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  Et Dieu créa la politique

  KADHAFI ET LA « TROISIEME THEORIE UNIVERSELLE »:UNE ALTERNATIVE POUR LE DIALOGUE DES PEUPLES

  Revue de presse en Anglais et Français sur la Libye, la Démocratie Directe et l’action de Moammar Kadhafi

  NOUVEAU Démocratie Directe,le bulletin d'information du MIDD-CR

  LES ASSASSINS REVIENNENT TOUJOURS
SUR LE LIEU DE LEURS CRIMES :
L'IMPERIALISME YANKEE FRAPPE A NOUVEAU LE VIETNAM !

  LE « MEDD » SALUE LE 28E ANNIVERSAIRE DE L’INSTAURATION DU POUVOIR POPULAIRE EN JAMAHIRIYA LIBYENNE

  Langues occidentales en Afrique, moteurs de l'oppression culturelle ?


 

 
 
  Et Dieu créa la politique  

Par Damien Glez et les correspondants du Marabout

"Ce coup d'Etat est un coup de grâce de Dieu". Cette appréciation lapidaire du putsch du colonel voltaïque Saye Zerbo en 1980 n'est pas celle d'un sous-fifre en treillis ou d'un politicien à la veste déjà retournée. Cette phrase, prononcée bien avant que le président Saye Zerbo ne se révèle dans la piété chrétienne, est celle du vénéré cardinal Paul Zoungrana. Quelle mouche infidèle l'avait donc piqué ? cartoon
En 2001 encore, les hommes de Dieu s'aventurent dans des analyses politiques hasardeuses. Le 19 octobre dernier, on pouvait se croire branché sur Radio Vatican en écoutant Radio France internationale. S'exprimant sur le dialogue intercongolais, le cardinal Frédéric Etsoun, archevêque de Kinshasa, "s'oubliait" dans une déclaration aussi triviale que peu diplomatique : "Le médiateur ne comprend rien". Tout cela parce que l'ex-exemplaire ex-président bostwanais Quett Masire n'avait pas impliqué les chefs religieux dans ces négociations politiques. Reconnaissance réclamée n'est que vanité.
André Malraux, dont on célèbre le centenaire de la naissance, l'avait bien prédit : le siècle numéro 21 est "religieux". En sous-main ou à visage découvert, le Tout-Puissant continue son trouble-jeu politique engagé il y a belle lurette : théologie de la libération, pape dont on dit qu'il fit s'écrouler le rideau de fer, père Aristide perclus de corruption, stables Ayatollahs ou démodé mollah Omar, cohabitation avec le tout-puissant roi-dollar dans les discours politiques... Et il a même son terrain à lui tout-seul, le Vatican, Etat théocratique que Mussolini, fasciste bon prince, avait bien voulu offrir au Pape.
En Afrique, cerise sur le gâteau, Dieu semble s'amuser encore plus en passant d'une discipline à l'autre. Ici, il délègue ses pontes chrétiens pour d'émouvantes messes de réconciliation ; là, il sponsorise des opposants ; ailleurs, il inspire un dirigeant illuminé, une charia ou un bâtisseur de cathédrale. La séparation des pouvoirs ne concerne guère ceux du Ciel et ceux de la terre.

