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Les explications du livre vert

"  M. Kadhafi "

LE MONDE EN BOULEVERSEMENT MAIS SANS CHANGEMENT

Le monde n'a pas changé

Les deux sociétés types actuelles, la société capitaliste et la société marxiste, réunissent un certain nombre de données qui sont la plupart du temps, déterminées dans le fond comme dans la forme, par les mêmes éléments. Comme cela se vérifie jusqu'à ce jour nous pouvons en tirer la conclusion suivante :

"Le monde connaît des bouleversements mais il demeure inchangé".

L'ensemble de ces données politiques, économiques et sociales constituent la structure même de la société. Elles ont tout d'abord caractérisé la société capitaliste qui était alors le premier et l'unique modèle auquel est venu ensuite s'ajouter celui de la société marxiste.

Pour étudier l'évolution de la société marxiste nous devons nous pencher tout d'abord sur sa structure et nous demander si celle-ci est la même que celle de la société capitaliste, si les données que renferment la première société existent également dans la deuxième. Si ces données ont disparu et ont été remplacées par de nouvelles, cela signifie que la société a changé. En revanche, si nous constatons l'existence des mêmes données dans la deuxième société, cela veut dire que les éléments constitutifs de la société capitaliste (premier modèle) sont également ceux de la société marxiste (deuxième modèle) même s'ils se présentent sous un aspect différent. C'est donc qu'aucun changement ne s'est produit.

Face à la structure politique, économique et sociale de base du Premier modèle, structure qui forme un tout dont les éléments sont indissociables, le marxisme se proposait de provoquer un réel bouleversement économique. Or, si nous examinons le Deuxième modèle nous constatons que sa structure économique n'est autre que le prolongement de la structure économique du Premier modèle. Par conséquent, tout est demeuré inchangé dans la mesure où la Première structure n'a pas disparu.

Il en va de même de la structure sociale qui repose sur les éléments fondamentaux suivants :

1) La nature de l'activité économique
2) Les rapports de production
3) L'organisation économique

Qui contrôle les forces économiques dans l'une ou l'autre des deux sociétés ? Quel est son rôle ? Quels sont ses droits ? Car comme chacun sait, l'économie ne s'administre pas d'elle-même, elle doit être organisée et dirigée. Par conséquent, quelle est la différence entre les deux sociétés types que nous étudions, la société capitaliste et la société marxiste, en matière d'organisation économique ? a-t-elle disparu dans l'une des deux ? S'est-elle modifiée ou est-elle demeurée inchangée ?

A qui revient la production ? qui sont les consommateurs ? Qui détient le pouvoir de décision dans ce domaine ? Parmi les différentes données de l'activité économique, prenons par exemple le cas de la terre. A qui appartient-elle ? Comment est-elle exploitée et par qui ? Où va le produit de son exploitation ?

Avec l'avènement de la société marxiste qui cherchait à se substituer à la société capitaliste, les problèmes qui se posaient dans cette dernière, ont-ils été résolus, ou se présentent-ils sous des aspects différents ?

Afin de répondre à ces questions, nous avons analysé la structure économique, politique et sociale de la nouvelle société (deuxième modèle). Or, après l'avoir comparée avec l'ancienne société (premier modèle), il s'est avéré qu'elle était le reflet de la structure sociale de cette dernière.

Capitalisme et marxisme sont en réalité les deux faces d'une même monnaie.

Ainsi il nous suffit d'observer le capitalisme et de permuter les éléments qui sont en notre possession pour obtenir le marxisme. C'est également de cette manière que l'on doit procéder si l'on veut établir une comparaison entre les deux types de sociétés : En vérité marxisme et capitalisme ne sont autres que les deux faces d'une même monnaie.

Telle est la situation aujourd'hui : le monde revêt deux aspects, capitalisme et marxiste, mais il demeure inchangé.

L'activité économique est absolument identique dans les deux types de sociétés ; on retrouve les mêmes forces de production dans le système capitaliste et dans le système marxiste : patrons et ouvriers existent aussi dans la société marxiste à cette différence près, et il s'agit d'une différence de forme, qu'il n'y a qu'un seul patron et non plusieurs comme dans la société capitaliste. Quant au fond, il reste le même ; les salariés restent toujours des salariés quel que soit le type de société. En réalité, la classe ouvrière est passée du capitalisme au marxisme sans enregistrer aucun changement.

La seule modification sensible porte sur la question du patronat : aux patrons capitalistes et exploiteurs du Premier modèle, balayés par la Révolution du Prolétariat, s'est substitué un nouveau patron, à savoir l'état marxiste.

Ce qui signifie que la classe capitaliste a été supprimée pour être remplacée par l'Etat capitaliste ou le système du Capitalisme d'Etat mis en place par le modèle marxiste.

