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Le 26 juillet dernier,
lors d'une visite d'état au Sénégal, Nicolas
Sarkozy a prononcé un discours qui a fait grand
bruit devant un parterre d'universitaires
africains. Nicolas Sarkozy n'était déjà pas très
populaire en Afrique, en raison de sa politique
d'immigration sévère. Fidèle à lui même, il a
cherché à dire ce qu'il pensait, briser la
langue de bois et produire un discours
historique. Le résultat fut, là encore, conforme
à ce que l'on pouvait craindre. Certes, notre
président a réussi à donner un fort
retentissement à son discours. Malheureusement,
il a également gravement choqué une bonne partie
de l'Afrique francophone, mais aussi, le reste
de l'Afrique, et des observateurs occidentaux.
Je ne suis sûrement pas le
mieux placé pour parler de l'Afrique. Néanmoins,
je me suis occupé d'une association étudiante
d'aide au développement, j'ai suivi plusieurs
formations sur l'Afrique et j'y ai passé
quelques semaines, pendant lesquelles j'ai eu
l'occasion de rencontrer de nombreux Africains,
jeunes et moins jeunes, citadins et campagnards,
ingénieurs et paysans… Et l'image que j'ai eue
d'eux ne ressemble en rien à ce que Nicolas
Sarkozy a décrit dans son discours.
Certes, il est assez
consensuel de dire que l'Afrique accuse un
retard de développement énorme. Il est évident
que la richesse culturelle, la vitalité, la
jeunesse du continent en général, ainsi que les
progrès démocratiques et économiques de certains
d'entre eux ne peuvent masquer la stagnation,
voire la régression économique de la plupart des
autres.
Certes, la colonisation
n'est pas responsable de tous les malheurs de
l'Afrique. Certes, les Africains ont commis des
erreurs et sont responsables d'une (petite)
partie de leurs malheurs.
Mais ce n'est pas à
Nicolas Sarkozy (ni à Henri Guainau) de
pardonner les occidentaux pour la colonisation.
On ne peut que s'excuser et attendre qu'ils nous
pardonnent. Quant à ses paroles sur “les colons
de bonnes volonté”, elles sont tout bonnement
inadmissibles. Elles sentent la justification
nationaliste, et déplace le problème. Il faut
dépasser nos différents passés, mais ce n'est
sûrement pas en sombrant dans une polémique
stérile ni en défendant l'indéfendable qu'on y
parviendra.
Ce n'est pas à Nicolas
Sarkozy de dire aux Africains ce qu'ils doivent
faire ou penser. Il n'a pas la science infuse.
L'élite africaine n'a pas plus besoin d'entendre
le diagnostic de Nicolas Sarkozy sur ce qui ne
va pas en Afrique que les Français n'ont besoin
d'entendre les conseils de The Economist à
propos du prochain président qu'ils vont élire.
Je trouve cette attitude condescendante voire
néocoloniale.
Et surtout, à mon sens, la
principale cause des problèmes de l'Afrique
n'est pas ni la politique passée de l'occident,
ni la politique actuelle de l'Afrique, mais bien
la politique actuelle de l'occident. En effet,
les accords commerciaux sont déséquilibrés: les
subventions américaines sur le coton, ou la
politique agricole commune, qui maintient les
cours des matières premières à des valeurs très
basses et ruinent les agriculteurs du tiers
monde, les barrières à l'entrée des produits
industriels occidentaux qui empêchent les
Africains d'exporter et l'afflux des
marchandises européennes sur les marchés
africains détruisent dans l'oeuf les tentatives
des Africains de créer un secteur industriel
fort. Les politiques du FMI et la dette (odieuse
ou non) des pays africains privent l'économie
africaine des capitaux et l'investissement
nécessaire à la création des richesses. Quand on
parle des dirigeants corrompus, on oublie
souvent que, s'il y a des corrompus c'est qu'il
y a des corrupteurs, et que ceux-ci sont bien
souvent des industriels européens en quête de
matières premières… (pour plus de détails sur
ces points je vous renvoie aux ouvrages de
l'économiste Joseph Stieglitz ou encore à
certaines prises de position de Dominique
Strauss-Kahn, dans son livre 365 jours).
Enfin que dire des tirades
sur l'homme africain en symbiose avec la nature,
sur le paysan africain et l'éternel
recommencement et autres tirades à relents
franchement nauséabonds et racistes? Elles
témoignent pour moi d'une méconnaissance de
l'Afrique, et montrent à quels points les vieux
clichés ont la vie dure! Comment peut on dire
“je ne suis pas venu vous donner des leçons” et
à peine deux lignes plus tard “le drame de
l'Afrique c'est que l'homme africain n'est pas
assez rentré dans l'histoire”?
Je pense que Nicolas
Sarkozy a une fois encore pêché par excès de
confiance en lui et en ses idées. Il est
tellement convaincu d'avoir raison qu'il ne se
rend pas compte du caractère choquant de
certaines choses qu'il dit. Je pense que son
discours est hypocrite car il nie la
responsabilité des occidentaux dans les
problèmes de l'Afrique et racistes en raison de
l'image qu'il véhicule de “l'homme africain”.
NB: Ce texte est
une analyse d'un analyste politologue français
qui a bien voulu resté sous anonymat.
Le Comité de
rédaction. |