Séduction mutuelle
A son heure de gloire, l'idéologue soudanais Hassan al-Tourabi reprochait aux Américains d'avoir voulu "expulser la religion de la politique". Qu'il se rassure ; églises et pouvoir se font toujours la cour. Subissant les assauts des autorités laïques, les pieuses hiérarchies jouent tantôt les vierges effarouchées, tantôt les héros brandissant le glaive divin pour sauver les Etats du chaos.
Leader "inespérant" d'un Sénégal à 94% islamique, Abdoulaye Wade, allégeant, guette le Ndiggel, la consigne sacrée du khalife mouride à ses fidèles. Il y a quelques années, le khalife général Serigne Abdoul Lakhad Mbacké s'exprimait en faveur d'Abdou Diouf, pourtant de la confrérie tidjane. Depuis, l'actuel, Serigne Saliou Mbacké, le moins politique des Khalifes, fait semblant d'être sourd. Mais, avant les législatives, Wade a réussi à placer un influent khalife mouride sur sa liste de députés. Gare à celui qui négligerait les baye Fall (volontaires du mouridisme qui font la quête sociale dans les rues) et autres jeunes mourides. Ils menacent de créer un parti islamiste et de revendiquer une République islamique. Ben Laden pourrait faire s'écrouler autre chose que des immeubles...
Sous le régime d'exception du président nigérien Seyni Kountché, l'Association islamique du Niger avait un "monopole d'exercice" qui lui conférait l'écho nécessaire pour affirmer sans ambages que le pouvoir était un "don de Dieu" et que les Nigériens devaient donc se plier aux voies impénétrables du Seigneur qui avait choisi leur leader. En récompense de cette mission "d'opium du peuple", imams, cadis et autres cheiks étaient consultés avant les grandes décisions politiques. Aujourd'hui, "victimes" de la laïcité et d'un chef d'Etat qui n'a - extraordinairement - pas fait son pèlerinage purificateur, ils n'ont que leurs sourates pour se lamenter.
Le Malien Alpha Omar Konaré, lui, a effectué cette année le séjour à La Mecque. Dans la plus grande discrétion. Depuis, sans doute illuminé par son voyage, il effectue des actes de bienséance ou de bienfaisance en direction de la "oumma islamique" malienne. Le 15 décembre, on inaugurait la "maison du hadj". C'est qu'au Mali, on ne plaisante pas avec l'Islam et chaque candidat à la présidentielle aime organiser des rencontres politico-religieuses ; ainsi Me Mountaga Tall que la presse qualifie de "candidat des ulémas" pour l'élection de 2002. Racolage sur la voie sacrée...
Plus caricatural, El Hadj Albert Bernard Omar Bongo, soucieux d'être proche de toutes les sensibilités de son émirat gabonais, navigue de l'Islam au Catholicisme. L'opportunisme religieux ne l'empêche pas de rester en toutes circonstances animiste et franc-maçon.
Qui a fait le premier appel du pied ? Les religieux ne sont pas en reste dans ce jeu de séduction. Un exemple suffit. L'ancien évêque de Lomé, Monseigneur Dosseh Agnroh, comparait le général-président à un "dieu de la terre". Bien inspiré, le flagorneur verra son expression reprise par les partisans d'Eyadéma lors des troubles sociopolitiques du Togo. Une carrière de publicitaire ou d'hagiographe qui s'ignorait...
En Côte d'Ivoire, les "pieux" utilisent la politique pour se régler des comptes, se muant en gladiateurs de l'arène politique, le couteau entre les dents. Dans les propos de El hadj Harissou Fofana Karim, imam d'un groupe appelé Al Coran ou dans ceux de Bernadette Boni, présidente de l'ONG d'inspiration catholique "Concorde-CI", peu d'ambiguïté : les responsables de la crise en terre d'Eburnie ne semblent pas être de droite ou de gauche, du nord ou du sud. Ils sont les musulmans ou les catholiques. C'est selon. Guerre sainte à relents politiques...
Lorsque les prêtres et religieuses décident d'aller plus loin et de prendre les "armes" de la politique sans passer par celles de la démocratie, ils alimentent, plus que par leur silence, les génocides...

