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La
crise dans laquelle est plongée le Pakistan
depuis la mort, jeudi dans un attentat, de l'ex-Premier
ministre Benazir Bhutto, principale figure de
l'opposition pakistanaise, était suspendue
dimanche à une réunion cruciale de son parti à
Naudero, le fief familial dans le sud.
D'abord, le Parti du peuple Pakistanais (PPP),
premier mouvement d'opposition, doit décider
s'il participera ou non aux élections
législatives et provinciales prévues pour le 8
janvier et pour lesquelles Mme Bhutto promettait
de battre la coalition qui soutient le président
Pervez Musharraf.
Il est de toute façon peu probable qu'elles
aient lieu à cette date puisque dès samedi, la
Commission électorale, qui doit en décider, a
indiqué que le processus électoral avait déjà
été faussé par la mort de Mme Bhutto et les
violences qui émaillent le pays depuis.
Et un responsable du parti au pouvoir a indiqué
qu'un scrutin sans le PPP serait "vide de
signification", une porte ouverte vers l'annonce
d'un report. La décision devrait être prise
lundi lors d'une réunion de la Commission.
Mais dans tous les cas, élections ou pas, cette
puissance nucléaire de 160 millions d'habitants
est menacée d'un chaos: alors que des émeutes
sporadiques, menées par des sympathisants ou de
simples pilleurs, vident littéralement les rues
des grandes villes et ont fait déjà au moins 38
morts en trois jours depuis le 27 décembre
dernier, on s'attend au pire dès lundi, au terme
des trois jours de deuil national décrété par M.
Musharraf.
Et seul un appel au calme du PPP semble de
nature à calmer les esprits, notamment dans sa
province natale du Sind, dont Karachi (sud) est
la capitale, et où les partisans de Mme Bhutto
accusent des éléments proches du camp Musharraf
d'avoir "tué" leur leader, au mieux en
négligeant sa sécurité, au pire en orchestrant
son assassinat.
Une composante ethnique est également considérée
comme une bombe à retardement: Mme Bhutto est de
l'ethnie sindie, qui peuple le Sind, la province
où les émeutes sont les plus meurtrières, et où
les manifestants profèrent des slogans menaçants
à l'égard des Pendjabi, l'ethnie de la province
du Pendjab (centre et nord-est) qui domine le
pouvoir et l'armée.
Or, depuis vendredi, quelque 16.000 troupes
paramilitaires sont déployées dans le Sind, dont
10.000 pour sa seule capitale Karachi, avec
l'ordre de "tirer à vue" sur les fauteurs de
troubles.
Les dirigeants du PPP doivent se réunir dans la
propriété de la dynastie Bhutto (1988-1990 et
1993-1996) à Naudero, à quelques km du mausolée
où Benazir a été inhumée vendredi, aux côté de
son père, Zulfiqar Ali Bhutto, Premier ministre
élu renversé en 1977 par le général Zia ul-Haq
et pendu deux ans plus tard sous son régime
militaire, ainsi que ses deux frères, décédés
l'un d'un empoisonnement mystérieux, l'autre
victime d'une fusillade aux circonstances
troubles.
D'autre part, la menace islamiste est toujours
très présente alors que s'achève l'année 2007
sur un nombre record en 60 ans d'histoire de la
République Islamique du Pakistan: plus de 800
personnes sont mortes dans des attentats cette
année, perpétré par des kamikazes pour la
plupart, perpétrés par les combattants
islamistes proches d'Al-Qaïda qui infestent les
zones tribales du nord-est du pays, le long de
la frontière afghane.
Dès le lendemain de l'attentat d'ailleurs,
Islamabad a été prompt à désigner le réseau
d'Oussama ben Laden comme commanditaire de
l'assassinat, par l'intermédiaire du chef
présumé d'Al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud,
un chef de tribu du nord-ouest, qui a
immédiatement démenti par la voix de son porte-parole.
Reste la question de la succession de Mme Bhutto
qui s'était auto-proclamée présidente à vie du
PPP fondé par son père et dont personne
n'imagine qu'il survive si son futur chef n'a
pas de sang Bhutto dans les veines.
La réunion de Naudero devrait permettre, sinon
de le nommer, au moins de se faire une idée de
qui sera le successeur, le fils de l'ex-Premier
ministre, Bilawal Zardari, un étudiant de 19 ans
seulement, faisant figure de dauphin.
Certain n'y sont pas favorables. "Bilawal ne
tient pas beaucoup à entrer dans l'arène
politique", commente pour l'AFP l'ex-Porte-parole
de Mme Bhutto, Sherry Rehman. S'il est
finalement choisi, un collectif, une sorte de "conseil",
le cornaquerait jusqu'à ce qu'il soit "mûr",
fait-on savoir dans son entourage.
Au cours de la réunion de Naudero, Bilawal
devrait lire les dernières volontés de sa mère.
"Il sera impossible pour le parti d'aller à
l'encontre des voeux de Benazir", souligne le
politologue et éditorialiste Shafqat Mahmood.
Mme Bhutto a dû son ascension politique, qui l'a
conduite à devenir la première femme de
l'Histoire dirigeante d'un pays musulman en 1988
à l'âge de 35 ans, au véritable culte dont jouit
encore son père dans tout le pays. Le PPP, parti
dit progressiste et identifié comme celui qui "défend
les pauvres", est donc soumis à la règle tacite
de la succession dynastique.
Source: AFP du 30.12.2007
Le comité de rédaction.
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