Il en va de même de la détention du poste de commande. Dans le modèle capitaliste, où triomphe le secteur privé, ce sont ceux qui possèdent des sociétés et des entreprises – ceux qui exploitent – qui dirigent et non leurs ouvriers. Dans le modèle marxiste, les travailleurs sont également dirigés mais cette fois-ci par leur propre gouvernement qui est aussi leur patron. Ce qui signifie que dans les deux cas, les forces laborieuses ne tiennent pas les commandes mais qu'elles sont subordonnées soit à un patron capitaliste qui les exploite, tel le patron d'une société ou d'une usine (premier modèle), soit à un nouveau patron, l'Etat marxiste (deuxième modèle).

Le fruit du travail fourni par les forces laborieuses revient au patron, individu ou société, dans le premier modèle et au nouveau patron à savoir : l'Etat marxiste, dans le second. Les travailleurs ont-ils enregistré un changement, en ce qui concerne la répartition de la production ? En vérité, ils se voient toujours dépossédés du fruit de leur labeur, soit en faveur de la classe capitaliste, soit en faveur de l'Etat capitaliste.

En effet, le produit de leur travail est réinvesti soit par les patrons capitalistes, propriétaires de sociétés ou d'usines, dans le premier modèle; soit par l'Etat capitaliste. A cette différence près que dans le modèle marxiste, le fruit du travail n'est pas réinvesti dans les projets privés d'un particulier qui chercherait ainsi à servir ses propres intérêts, mais par le Gouvernement et sous ses directives. Si l'on peut admettre que le marxisme a contribué à un certain nivellement, celui-ci est loin d'être radical.

Dans le système capitaliste, la terre appartient à des propriétés fonciers qui emploient des salariés de même que l'usine appartient aux capitalistes sous le monopole desquels travaillent des salariés.

Dans le système marxiste, en revanche, la terre appartient à l'Etat, qu'il s'agissent des kolkhozes ou des coopératives agricoles. Mêmes si la propriété privée subsiste encore dans ce secteur, elle n'en est pas moins en voie de disparition et ceux qui cultivent la terre sont les ouvriers du gouvernement.

Le commerce, dans le modèle capitaliste, est entièrement privé et le but de tout commerçant est de réaliser des bénéfices aux dépens du consommateur.

Dans le modèle marxiste, le commerçant privé a été aboli pour faire face au commerce d'Etat : aux commerçants capitalistes s'est substitué le gouvernement marxiste et ce sont des fonctionnaires qui, intéressés aux bénéfices, ont assuré la gestion de ces commerces.

Quel élément nouveau, la Révolution marxiste a-t-elle apporté ?

Elle a changé les salariés employés par un patron du secteur privé en salariés de l'Etat, refusant d'admettre qu'il s'agissait là d'une injustice et d'une duperie ; après avoir connu l'hégémonie et l'exploitation des capitalistes, les salariés ont eu en effet à se soumettre à l'Etat.

La production revient à la société (l'Etat marxiste) et n'est plus le monopole de propriétaires fonciers ou des capitalistes, les salariés ont eu en effet à se soumettre à l'Etat.

La production revient à la société (l'Etat marxiste) et n'est plus le monopole de propriétaires fonciers ou des capitalistes. La terre appartient désormais à l'Etat et non plus à des propriétaires fonciers.

Comme nous venons de le constater, même si le système a été ébranlé, il n'a pas succombé pour autant.

Quelles conséquences pouvons-nous en tirer pour les ouvriers ?

La situation est demeurée inchangée en ce qui les concerne. Ils continuent à travailler un grand nombre d'heures sur lesquelles une part importante est prélevée, peu importe qui en est le bénéficiaire et comment elle est réinvestie.

L'ouvrier est toujours un salarié qui est loin de percevoir l'équivalent du nombre d'heures de travail réellement effectuées. De plus, il n'est toujours pas son propre maître.

Dans le modèle marxiste, le peuple ne peut disposer librement de la terre. Elle est entre les mains du gouvernement qui résout les problèmes qui s'y rattachent comme il l'entend.

Ainsi peut-il soit abolir la propriété agricole privée et la remplacer par des coopératives agricoles, des kolkhozes ou bien des Sovkhozes, soit la conserver.

Tous les moyens de production sont entre les mains de l'Etat capitaliste et non plus de la classe capitaliste ; en d'autres termes, tout ce qui était accompli par la classe capitaliste dans le premier modèle est maintenant réalisé par l'Etat marxiste.

De même, pouvons-nous affirmer que l'Etat marxiste est voué au même destin que la classe capitaliste… Pourquoi ? Parce que l'Etat marxiste a repris les obligations et comportements de la classe capitaliste sous tous leurs aspects.

L'Etat marxiste est l'héritier de la classe capitaliste dont il reproduit absolument toutes les caractéristiques ; aussi, des événements tels que ceux de Pologne, de Tchécoslovaquie ou de certaines régions en Union Soviétique se sont-ils produits.