Conférences nationales religieuses
Pour remettre ou faire semblant de remettre à plat le système politique, purger de leurs aigreurs les victimes des gouvernants et se donner finalement un blanc-seing par une nouvelle virginité, les hommes d'Etat organisent avec faste de grand-messes et en particulier des conférences nationales, chacun selon sa propre recette. Et une soutane, dans ce genre d'expiation collective, ça fait toujours son petit effet, surtout quand le credo est un confiteor. Le christianisme, nourri de la contrition et de l'auto-flagellation, y fait merveille. cartoon
L'expérience la plus "romantique" et romanesque dans ce domaine reste celle de l'Afrique du Sud et de sa "Commission de la vérité et de la réconciliation". En 1995, après l'abolition de l'apartheid, le charismatique président Mandela désigne le médiatique archevêque Desmond Tutu chef de la commission. Pas de tribunal, juste une tribune expiatoire où "pardon à relents religieux" est le maître mot.
Quelques années plus tôt, au Bénin, autre transition en douceur avec l'aide du dieu chrétien. Monseigneur Isidore de Souza, archevêque coadjuteur de Cotonou, préside en février 1990 la Conférence nationale des forces vives et met en place le Haut Conseil de la République qu'il préside pour faire oublier le cauchemar "anticlérical" d'un pouvoir marxiste.
Au Congo, le 12 mars 1991, c'est une Conférence nationale dite "souveraine" qui voit un comité élire président, par acclamation, Monseigneur Ernest Kombo, évêque catholique d'Owando. Celle du Zaïre mise à part, cette conférence sera la plus longue d'Afrique, près de 5 mois. Qui dit la messe pendant ce temps ?
A la même époque, un débat parallèle, mais plus conflictuel, se déroule dans un Zaïre voisin au bord de la guerre civile. Après de multiples tentatives d'imposer une conférence constitutionnelle, le pouvoir déjà lézardé de Mobutu, contraint et forcé, convoque la Conférence nationale par une ordonnance présidentielle du 11 avril 1991. Emaillée de violences et constamment suspendue, elle clôt péniblement ses travaux le 6 décembre 1992, après avoir élu, le 4 août, Monseigneur Laurent Monsengwo président du Haut conseil de la République. Le 1er juillet 1995, cet ancien président de conférence nationale est destitué de son poste. Des dérapages plus spectaculaires ont lieu du côté de l'Afrique de l'Ouest.

Frictions et ersatz
28 juillet - 28 août 1991. Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro dirige la Conférence nationale Souveraine togolaise. Dans la foulée, les délégués le désignent pour diriger le Parlement de la transition, le Haut conseil de la République. Mission ô combien périlleuse pour l'évêque de Lomé qui sera pris en otage en octobre 1992 par des éléments incontrôlés des forces armées, dépouillé de ses lunettes et exposé à genoux au soleil en plein midi. Cette humiliation en forme de chemin de croix sera à l'origine de la grève générale de novembre et de la suspension de la coopération de l'Union européenne. Le 13 janvier 1999, le pouvoir togolais invite trois confessions religieuses à venir fêter sans rancune l'anniversaire de la mort de Sylvanus Olympio. Mgr Kojro, échaudé et frondeur, indique que, désormais, une autorité désireuse de solliciter un office religieux n'aura qu'à se déplacer à l'Eglise.
Au Burkina Faso, Blaise Compaoré rejette dès 1990 l'idée d'une Conférence nationale. Mais, sous la pression d'une rue qui n'arrive pas à digérer l'assassinat du journaliste Norbert Zongo (voir page 20), il suscite début 1999 la mise en place d'un Collège de Sages, présidé par Monseigneur Anselme Sanou, évêque de l'Ouest qui a l'intérêt de ne pas représenter de façon trop ostentatoire le pouvoir Compaoré (Mgr Jean-Marie Compaoré est archevêque de Ouagadougou). Le même Sanou "célébrera" la surréaliste Journée de pardon le 30 mars 2001, dans un stade où les religieux de tous poils remplacent les footballeurs sur la pelouse.
Au programme : cartons jaunes pour les différents pouvoirs qui s'étaient succédé depuis l'indépendance de la Haute-Volta, carton rouge pour les anti-démocrates, mea culpa vaporeux et bénédictions.
C'est à Ouagadougou encore que des Evêques de tous horizons africains se réunissaient du 12 au 19 novembre dernier autour du thème "L'Eglise au service de la réconciliation et de la paix en Afrique de l'Ouest". C'est qu'il y a des guerres de religion à faire oublier et des évangélisations musclées à se faire pardonner. Beaucoup de prêchi-prêcha et, en filigrane, l'interrogation du rôle de l'Eglise dans les conflits. Comme un prétendu eunuque dissimulant dans un harem une excitation inexpliquée, les hommes de foi paraissent toujours maladroits au milieu des politiciens, réaffirmant leur volonté de ne pas y toucher, tout en répétant la portée éminemment politique des textes dits saints. Parole divine qui remplace parfois dangereusement la parole humaine, comme dans certaines provinces nigérianes. Seigneurs et monseigneurs...

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