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Les réactions de soutien
au combat mené en France donnent à celui-ci sa
véritable portée. Non pas la défense de
« privilèges » et d’« égoïsmes » comme
l’écrivent les media capitalistes, mais bien une
révolte fondamentale pour la solidarité et la
justice sociale. La psychologue portugaise Joana
Amaral Dias (dans le DIARIO DE NOTICIAS) dénonce
« le mépris dans lequel on tient les jeune » :
« Crédits étudiants, tarifs réduits, Carte
jeunes… une kyrielle de privilèges ! Pour les
partisans du marché, le torrent humain qui a
investi les rues françaises ne comprend pas que
le CPE, qui permet le licenciement sans motif
des moins de 26 ans pendant leurs deux premières
années de travail, est une aubaine. C’est la
solution au chômage des jeunes. Et les
commentateurs n’ont pas manqué qui ont devisé
sur l’utopie et l’ignorance de ces Français :
s’ils lisaient les journaux, ils verraient que,
sans le CPE, ils n’auront pas de travail du
tout, ils comprendraient qu’on va combattre le
chômage en créant plus de chômage. Ces partisans
du CPE ne doivent pas avoir lu, cependant, les
divers rapports montrant que cette mesure ne
fera qu’augmenter le chômage des jeunes et ne
contribuera d’aucune façon à en combattre les
causes. Et, quand ils les ont lus, ils en
concluent qu’on devrait l’appliquer à tous.
Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au
licenciement non motivé. Au moins les choses
seraient claires… Ce que les anti-CPE
contestent, c’est cette scission entre les âges
qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans.
Mais leur contestation est aussi une lutte
contre la légitimation du fossé entre les
générations, contre la précarisation du travail,
contre la discrimination et l’individualisme. Le
CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il
s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque
patron. Cette vague de contestation s’appuie,
évidemment, sur un questionnement social de
fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché
que l’on interroge ici ; et ce sont de nouveaux
intérêts publics qui se dessinent. C’est bien
pour cela que l’alliance des jeunes et des
syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu
s’opposer à cette mesure de capitalisme
sauvage ».
LA FAILLITE ANNONCEE DU SYSTEME
CAPITALISTE-BOURGEOIS
On notera au passage que la presse occidentale
dresse – sans en mesurer les conséquences, tant
est immense l’arrogance occidentale qui fait du
parlementarisme bourgeois la seule
« démocratie » (alors qu’il en est la négation)
– le constat de faillite du Système occidental
qui repose sur le Capitalisme libéral et le
Parlementarisme. Ecoutons le réquisitoire du
WASHINGTON POST : « Personne ne veut abandonner
les protections de l'Etat-providence, mais cet
attachement à des bienfaits aussi coûteux
empêche l'Europe de se préparer à un avenir
pourtant inévitable. A vrai dire, ce n'est pas
l'avenir, c'est le présent. Le dilemme des
démocraties avancées, dont les Etats-Unis, est
qu'elles ont promis plus qu'elles ne peuvent
tenir. Les promesses politiques dépassent les
capacités de l'économie. Ces promesses ont
parfois été faites malhonnêtement. Parfois,
elles ont été faites sincèrement – sur la base
de mauvaises analyses. Parfois, les hommes
politiques ont été dépassés par les nouvelles
circonstances. Peu importe : le dilemme reste le
même. Renier les promesses passées entraîne la
colère populaire; ne pas les renier aggrave les
problèmes futurs (…) Tout cela est de mauvais
augure pour l'Europe, parce que d'autres pays
sont dans la même situation. Les gouvernements
semblent incapables de réconcilier leurs
engagements politiques avec les réalités
économiques ».
A l'instar de l'ensemble de la presse
européenne, les media russes ont suivi avec
attention les manifestations anti-CPE en France
et leurs analyses sont souvent les plus
pertinentes. « La France résiste au
capitalisme », analyse ainsi GLOBALRUS.RU. :
« L'Etat social que les Européens ont bâti au
moment du triomphe de leur capitalisme s'est mis
à s'écrouler, quand ce capitalisme s'est
retrouvé face à des problèmes sérieux. Mais si
le gouvernement est suffisamment mûr pour virer
à droite, à l'instar du cabinet Thatcher,
l'opinion publique refuse obstinément
d'abandonner ses privilèges. On verra bien qui
cédera le premier, la société ou l'économie,
mais quelle que soit l'issue de cette
confrontation, on peut dire qu'il ne s'agit que
d'une bataille qui sera suivie de nombreuses
autres ».
Pour prendre le pouls de la contestation, le
quotidien russe IZVESTIA s'est joint au cortège
parisien qui défilait de la place
Denfert-Rochereau à celle de la Nation. De toute
évidence, et à juste titre, le journal moscovite
a été frappé par le radicalisme de certains
manifestants et de leurs slogans. D'ailleurs,
les IZVESTIA, publiées depuis mars 1917,
décèlent une certaine "nostalgie de l'Union
soviétique" dans les propos désenchantés d'un
manifestant de gauche de 77 ans. "Je ne crois
plus à l'avenir radieux, mais cela ne veut pas
dire que je dois baisser les bras", confie ce
retraité au journal. Le journal russe reprend
même en titre de une les propos significatifs
d'un étudiant de banlieue : "Pour mettre de
l'ordre en France, il nous faut un Staline "...
Luc Michel,
MEDD-MCR Europe.
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