L'Etat capitaliste, dans le modèle marxiste, commence à faire face à la même opposition populaire à laquelle s'est déjà heurtée la classe capitaliste avec la révolution de la classe ouvrière, rouage essentiel de la production.

Les rapports qui existent entre les différentes forces de production dans les deux modèles ne sont toujours pas sains. Nous sommes en présence d'un conglomérat réunissant des forces de production à des éléments totalement improductifs tels que les patrons ou l'Etat-patron. La force principale de production n'est toujours pas maître d'elle-même.

Rien n'a changé entre les deux modèles. Néanmoins les artisans de ce bouleversement marxiste ne considèrent pas qu'ils n’ont fait que reproduire le capitalisme sous une autre forme. Loin d'eux également la pensée qu'ils ont accompli, par leur soulèvement, un pas en arrière.

Ils estiment, bien au contraire, avoir réalisé un progrès considérable en portant des coups définitifs aux forces d'exploitation, en faveur de l'Etat socialiste, en supprimant l'intérêt personnel et l'égoïsme engendrés par l'activité économique capitaliste ou en établissant un programme éducatif qui condamne l'intérêt personnel et contribue à détruire les germes d'égoïsme et le goût du profit qui animent l'être humain. Ce faisant, ils étaient convaincus que leur entreprise serait couronnée de succès et que l'intérêt d'Etat se substituerait à l'intérêt personnel des individus. Mais les individus n'abandonnent pas aussi aisément leurs intérêts personnels.

Aussi faut-il s'employer à combattre ces instincts naturels ancrés en l'homme et à extirper les racines de son patrimoine culturel, comme le prônent les Chinois, en lui faisant abandonner intégralement l'éducation qu'il a reçue et la mentalité qui s'est forgée en lui afin qu'il soit prêt à accueillir cette situation nouvelle créée par l'Etat marxiste.

Les marxistes estiment en effet, qu'en arrachant toutes les racines issues de la société capitaliste, l'homme pourra plus facilement s'adapter au modèle marxiste.

Ainsi, tout homme qui sera attaché à la propriété privée et voudra satisfaire ses propres intérêts, se heurtera inévitablement à l'Etat qui, lui, s'emploie à servir les siens. Il suffit alors de lui ôter tous ses désirs et aspirations pour en faire un véritable robot.

Il n'y a plus ensuite qu'à s'appuyer sur un bouton pour que les robots se mettent à produire et à s'entasser à l'endroit précis qui leur a été assigné, pareils à des fourmis. Un robot ne mange pas, ne boit pas, n'aime pas, ne rêve pas ; il n'exprime pas de souhait ni n'aspire à se reposer ; il ne réalise pas de performances, ni ne se distingue des autres.

Le recours à cette solution extrême a, depuis son application, causé de très graves difficultés dont seul l'usage constant de la violence a pu venir à bout.

Ce qui prouve que la solution marxiste n'est viable que si une main de fer s'abat sur la société tout entière. Car il suffit du moindre relâchement de cette étreinte pour que les hommes tendent à nouveau à satisfaire leurs intérêts personnels.

Par conséquent, l'orientation adoptée par la société marxiste implique l'instauration d'un Etat fort qui concentre entre ses mains le pouvoir, la richesse et les armes pour mieux contraindre toute la société à abandonner ses intérêts personnels et à œuvrer à l'avènement du communisme.

Cet état de fait a conduit à la mise en place d'un appareil de gouvernement unique, le Parti communiste, qui resserre son étau sur la société pour mieux la guider vers ce nouvel objectif, à savoir : le communisme. La liberté politique constitue donc le plus grand danger pour la société marxiste car elle procure aux masses la force nécessaire pour prendre les rênes et renverser le gouvernement marxiste. Aussi des partis communistes puissants ont-ils été créés pour mieux dominer la société tout entière.

Toute tentative de rivaliser avec le Parti communiste a alors été considérée, dans n'importe quel état marxiste, comme l'œuvre de réactionnaires et de valets de l'impérialisme. A plus forte raison, toute insurrection contre cet état de fait par un Etat marxiste s'est vue violemment réprimée car cela revenait à laisser une porte ouverte à l'impérialisme qui en profiterait pour faire pièce aux forces progressistes.

La Yougoslavie a, par exemple, renoncé à cette solution extrême. Il en va de même de la Chine qui se fait taxer de révisionniste par les marxistes. Les événements de Pologne, quant à eux, constituent une véritable épée de Damoclès pour le système marxiste : en se déclarant indépendant et en refusant de reconnaître l'hégémonie du Parti communiste polonais, les syndicats ouvriers acculent le Marxisme dans son ensemble. Sans parler des conséquences que ces événements pourraient avoir en Roumanie et en Hongrie, voire même en Union Soviétique.

C'est ainsi que l'état, (le Gouvernement) se substitue à la classe capitaliste pour contrôler l'économie tout entière et placer l'activité économique au service de ses intérêts.

