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Feed-back sur le discours du Président français Nicolas Sarkozy à Dakar, Sénégal.

 

 MCR [01.10.07]

Le 26 juillet dernier, lors d'une visite d'état au Sénégal, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours qui a fait grand bruit devant un parterre d'universitaires africains. Nicolas Sarkozy n'était déjà pas très populaire en Afrique, en raison de sa politique d'immigration sévère. Fidèle à lui même, il a cherché à dire ce qu'il pensait, briser la langue de bois et produire un discours historique. Le résultat fut, là encore, conforme à ce que l'on pouvait craindre. Certes, notre président a réussi à donner un fort retentissement à son discours. Malheureusement, il a également gravement choqué une bonne partie de l'Afrique francophone, mais aussi, le reste de l'Afrique, et des observateurs occidentaux.

Je ne suis sûrement pas le mieux placé pour parler de l'Afrique. Néanmoins, je me suis occupé d'une association étudiante d'aide au développement, j'ai suivi plusieurs formations sur l'Afrique et j'y ai passé quelques semaines, pendant lesquelles j'ai eu l'occasion de rencontrer de nombreux Africains, jeunes et moins jeunes, citadins et campagnards, ingénieurs et paysans… Et l'image que j'ai eue d'eux ne ressemble en rien à ce que Nicolas Sarkozy a décrit dans son discours.

Certes, il est assez consensuel de dire que l'Afrique accuse un retard de développement énorme. Il est évident que la richesse culturelle, la vitalité, la jeunesse du continent en général, ainsi que les progrès démocratiques et économiques de certains d'entre eux ne peuvent masquer la stagnation, voire la régression économique de la plupart des autres.

Certes, la colonisation n'est pas responsable de tous les malheurs de l'Afrique. Certes, les Africains ont commis des erreurs et sont responsables d'une (petite) partie de leurs malheurs.

Mais ce n'est pas à Nicolas Sarkozy (ni à Henri Guainau) de pardonner les occidentaux pour la colonisation. On ne peut que s'excuser et attendre qu'ils nous pardonnent. Quant à ses paroles sur “les colons de bonnes volonté”, elles sont tout bonnement inadmissibles. Elles sentent la justification nationaliste, et déplace le problème. Il faut dépasser nos différents passés, mais ce n'est sûrement pas en sombrant dans une polémique stérile ni en défendant l'indéfendable qu'on y parviendra.

Ce n'est pas à Nicolas Sarkozy de dire aux Africains ce qu'ils doivent faire ou penser. Il n'a pas la science infuse. L'élite africaine n'a pas plus besoin d'entendre le diagnostic de Nicolas Sarkozy sur ce qui ne va pas en Afrique que les Français n'ont besoin d'entendre les conseils de The Economist à propos du prochain président qu'ils vont élire. Je trouve cette attitude condescendante voire néocoloniale.

Et surtout, à mon sens, la principale cause des problèmes de l'Afrique n'est pas ni la politique passée de l'occident, ni la politique actuelle de l'Afrique, mais bien la politique actuelle de l'occident. En effet, les accords commerciaux sont déséquilibrés: les subventions américaines sur le coton, ou la politique agricole commune, qui maintient les cours des matières premières à des valeurs très basses et ruinent les agriculteurs du tiers monde, les barrières à l'entrée des produits industriels occidentaux qui empêchent les Africains d'exporter et l'afflux des marchandises européennes sur les marchés africains détruisent dans l'oeuf les tentatives des Africains de créer un secteur industriel fort. Les politiques du FMI et la dette (odieuse ou non) des pays africains privent l'économie africaine des capitaux et l'investissement nécessaire à la création des richesses. Quand on parle des dirigeants corrompus, on oublie souvent que, s'il y a des corrompus c'est qu'il y a des corrupteurs, et que ceux-ci sont bien souvent des industriels européens en quête de matières premières… (pour plus de détails sur ces points je vous renvoie aux ouvrages de l'économiste Joseph Stieglitz ou encore à certaines prises de position de Dominique Strauss-Kahn, dans son livre 365 jours).

Enfin que dire des tirades sur l'homme africain en symbiose avec la nature, sur le paysan africain et l'éternel recommencement et autres tirades à relents franchement nauséabonds et racistes? Elles témoignent pour moi d'une méconnaissance de l'Afrique, et montrent à quels points les vieux clichés ont la vie dure! Comment peut on dire “je ne suis pas venu vous donner des leçons” et à peine deux lignes plus tard “le drame de l'Afrique c'est que l'homme africain n'est pas assez rentré dans l'histoire”?

Je pense que Nicolas Sarkozy a une fois encore pêché par excès de confiance en lui et en ses idées. Il est tellement convaincu d'avoir raison qu'il ne se rend pas compte du caractère choquant de certaines choses qu'il dit. Je pense que son discours est hypocrite car il nie la responsabilité des occidentaux dans les problèmes de l'Afrique et racistes en raison de l'image qu'il véhicule de “l'homme africain”.

NB: Ce texte est une analyse d'un analyste politologue français qui a bien voulu resté sous anonymat.

 Le Comité de rédaction.

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