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LA JUSTICE SOCIALE AU CŒUR DU COMBAT DES ETUDIANTS FRANÇAIS, 1er avril 2006 ; 12 :30

 

Les réactions de soutien au combat mené en France donnent à celui-ci sa véritable portée. Non pas la défense de « privilèges » et d’« égoïsmes » comme l’écrivent les media capitalistes, mais bien une révolte fondamentale pour la solidarité et la justice sociale. La psychologue portugaise Joana Amaral Dias (dans le DIARIO DE NOTICIAS) dénonce « le mépris dans lequel on tient les jeune » : « Crédits étudiants, tarifs réduits, Carte jeunes… une kyrielle de privilèges ! Pour les partisans du marché, le torrent humain qui a investi les rues françaises ne comprend pas que le CPE, qui permet le licenciement sans motif des moins de 26 ans pendant leurs deux premières années de travail, est une aubaine. C’est la solution au chômage des jeunes. Et les commentateurs n’ont pas manqué qui ont devisé sur l’utopie et l’ignorance de ces Français : s’ils lisaient les journaux, ils verraient que, sans le CPE, ils n’auront pas de travail du tout, ils comprendraient qu’on va combattre le chômage en créant plus de chômage. Ces partisans du CPE ne doivent pas avoir lu, cependant, les divers rapports montrant que cette mesure ne fera qu’augmenter le chômage des jeunes et ne contribuera d’aucune façon à en combattre les causes. Et, quand ils les ont lus, ils en concluent qu’on devrait l’appliquer à tous. Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au licenciement non motivé. Au moins les choses seraient claires… Ce que les anti-CPE contestent, c’est cette scission entre les âges qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans. Mais leur contestation est aussi une lutte contre la légitimation du fossé entre les générations, contre la précarisation du travail, contre la discrimination et l’individualisme. Le CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque patron. Cette vague de contestation s’appuie, évidemment, sur un questionnement social de fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché que l’on interroge ici ; et ce sont de nouveaux intérêts publics qui se dessinent. C’est bien pour cela que l’alliance des jeunes et des syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu s’opposer à cette mesure de capitalisme sauvage ».

LA FAILLITE ANNONCEE DU SYSTEME CAPITALISTE-BOURGEOIS


On notera au passage que la presse occidentale dresse – sans en mesurer les conséquences, tant est immense l’arrogance occidentale qui fait du parlementarisme bourgeois la seule « démocratie » (alors qu’il en est la négation) – le constat de faillite du Système occidental qui repose sur le Capitalisme libéral et le Parlementarisme. Ecoutons le réquisitoire du WASHINGTON POST : « Personne ne veut abandonner les protections de l'Etat-providence, mais cet attachement à des bienfaits aussi coûteux empêche l'Europe de se préparer à un avenir pourtant inévitable. A vrai dire, ce n'est pas l'avenir, c'est le présent. Le dilemme des démocraties avancées, dont les Etats-Unis, est qu'elles ont promis plus qu'elles ne peuvent tenir. Les promesses politiques dépassent les capacités de l'économie. Ces promesses ont parfois été faites malhonnêtement. Parfois, elles ont été faites sincèrement – sur la base de mauvaises analyses. Parfois, les hommes politiques ont été dépassés par les nouvelles circonstances. Peu importe : le dilemme reste le même. Renier les promesses passées entraîne la colère populaire; ne pas les renier aggrave les problèmes futurs (…) Tout cela est de mauvais augure pour l'Europe, parce que d'autres pays sont dans la même situation. Les gouvernements semblent incapables de réconcilier leurs engagements politiques avec les réalités économiques ».
A l'instar de l'ensemble de la presse européenne, les media russes ont suivi avec attention les manifestations anti-CPE en France et leurs analyses sont souvent les plus pertinentes. « La France résiste au capitalisme », analyse ainsi GLOBALRUS.RU. : « L'Etat social que les Européens ont bâti au moment du triomphe de leur capitalisme s'est mis à s'écrouler, quand ce capitalisme s'est retrouvé face à des problèmes sérieux. Mais si le gouvernement est suffisamment mûr pour virer à droite, à l'instar du cabinet Thatcher, l'opinion publique refuse obstinément d'abandonner ses privilèges. On verra bien qui cédera le premier, la société ou l'économie, mais quelle que soit l'issue de cette confrontation, on peut dire qu'il ne s'agit que d'une bataille qui sera suivie de nombreuses autres ».
Pour prendre le pouls de la contestation, le quotidien russe IZVESTIA s'est joint au cortège parisien qui défilait de la place Denfert-Rochereau à celle de la Nation. De toute évidence, et à juste titre, le journal moscovite a été frappé par le radicalisme de certains manifestants et de leurs slogans. D'ailleurs, les IZVESTIA, publiées depuis mars 1917, décèlent une certaine "nostalgie de l'Union soviétique" dans les propos désenchantés d'un manifestant de gauche de 77 ans. "Je ne crois plus à l'avenir radieux, mais cela ne veut pas dire que je dois baisser les bras", confie ce retraité au journal. Le journal russe reprend même en titre de une les propos significatifs d'un étudiant de banlieue : "Pour mettre de l'ordre en France, il nous faut un Staline "...

Luc Michel,
MEDD-MCR Europe.


 

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