La tâche du gouvernement, dans un système capitaliste, consiste à préserver et à sauvegarder le capitalisme. C'est pourquoi, il ne peut admettre l'avènement d'une société marxiste que ce soit en Amérique ou en Grande-Bretagne.

Le Gouvernement, dans un système capitaliste est le garant du pouvoir politique et économique de ce système ; il ne peut par conséquent être neutre à l'égard de tout système qui entend s'ériger sur ses ruines. Aussi s'attache-t-il à préserver la structure politique, économique et sociale de la société capitaliste afin de sauvegarder ses intérêts économiques et de garantir le réinvestissement du produit de l'activité économique au profit du capitalisme.

Tel est également le rôle attribué au Gouvernement marxiste ; sa tâche consiste à empêcher l'instauration de tout système qui pourrait se substituer au marxiste, à combattre toutes les forces qui lui sont hostiles, sans oublier sa contribution à fonder un capitalisme d'Etat dont il doit assurer la protection. D'où la nécessité de forger un instrument politique tel que le Parti communiste qui impose sa dictature sur l'ensemble de la société.

Aucun des deux systèmes ne se soucie de démocratie. Leur seule préoccupation, à tous deux, consiste en la sauvegarde des intérets économiques de la catégorie dominante, à savoir : la classe capitaliste dans la société capitaliste et le gouvernement capitaliste dans la société marxiste. Si l'on établit une comparaison entre les deux systèmes, on constate qu'ils sont absolument identiques, à quelques exceptions près, quant à leur organisation politique, elle est la même : de part et d'autre un peuple et un gouvernement, partout une police et une armée ou autres administrations gouvernementales.

Alors que dans le premier modèle le gouvernement a été mis en place par la classe capitaliste afin de servir ses intérêts et de sauvegarder ses capitaux, dans le second il a été créé de toute pièce par le Parti marxiste et non par le peuple. En admettant même qu'il s'agit d'un gouvernement d'ouvriers, installé par les ouvriers eux-mêmes, le simple fait qu'il existe prouve que la société marxiste reproduit exactement la structure de la société capitaliste, faite de deux parties : le gouvernement et le peuple.

Dans un modèle comme dans l'autre, on tient le même langage. Ici, ce sont les capitalistes qui parlent de protéger le peuple et de défendre ses intérêts mais cela ne les empêche pas de l'exploiter, autant que faire se peut et de recourir, s'il le faut, à l'armée et à la police pour sauvegarder le système capitaliste en place. Là, dans la société marxiste, c'est le gouvernement capitaliste qui prétend monopoliser, dans l'intérêt du peuple, tous les capitaux extorqués à la classe capitaliste par la Révolution. C'est de ce peuple, c'est-à-dire tous les laissés-pour-compte, dont il se sert pour constituer son armée, en faisant valoir qu'elle a été conçue pour les défendre, alors qu'elle est sensée assurer sa propre protection ainsi que la sauvegarde de la doctrine marxiste. En effet, ne voit-on pas cette armée livrer des guerres pour servir les intérêts du gouvernements capitalistes en place ?

Comme nous venons de le constater, rien ne distingue les deux modèles, capitalistes et marxistes, quant à l'organisation politique. Dans les deux cas, nous sommes en présence d'un peuple et d'un gouvernement, d'une armée et d'une administration publique ou privée.

Quant au schéma économique il est également le même. De part et d'autre, nous trouvons des salariés et des patrons, une classe capitaliste et un gouvernement capitaliste. Dans les deux systèmes, une partie de la production des ouvriers est accaparée par des capitalistes, qu'il s'agisse d'un individu ou d'un gouvernement.

Si l'on nous donnait à choisir entre ces modèles, et à conditions qu'il n'y en ait aucun autre, nul doute que nous opterions pour le modèle marxiste dans la mesure où il sert les intérêts de l'Etat tout entier grâce aux sacrifices considérables consentis par l'ensemble de la société.

L'emploi :

Afin d'établir une comparaison, en matière d'emploi, entre les deux modèles objet de notre étude, nous allons tout d'abord commencer par observer les courbes relatives à la situation de l'emploi dans les deux cas.

Dans la société capitaliste, la courbe qui reproduit la situation de l'emploi est une ligne irrégulière, allant de zéro à l'infini. Les points situés autour de zéro à l'infini. Les points situés autour de zéro correspondent aux sans-emploi que l'on voit envahir les rues des villes capitalistes pour manifester contre un système injuste qui les a privés de leur droit au travail auquel ils peuvent prétendre au même titre que d'autres.

La cruauté de cette injustice nous apparaîtra clairement avec l'exemple suivant : prenons un capitaliste propriétaire d'un immeuble de trente appartements et trente familles de sans-abri coexistant au sein d'une même société. N'est-ce pas en dérobant la part de richesse nationale qui revenait à ces derniers que le propriétaire a pu devenir un privilégié et mettre toutes les chances de son coté ? Il en va de même des chefs d'entreprises et des ouvriers.

