plus d'insécurité et de règles
discriminatoires envers les jeunes. Les
manifestions violentes dans les rues de Paris en
sont la preuve ».
Même sympathie pour le combat français en Grèce,
où le quotidien ELEFTHEROTYPIA salue les
étudiants en révolte : « Dominique de Villepin a
son sosie ici, en Grèce. La mesure proposée en
France, qui favorise les licenciements non
motivés, a été votée par l’Assemblée nationale
grecque à l’été 2005. Personne n’a alors réagi,
mais la précarité était installée. Aujourd’hui,
les étudiants français envoient un message qui
traverse les frontières et s’adresse à nos
dirigeants qui prévoient de mettre en œuvre une
politique de rigueur néolibérale. Pour les
étudiants grecs, le climat social justifie une
contestation générale. Les jeunes veulent
s’appuyer sur l’initiative française pour
demander le retrait des mesures draconiennes de
diminution du coût des heures supplémentaires et
d’extension des horaires de travail qui ont
précédé la réforme. Les étudiants ont déserté
les universités ces jours derniers, et un appel
à manifester a été lancé pour le 23 mars. Grâce
au message des Français, les jeunes Grecs se
sentent prêts à lutter à leur tour contre les
manigances des politiques sur le plan social. Le
gouvernement grec craint à présent une grande
mobilisation des travailleurs et des étudiants.
Il a d’ailleurs pris ses distances avec M.
Kyriakopoulos, le président des industriels de
Grèce, qui a provoqué un tollé en apportant son
soutien au Premier ministre français, ce qui lui
vaut depuis le surnom d’“Odysseas de Villepin”.
Plus qu’une inquiétude pour la précarité, les
étudiants grecs se mobilisent pour leur avenir.
Ils envisagent même de porter l’affaire devant
l’Union européenne et demandent pour cela le
soutien des autres pays européens ».
Bastion du capitalisme de choc – celui de
Thatcher et de Blair -, la Grande-Bretagne est
aussi secouée par la révolte syndicale. Les
syndicats britanniques, avec à leur tête le plus
grand d'entre eux, UNISON, organisent aussi ce
28 mars une journée massive de grève nationale
pour « protester contre le projet de réforme des
retraites des employés de l'administration
locale ». Une grève qui, « selon les syndicats,
sera suivie par plus de 1 million de leurs
membres, dans la plus grande manifestation de
colère depuis la grève générale de 1926 », note
THE TIMES. « Par une coïncidence intéressante,
la France vivra également aujourd'hui une
journée d'agitation ouvrière », ajoute le
quotidien.
LA JUSTICE SOCIALE AU CŒUR DU
COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS
Ces réactions de soutien au combat mené en
France donnent à celui-ci sa véritable portée.
Non pas la défense de « privilèges » et d’
« égoismes » comme l’écrivent les media
capitalistes, mais bien une révolte fondamentale
pour la solidarité et la justice sociale. La
psychologue portugaise Joana Amaral Dias (dans
le DIARIO DE NOTICIAS) dénonce « le mépris dans
lequel on tient les jeune » : « Crédits
étudiants, tarifs réduits, Carte jeunes… une
kyrielle de privilèges ! Pour les partisans du
marché, le torrent humain qui a investi les rues
françaises ne comprend pas que le CPE, qui
permet le licenciement sans motif des moins de
26 ans pendant leurs deux premières années de
travail, est une aubaine. C’est la solution au
chômage des jeunes. Et les commentateurs n’ont
pas manqué qui ont devisé sur l’utopie et
l’ignorance de ces Français : s’ils lisaient les
journaux, ils verraient que, sans le CPE, ils
n’auront pas de travail du tout, ils
comprendraient qu’on va combattre le chômage en
créant plus de chômage. Ces partisans du CPE ne
doivent pas avoir lu, cependant, les divers
rapports montrant que cette mesure ne fera
qu’augmenter le chômage des jeunes et ne
contribuera d’aucune façon à en combattre les
causes. Et, quand ils les ont lus, ils en
concluent qu’on devrait l’appliquer à tous.
Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au
licenciement non motivé. Au moins les choses
seraient claires… Ce que les anti-CPE
contestent, c’est cette scission entre les âges
qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans.
Mais leur contestation est aussi une lutte
contre la légitimation du fossé entre les
générations, contre la précarisation du travail,
contre la discrimination et l’individualisme. Le
CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il
s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque
patron. Cette vague de contestation s’appuie,
évidemment, sur un questionnement social de
fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché
que l’on interroge ici ; et ce sont de nouveaux
intérêts publics qui se dessinent. C’est bien
pour cela que l’alliance des jeunes et des
syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu
s’opposer à cette mesure de capitalisme
sauvage ».
LA FAILLITE ANNONCEE DU
SYSTEME CAPITALISTE-BOURGEOIS
On notera au passage que la presse occidentale
dresse – sans en mesurer les conséquences, tant
est immense l’arrogance occidentale qui fait du
parlementarisme bourgeois la seule
« démocratie » (alors qu’il en est la négation)
– le constat de faillite du Système occidental
qui repose sur le Capitalisme libéral et le
Parlementarisme. Ecoutons le réquisitoire du
WASHINGTON POST : « Personne ne veut abandonner
les protections de l'Etat-providence, mais cet
attachement à des bienfaits aussi coûteux
empêche l'Europe de se préparer à un avenir
pourtant inévitable. A vrai dire, ce n'est pas
l'avenir, c'est le présent. Le dilemme des
démocraties avancées, dont les Etats-Unis, est
qu'elles ont promis plus qu'elles ne peuvent
tenir. Les promesses politiques dépassent les
capacités de l'économie. Ces promesses ont
parfois été faites malhonnêtement. Parfois,
elles ont été faites sincèrement – sur la base
de mauvaises analyses. Parfois, les hommes
politiques ont été dépassés par les nouvelles
circonstances. Peu importe : le dilemme reste le
même. Renier les promesses passées entraîne la
colère populaire; ne pas les renier aggrave les
problèmes futurs (…) Tout cela est de mauvais
augure pour l'Europe, parce que d'autres pays
sont dans la même situation. Les gouvernements
semblent incapables de réconcilier leurs
engagements politiques avec les réalités
économiques ».
