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PCN-Infos du 27 juillet 2004
La leçon de l’Irak, où
l’arrogante puissance yankee s’enlise face à la
pugnacité de la Résistance ba’athiste, ne
doit pas être suffisante pour ramener à la
raison les faucons de Washington.
Car l’impérialisme yankee se
prépare à de nouvelles agressions
néo-coloniales.
Au Soudan,
où la guerre civile qui déchire cet état arabe
permet que l’on nous joue à nouveau le vieil air
éculé qui a si bien servi contre la Yougoslavie
en 1999, à propos de la province serbe du
Kossovo-Metohije, sur fonds de pseudo
« génocide » et autre « épuration ethnique ».
Au Vietnam,
où trois décennies après la guerre impérialiste
qui a ravagé le pays, Washington agresse de
nouveau une Nation martyre, qui ne s’est pas
encore remise de la politique criminelle menée
par le Pentagone, qui y avait largement usé des
armes chimiques, dont le fameux « Agent
orange ».
Aux Etats-Unis, la Chambre des
représentants a en effet approuvé, ce 19
juillet, un projet de loi belliciste, un de
plus, le « Vietnam Human Rights Act »,
visant à empêcher l’octroi au Vietnam d’aides
américaines non humanitaires. Un projet qui
irrite légitimement au plus haut point les
autorités de Hanoi.
« Le projet de loi Vietnam
Human Rights Act a été adopté par la Chambre des
représentants par un vote de 323 voix pour et 45
contre. Ce projet doit encore être approuvé par
le Sénat pour être effectif »,
rapporte le journal NHAN DAN. Le texte, dont
l’auteur est le républicain Christopher Smith,
vice-président du Comité des relations
extérieures du Congrès, a pour but
« d’accélérer le processus de démocratisation au
Vietnam ». L’Amérique des chenils de
Guantanamo et des tortures sado-maso de Abu
Grahib ne manque décidément pas de culot !
Le Vietnam Human Rights Act
propose d’imposer à ce pays des sanctions
financières comme l’interdiction de l’aide
non humanitaire, dont le montant s’élève
actuellement à 40 millions de dollars. Une aide
qui vient en fait en compensation morale des
crimes américains lors de la guerre des Années
60-70, qui visait à empêcher la libération et
l’unification de la Nation vietnamienne
(1).
Comme en Yougoslavie ou en Irak
hier, comme en Syrie ou en Libye aujourd’hui,
les sanctions économiques sont un instrument de
guerre destiné à détruire un système politique
opposé aux USA.
Et ici aussi, ces sanctions
s’accompagnent de mesures de financement
destinées à ériger une opposition fantoche
prostituée aux Américains. « L’adoption
de ce projet permettra à la Maison-Blanche
d’affecter une enveloppe de 4 millions de
dollars aux organisations de Vietnamiens
résidant à l’étranger et aux associations qui
cherchent à promouvoir la démocratie au Vietnam.
Si cette loi est votée par le Sénat, ces
nouvelles affectations devraient être avalisées
par le budget américain 2004-2005 », précise
le quotidien LAO DONG. Ce même budget pourrait
également accorder plus de 10 millions de
dollars à RADIO FREE ASIA, le clone de
RADIO FREE EUROPE, la radio de la CIA, pour
intensifier ses émissions en vietnamien. Au
Vietnam aussi, le parti de l’étranger, celui des
Kollabos yankee, se construit à coup de millions
de dollars. Comment se dit « Quisling » en
Vietnamien ?
La réaction du gouvernement
vietnamien ne s’est pas faite attendre. « Ce
projet de loi, approuvé par la Chambre des
représentants, a provoqué une forte protestation
de la part du gouvernement vietnamien. Ce texte
déforme la situation des droits de l’homme au
Vietnam », écrit LAO DONG en citant le
porte-parole de la diplomatie vietnamienne.
« Le vote des membres de la Chambre des
représentants concernant le Vietnam est un acte
insensé qui va à l’encontre des progrès réalisés
dans les relations bilatérales », enchaîne,
dans une interview de NHAN DAN, Ton Nu Thi Ninh,
responsable adjointe de la Commission des
relations extérieures de l’Assemblée nationale.
« L’approbation du projet par 323 voix pour,
45 contre et 65 blancs exprime une forme de
punition à l’encontre du Vietnam. La Chambre
prétend dénoncer le non-respect des droits de
l’homme au Vietnam alors que ce pays n’est plus
montré du doigt par l’opinion internationale »,
souligne Ton Nu Thi Ninh. « Ce projet porte
gravement atteinte au respect de la gestion des
affaires intérieures du Vietnam », insiste
le porte-parole de la diplomatie vietnamienne,
Le Dung, sur le webzine VNEXPRESS.
Les Vietnamiens ont pourtant
fait des efforts face aux Etats-Unis. Les deux
pays coopèrent dans la lutte contre le
terrorisme et contre le trafic de drogue. Et les
Etats-Unis et le Vietnam se préparent à fêter,
en 2005, les dix ans de la normalisation des
relations bilatérales. Ce projet avait
d’ailleurs été rejeté par le Sénat lors de sa
première présentation, en 2001. Cette année, il
« est difficile de prévoir la situation
compte tenu du contexte politique complexe qui
précède l’élection présidentielle américaine ».