Prenons un autre exemple : supposons qu'un champ de dix hectares soit à partager entre dix agriculteurs, à raison d'un hectare pour chacun d'eux. Si l'un d'eux s'empare des dix hectares, les neuf autres seront privés de leurs droits ainsi que d'une source de richesse. A l'échelle d'une nation, cela revient à faire de la terre la propriété d'une poignée de gens qui auront à leur service le restant de la population agricole. Tel est également le cas de ceux qui ont entre leurs mains le monopole de l'emploi, ces patrons qui, après avoir arraché leurs entreprises aux ouvriers, privent ces derniers de leur droit au travail sachant que ceux-ci seront pieds et poings liés sous l'emprise de la misère et du besoin. C'est ainsi que se créent deux classes, une classe de capitalistes et une classe d'asservis.

Dans le système capitaliste, la courbe de l'emploi se présente en gros, sous la forme suivante :


Dans le Deuxième modèle en revanche, la société marxiste, la situation de l’emploi peut être représentée par une ligne droite obtenue en étirant horizontalement la courbe ci-dessus. Dans ce système chacun a, en effet, les mêmes chances face a l’emploi. Cette droite peut prendre pour valeur, zéro ou toute autre valeur, elle n’en demeure pas moins une droite, ce qui signifie l’égalité des chances pour tous les ouvriers en matière d’emploi.

Cependant, pour que chacun puisse trouver du travail, le niveau de vie doit être maintenu a un niveau très bas.

Tel est le bouleversement qui s’est opéré avec l’avènement du marxisme : celui-ci a non seulement, assuré l’égalité des chances face à l’emploi mais il a de plus attribué la même valeur au travail manuel qu’au travail intellectuel. Dans ce système, rien ne distingue le médecin de l’ingénieur ou du simple ouvrier.

Autre exemple :

Supposons que nous ayons cent dinars à partager entre dix personnes. Si nous en donnons dix à chacune, notre partage sera juste. Comment ce même partage s’opérera-t-il dans la société capitaliste ? Il ne fait aucun doute qu’il sera inéquitable : l’un des dix accaparera cinquante dinars, un deuxième vingt dinars et trois autres les trente dinars restants. Cinq d’entre eux n’auront rien. Pourquoi ? Parce que d’autres auront pris leur part. Au lieu d’avoir chacun dix dinars, l’un en a pris cinquante et l’autre vingt.

C’est ce qui se passe en matière de partage des richesses ou de répartition de l’emploi au sein de la société capitaliste. Ceux qui détiennent des richesses considérables et qui tirent toutes les ficelles en matière d’emploi, le font aux dépens de l’immense majorité qui est ainsi privée de tous ses droits.

Dès lors qu’ils comptent parmi eux un ouvrier riche, les tenants du capitalisme le proclament aux grands sons de trompette et passent sous silence le fait que pour accumuler une telle fortune il a dddu inévitablement s’emparer de la part d’autres individus qui ont été réduits à la pauvreté par sa faute.

Les marxistes, quant à eux, crient au miracle parce qu’ils ont réussi à supprimer le chômage et à fournir un emploi à tous ceux qui sont en mesure de travailler. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils ne sont pas parvenus à assurer le bien-être de tous les travailleurs ni la satisfaction de leurs besoins. Ils se sont contentés de donner du travail à chacun et pour ce faire, de prélever, au profit de l’Etat marxiste, une part de la production de chaque travailleur. C’est ainsi qu’ils ont ramené le niveau de vie des plus démunis au minimum et les ont contraints à continuer à travailler.

Le but des marxistes actuellement, n’est pas de garantir l’abondance mais de traverser l’étape qui les conduira au communisme. Pour atteindre ce but, les Marxistes ne lésinent pas sur les moyens et tous se refusent à produire, à l’usurpation de la propriété, la destruction de toutes les tendances naturelles et une existence réduite au strict minimum, en passant par la négociation de tout désir de luxe.

Tout doit être sacrifié pour que triomphe l’Etat communiste. Pourquoi ? Afin que se traduise dans les faits ce slogan marxiste : de chacun selon ses efforts à chacun selon son travail.

- Mais quand cela arrivera-t-il ?

Lorsque la production aura atteint un tel niveau, lorsqu’elle se sera accumulée à tel point qu’il sera permis à tous de connaître le Paradis sur terre.

La production s’accumule-t-elle véritablement ?

Jusqu’à présent, la production n’a pas été accumulée, mais au contraire, consommer. Depuis des dizaines d’années que le marxisme est appliqué, aucun Etat n’a réussi à constituer des stocks en prévision de la société communiste.