A l'instar de l'ensemble de la presse
européenne, les media russes ont suivi avec
attention les manifestations anti-CPE en France
et leurs analyses sont souvent les plus
pertinentes. « La France résiste au
capitalisme », analyse ainsi GLOBALRUS.RU. :
« L'Etat social que les Européens ont bâti au
moment du triomphe de leur capitalisme s'est mis
à s'écrouler, quand ce capitalisme s'est
retrouvé face à des problèmes sérieux. Mais si
le gouvernement est suffisamment mûr pour virer
à droite, à l'instar du cabinet Thatcher,
l'opinion publique refuse obstinément
d'abandonner ses privilèges. On verra bien qui
cédera le premier, la société ou l'économie,
mais quelle que soit l'issue de cette
confrontation, on peut dire qu'il ne s'agit que
d'une bataille qui sera suivie de nombreuses
autres ».
Pour prendre le pouls de la contestation, le
quotidien russe IZVESTIA s'est joint au cortège
parisien qui défilait de la place
Denfert-Rochereau à celle de la Nation. De toute
évidence, et à juste titre, le journal moscovite
a été frappé par le radicalisme de certains
manifestants et de leurs slogans. D'ailleurs,
les IZVESTIA, publiées depuis mars 1917,
décèlent une certaine "nostalgie de l'Union
soviétique" dans les propos désenchantés d'un
manifestant de gauche de 77 ans. "Je ne crois
plus à l'avenir radieux, mais cela ne veut pas
dire que je dois baisser les bras", confie ce
retraité au journal. Le journal russe reprend
même en titre de une les propos significatifs
d'un étudiant de banlieue : "Pour mettre de
l'ordre en France, il nous faut un Staline "...
LES LIMITES DU COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS :
LE MANQUE DE PERSPECTIVE REVOLUTIONNAIRE ET
DE PERSPECTIVE GLOBALE.
Phrase révélatrice non seulement du radicalisme
de la révolte mais surtout – hélas ! - des
limites du mouvement étudiant et syndical, qui,
encadré par les proxénètes gauchistes du
Système, manque à la fois de perspective
révolutionnaire et de perspective globale.
Tant que le combat social restera limité à des
revendications limitées et ne visera pas à
frapper à la source, c’est à dire à poser la
question de la Révolution et de la destruction
du système, celui-ci se maintiendra. C’est
justement le rôle des gauchistes et trotskistes,
recyclés à l’age mur, générations après
générations dans la Sociale-démocratie, voire le
libéralisme : endiguer la révolte, l’empêcher
d’aller trop loin.
Tant que le combat social ne s’inscrira pas dans
la perspective globale qui est la contestation
planétaire du capitalisme, il restera une
machine tournant à vide.
Car le combat est bien global. C’est la même
bataille qui se joue sur différents fronts, en
France, en Allemagne, mais aussi à Minsk - où le
président Lukashenko oppose avec succès son
modèle de « socialisme postsoviétique » au
libéralisme -, à Belgrade - où derrière le
martyr du président Milosevic se dresse la
nostalgie de la Yougoslavie socialiste -, ou
encore à Caracas - où Chavez, après Peron et
Castro, lève le drapeau du combat
anti-capitaliste et anti-américain.
L’HISTOIRE N’EST JAMAIS FINE !
Ceux qui annonçaient triomphalement la « fin de
l’Histoire » et l’instauration du « Nouvel Ordre
Mondial » libéral et capitaliste se sont
trompés. Les peuples en lutte leur répondent
partout. Les étudiants français, même si ils
n’en ont pas conscience, participent à ce grand
combat de libération nationale et sociale :
celui de la Cause des Peuples !
Ce qui s’amorce en France – la Grande Nation de
1789 et 1793 dont la révolution jacobine est la
matrice de toutes celles qui lui ont succédé –
c’est le combat pour la Révolution mondiale
contre le marché mondial libéral.
Nous partageons les conclusions du philosophe
hongrois Gábor Kardos (dans le MAGYAR NEMZET) :
« Le mouvement des étudiants va déjà plus loin.
Il est trop tôt pour dire jusqu’où il ira, mais
il est urgent d’y réfléchir. La France aurait
donc apparemment entamé la Bastille de la
globalisation. Tôt ou tard, les conséquences
écologiques du modèle global dominant imposent
un changement d’attitude révolutionnaire. Une
révolution globale s’impose ainsi comme le
destin de cette civilisation. En particulier de
ce point de vue, ce qui, vers la fin du XXe
siècle, a pu apparaître pendant un temps comme
“la fin de l’Histoire” peut se lire aujourd’hui
comme le calme qui précède la tempête (…) Le
printemps français nous rappelle qu’il ne faut
jamais accepter l’absence d’avenir comme une
fatalité et s’y soumettre comme à une
“contrainte économique”. Individuellement comme
collectivement, nous pouvons toujours reprendre
en main notre destin et notre liberté. Si nous
n’en faisons rien, nous n’en sommes pas moins
responsables ».
Luc MICHEL
29 mars 2006
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