Washington frappe le Vietnam
alors qu’elle n’a pas encore réparé les dommages
qu’elle a infligé à ce peuple martyr.
operation Ranch Hand
La guerre chimique yankee
Au moment où Washington donne
des leçons de morale, l’actualité nous
rappelle les atrocités de la guerre chimique
yankee en Indochine. « Trois victimes
vietnamiennes souffrant d’une intoxication à la
dioxine liée à une arme chimique utilisée par
l’armée américaine durant la guerre du Vietnam
poursuivent en effet devant la justice
américaine les multinationales responsables du
développement de cette arme, un défoliant connu
sous le nom de "agent orange". Pour la première
fois, des victimes vietnamiennes du défoliant
dénommé "agent orange" ont porté plainte, le 30
janvier dernier, contre des multinationales de
la chimie qui en fournirent de grandes quantités
à l’armée américaine pendant la guerre du
Vietnam », rapporte le journal LAO DONG. La
population et l’environnement dans le sud du
Vietnam ont souffert de ce produit répandu entre
1961 et 1971 par l’armée américaine en guerre.
La dioxine, un poison puissant contenu dans le
défoliant, continue d’agir trente ans après
la fin de la guerre.
« En portant plainte plus de
trente ans après les faits, les victimes font
valoir leurs droits face aux entreprises
américaines responsables de la dégradation de
leur santé ou de la mort de leurs proches. Pour
l’instant, trois personnes seulement se sont
engagées dans cette action en justice, car les
procédures judiciaires américaines exigent du
temps et ne sont pas à la portée de tout le
monde. Mais ces plaignants représentent d’autres
victimes qui attendent que leurs dossiers soient
complets », explique,
dans les colonnes du journal vietnamien, le Pr
Nguyên Trong Nhân, vice-président de
l’ « Association d’aide aux victimes de l’agent
orange », un collectif qui s’est formé au début
de cette année. L’agent orange a tué
plusieurs centaines de milliers de personnes, et
environ 3 millions de Vietnamiens auraient été
affectés par la dioxine. Les victimes sont
d’anciens combattants, des civils et leurs
descendants vivant dans les zones d’épandage.
Cette plainte inédite a été
soumise en janvier dernier à la Cour fédérale de
Brooklyn, à New York, par les victimes Nguyên
Thi Phi Phi, Duong Quynh Hoa et Nguyên Van Quy,
représentant l’Association des victimes. Elle
est établie en fonction de la législation
fédérale américaine, qui implique la
responsabilité juridique des entreprises si
leurs produits mettent en danger la santé de
personnes étrangères à ces entreprises, précise
LAO DONG.
« Je ne veux pas faire ce
procès pour moi seule. De nombreuses victimes de
l’agent orange vivent dans la pauvreté ;
d’autres sont toujours malades. Je me bats pour
eux aussi », affirme
l’une des plaignantes. Une autre dit qu’elle
réclame des compensations pour elle et pour son
enfant mort. Le troisième plaignant, qui souffre
d’un cancer du poumon en phase très avancée, se
bat pour son propre droit et pour celui de ses
deux enfants, victimes comme lui-même du
défoliant.
Les noms des sociétés
américaines mises en cause ne sont pas cités
par les médias vietnamiens, mais parmi celles
visées figurent probablement Dow Chemical
et Monsanto, deux des plus grands
fabricants de produits chimiques au monde.
En effet, en 1984, à la suite d’une décision de
la Cour suprême américaine, Dow, Monsanto et
d’autres firmes ont dû payer 180 millions de
dollars pour indemniser des soldats américains
affectés par la dioxine. C’est un précédent
plutôt positif pour les plaignants vietnamiens.
« Nous sommes conscients d’entamer un procès
au long cours », pronostique un officiel de
l’Association des victimes.
Entre 1961 et 1971,
l’opération baptisée « Ranch Hand » avait
consisté à larguer environ 75 millions de litres
d’herbicides contenant l’agent orange dans le
sud du Vietnam afin de raser la végétation qui
protégeait les combattants vietnamiens. La
Fédération des scientifiques américains avait
condamné l’opération dès 1964, la considérant
comme une expérience chimique injustifiée.
« La dioxine est l’un des composés les plus
toxiques connus, qui, de plus, se maintient
longtemps dans la terre. Elle perturbe les
fonctions hormonales et immunitaires, contient
des substances cancérigènes. Le défoliant
utilisé provoque des malformations épouvantables
chez les enfants des individus exposés »,
précise THE NEW YORK TIMES.
Des scientifiques américains,
allemands et vietnamiens ont révélé en août
dernier que l’agent orange peut contaminer
l’organisme humain par le biais de
l’alimentation. Les séquelles de la dioxine
persistent ainsi durant trois générations.
Des analyses récentes montrent que les vétérans
de l’armée américaine affectés par le produit au
cours de la guerre du Vietnam risquent de
développer des cancers de la prostate et de la
peau.
Si prompts à exiger des
réparations – que l’on se souvienne de la Libye
–, les USA sont inversement peu enclins à payer
pour leurs crimes. En
2001, les Etats-Unis et le Vietnam ont conclu un
accord pour entreprendre des recherches
scientifiques conjointes. Mais les Américains
ont systématiquement évité le débat au sujet
des compensations des victimes vietnamiennes.
« Le Vietnam a souhaité
résoudre cette question par la voie humanitaire
et les moyens scientifiques. Si les Etats-Unis
avaient coopéré, il n’y aurait pas de procès
contre les entreprises américaines. Aujourd’hui,
nous ne pouvons plus attendre. Il faut réagir »,
estime le Pr Nguyên Trong Nhân. L’ambassade
américaine à Hanoi refuse de commenter l’action
en justice des trois victimes vietnamiennes.
Agression, morale à géométrie
variable et double langage : l’impérialisme
américain est une fois de plus égal à lui-même.
Il incarne plus que jamais cet « ennemi du genre
humain » que dénonçait Che Guevara
(2),
appelant à sa destruction !
Luc MICHEL
(Avec l'AFP, Courrier international, The New
York Times |