C’est pourquoi un changement s'est opéré dans l’idéologie marxiste. Il n’était plus possible de se limiter à satisfaire les besoins de première nécessité. Il fallait aller au-delà tant il est vrai que des gens qui produisent depuis des dizaines d’années, des gens qui ont consenti des sacrifices considérables en abandonnant une part importante de leur production pour que triomphe un jour le communisme, des êtres qui ont été privés de toutes leurs libertés par le Parti communiste, ne pouvaient plus se contenter d’un niveau de vie aussi bas.

Cette nouvelle orientation a fait de la révolution chinoise une cible de choix. A la suite de quoi Mao a déclenché ce qui a été appelé <<la révolution culturelle >>.

Tous les Etats marxistes ont alors été contraints d’adopter le principe des stimulants. Ils se sont mis à étudier le fonctionnement des entreprises capitalistes aux Etats-Unis et en Europe occidentale, s’efforçant de le transposer et de l’appliquer dans leurs propres usines. S’ils remportent leur pari, le dernier espoir que l’on pouvait fonder sur le marxisme disparaîtra à jamais. Il n’aura été rien d’autre qu’un simple soulèvement au sein d’un Etat capitaliste qui s’est traduit par l’installation au pouvoir d’un parti unique et puissant, le Parti communiste. Ce parti qui s’était assigné la tâche d’abolir la propriété privée, a fait de tous les travailleurs des salariés au service d’un gouvernement qu’il a lui-même crée de toute pièce. C’est ce gouvernement qu’il a chargé de repartir la production et de prélever la part à thésauriser. Or, la part de la production qu’il parvient à prélever est entièrement engloutie dans les frais de l’Etat et le budget, sans cesse croissant, de la défense sensée permettre à tous ces Etats de faire face à leur ennemi de toujours : le capitalisme.

Les marxistes se trouvaient ainsi acculés dans une véritable impasse : le communisme et (ses nobles) idéaux ne pourraient triompher tant que le système capitaliste ne serait pas intégralement aboli.

Il fallait se rendre à l’évidence. C’est ce que firent les partisans de cette nouvelle tendance qui a alors commencé à se manifester. Tout devait être mis en autres régimes marxistes, (sur le double plan théorique et pratique) pour en finir à jamais avec le système capitaliste et l’impérialisme dans le monde.

On a alors assisté au développement d’une nouvelle thèse selon laquelle, tant que la moitié de la planète vivrait sous l’hégémonie des forces impérialistes, l’autre moitié n’accédera jamais au communisme, contrainte qu’elle sera de prendre part à cette lutte d’influence interminable – dont l’enjeu est la domination de la planète tout entière – qui l’éloignera toujours davantage de son but.

Ces théories ont occupé le devant de la scène jusqu’à l’époque de Khroutchev et Union Soviétique, ainsi que du vivant de Mao et de Chou En-lai en Chine. On considérait en effet, à ce moment-là, que la guerre entre le capitalisme et le marxisme était inéluctable et qu'elle pouvait prendre les dimensions d'une guerre atomique. Aussi se prépare-t-on activement au déclenchement des hostilités comme à un fait inévitable, si bien que tout Etat qui ne s'équipait pas en prévision de cette guerre, était aussitôt accusé de traître à la cause du marxisme-léninisme.

C'est dans les années quatre-vingts que les Chinois furent les premiers à s'inscrire en faux contre de telles thèses en démontrant qu'elles étaient absolument erronées et que le monde avait le droit de vivre dans l'harmonie.

Khroutchev était d’avis que l’Union sioviétique devait nécessairement devenir un Etat puissant pour pouvoir faire face à l’autre superpuissance qu’étaient les Etats-Unis. Il considérait par ailleurs que son pays, qui avait pris un retard considérable, devait prendre exemple sur les Etats-Unis, leur ouvrir ses portes et traiter avec eux.

L’ouverture qu’a connue alors l’Union soviétique est devenue telle que les marxistes n’ont pas tardé à crier au déviationnisme et de procéder à l’éviction de Khroutchev. La politique, basée sur la coexistence pacifique, qu’il avait mise en oeuvre n’a pas cessé pour autant d’être appliquée même si les dirigeants continuaient à faire valoir officiellement les mêmes arguments qui avaient conduit à faire disparaþître Kroutchev de la scène politique. En effet, les accords SALT 1 et SALT 2, les nombreuses réunions d’Helsinki, le dialogue qui s’est instauré entre les deux superpuissances pour mettre un terme à la prolifération des armes nucléaires et limiter la course aux armements, sans oublier toutes les rencontres qui ont contribué à l’instauration de la détente puis de l’entente dans le monde, tout cela n’est que le prolongement de la politique de coexistence pacifique qui fait bondir sur son siège le marxiste traditionnel, et qui cependant, s’impose d’elle-même aux dirigeants marxistes.

Toutes les théories antérieures se trouvaient ainsi balayées comme fétu de paille et n’étaient plus bonnes qu’à mettre au rebus. Le marxisme en effet, n’avait toujours pas remporté son défi : le système capitaliste qui, selon eux, devait disparaître, était toujours là. Contraints de poursuivre leur lutte contre le capitalisme et d’exiger une contribution toujours plus grande de la classe ouvrière pour pouvoir réaliser les programmes qu’ils se sont fixés, les marxistes ont vu fondre leur espoir d’accéder un jour au communisme, tout ce qui aurait þddu lui être consacré ayant été englouti dans l’édification d’un Etat moderne assez puissant pour faire face à l’Etat capitaliste.

Prenons le cas de l’Allemagne de l’Est par exemple : Il est évident que cet Etat ne parviendra jamais à accumuler la production nécessaire à l’instauration du communisme tant qu’il y aura, à ses frontières, un pays comme l’Allemagne de l’Ouest dont la puissance s’accroît de jour en jour, et qui occupe aujourd’hui le quatrième rang parmi les pays industrialisés : C'est pourquoi la République Démocratique Allemande est forcée de consacrer un effort de titan à l’édification d’un Etat moderne et industrialisé assez puissant pour faire face à la République Fédérale Allemande. Mais cela n’est pas suffisant pour être þýssur de l’emporter. Il faut également que la R.D.A. parvienne à imiter la R.F.A. même dans les domaines considérés comme bourgeois par les théories marxistes, avec par exemple, l’introduction de la télévision en couleur et la création de parcs d’attractions, tout en continuant à consacrer une part importante au budget de la défense et aux projets d’industrialisation.

Le gouvernement marxiste est ainsi condamné à consacrer la part qu’il prélève sur le travail de la classe ouvrière, à la défense, aux programmes spatiaux, aux campagnes de propagande, à la rémunération de ses fonctionnaires et à la construction d’un Etat moderne puissant.

Ne pouvant parvenir à accumuler les richesses produites, tout espoir de parvenir un jour au communisme s’est évanoui à jamais. Aussi, les marxistes ont-ils tþâché d’échapper à cette aporie en lançant un nouveau slogan : « Renverser tout d’abord le capitalisme pour pouvoir accumuler ensuite la production ».

Mais se prépare-t-on vraiment à livrer bataille au capitalisme ? Si tel est le cas, cette tendance semble en contradiction flagrante avec les efforts visant la limitation des armements stratégiques qui se sont concrétisés par les accords SALT 1 et SALT 2 ainsi qu’avec la Charte d’Helsinki.

En réalité, s’il est une chose que la société marxiste redoute le plus, c’est bien la guerre. L’Union soviétique n’entend nullement déclarer la guerre aux Etats-Unis et fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter le déclenchement des hostilités entre les deux superpuissances. Dès lors que chacun des deux pays possède une force de frappe capable de détruire une dizaine de fois la planète, autant vaut-il ne pas avoir à recourir aux armes. Telles sont les thèses officielles défendues en Union soviétique, que les marxistes s’efforcent de faire admettre à tous les petits pays : un affrontement armé avec les Etats-Unis est à redouter et à éviter à tout prix.

Encore un espoir qui s’envole ! En effet, pas plus que ceux qui l’ont précédé, ce deuxième mot d’ordre n’a pu être appliqué. Les deux superpuissances sont condamnées à la coexistence pacifique.

Cependant, les marxistes sont en mesure de surmonter toutes les crises idéologiques qu’ils traversent, aussi profondes soient-elles, en procédant à des analyses rationnelles dont nous venons de donner un exemple. Bien que les conclusions auxquelles ils sont parvenus, en ce qui concerne l’attitude à adopter vis-à-vis du capitalisme, peuvent sembler suffisantes pour balayer d’un coup toutes leurs théories, ils n’en demeurent pas moins marxistes jusqu’au bout. Pourquoi ?

1°- Parce que le marxisme, quel qu’il soit, est leur raison d’être. Ils ne peuvent de ce fait, reconnaître qu’ils ont échoué. S’ils ont fait tout ce qu’ils ont fait, c’est parce qu’ils étaient avant tout marxistes et communistes.

2°- Chaque fois que les communistes éprouvent une déception réelle susceptible de les faire renoncer à leurs convictions les plus profondes, ils trouvent aussitôt toutes les justifications possibles qui leur permettront de dépasser la crise.

Le marxisme est devenu en tout point semblable au capitalisme en ce sens que chaque fois que les thèses marxistes sont démenties par la réalité des faits ou chaque fois que leur argumentation ne résiste pas à l’analyse, les marxistes jettent aussitôt l’anathème sur ceux qui les appliquent en faisant valoir qu’ils les ont mal interprétées et n’ont pas observé leurs lois infaillibles. C’est ainsi qu’ils ont procédé pour expliquer le mouvement ouvrier en Pologne. Ils n’ont pas hésité à prétendre que l’interprétation faite dans ce pays était erronée et que ses auteurs devaient payer pour ne pas avoir observé les lois dictées par le marxisme. Ils faisaient allusion par là, à ces éléments qui, ayant violé les principes du marxisme, doivent être tenus pour responsables des troubles et de la prise du pouvoir par l’armée.

Mais pourquoi ne pas l'avoir pas dit plus tôt ? Pourquoi avoir tant attendu pour accuser Gierek d'anticommunisme ? Ne le consideraient-ils pas jusque-là, comme l'un des militants communistes le plus fidèle aux thèses marxistes-léninistes. Jamais il n'a été mis sur le banc des accusés dans aucun congrès du Parti ni même lors de la dernière réunion du congrès du Parti communiste polonais qui s'est tenu peu avant que les événements n'éclatent. Curieusement, c'est lorsque la situation a explosé qu'il a disparu de la scène politique !

C'est en ayant recours à ce genre de dialectique que les marxistes parviennent à se maintenir en place et à aller de l'avant. Le marxisme s'est ainsi perpétué par tous les moyens aux côtés du capitalisme qu'il n'espère plus pouvoir abolir un jour. Le marxisme a donc fini par accepter la coexistence avec le capitalisme qu'il a si bien imité en tout point, distinguer entre l'Union soviétique et les Etats-Unis, ni entre les deux Allemagne car on retrouve les mêmes phénomènes et les mêmes caractéristiques partout. Il est désormais impossible de différencier une entreprise marxiste de l'entreprise capitaliste qui lui a servi de modèle. Dans un système comme dans l'autre, les ouvriers se mettent en grève pour revendiquer une augmentation des salaires. Ici comme là , ils appellent à la révolution pour renverser l'adminstration qui les opprime. En Grande-Bretagne comme en Tchécoslovaquie, les dissidents clament leur droit à la liberté.

Après avoir étudié ces deux modèles, le moins qu'on puisse dire c'est que le monde n'a guère changé ! Toutes les caratéristiques qui étaient celles du Premier modèle nous les avons retrouvées dans le second sous une forme à peine différente. Aussi en arrivons-nous à  été qu'un bouleversement des apparences et rien d'autre !

En quoi consiste un véritable changement ?

La lutte que l'homme a menée en vue de la liberté et du progrès, ne s'est pas arrêtée là. A ces deux modèles dont nous venons de parler, est venu se substituer un troisième dont nous allons étudier les différentes composantes. Nous nous demanderons ensuite si, grâce à ce nouveau modèle, l'homme a enfin accédé au bonheur et à la liberté et si la lutte a enfin couronnée de succès. Ce qui revient à nous demander s'il a enfin pu opérer réellement le changement radical qui soit une réalité concrète marquant la victoire finale sur toutes les forces d'oppression.

S'il ressort de l'analyse de l'activité économique, telle qu'elle est conçue dans la Troisième Théorie Universelle ou telle qu'elle s'exerce dans cette nouvelle société qui s'est édifiée sur les ruines des deux autres, que les rapports traditionnels de production ont été abolis au sein de ce nouveau système économique ; que les différents facteurs de production ont été réduits à un seul : les producteurs ; que, grâce à la révolution, ces derniers se sont transformés en associés ayant chacun leur propre part de la production qu'ils considèrent comme un bien sacré ; que les patrons ont été chassés et que les ouvriers assument désormais la gestion de leur entreprise par l'intermédiaire de congrès de production dont les décisions sont exécutées par des comités populaires qu'ils ont eux-mêmes créés, alors seulement nous aurons la ferme certitude que le changement intervenu est un changement véritable et non un changement superficiel.

Il est un fait que nul ne peut nier :

Cette révolution qui a fait de tous les travailleurs des associés, a bel et bien surpprimé les rapports de domination existant entre l'Etat et la classe ouvrière, dans la société marxiste dans laquelle, comme nous l'avons vu, le nombre d'heures de travail ainsi que la participation aux bénéfices et à la gestion sont établis par l'Etat. Avec le triomphe de cette révolution, tous les rapports arbitraires d'exploitation entre les travailleurs et tout autre partie, quelle qu'elle soit, ont disparu à jamais. En devenant des associés, les travailleurs ont nié par là-même l'existence de toute autre force de production et aboli ces rapports injustes qui prévalaient jusqu'alors.

De même qu'il est indubitable que les ouvriers se sont emparés de la gestion de leurs entreprises, qu'elles relèvent du secteur public ou privé. Ils ont bel et bien mis en place dans chacune d'entre elles, un congrès de production qui détient le pouvoir de décision ainsi qu'un comité de gestion qui est chargé d'exécuter ces décisions. C'est ainsi que l'on assiste véritablement à l'application du principe de la participation : tous les travailleurs perçoivent la part de la production qui leur revient et fournissent en échange, la part de travail qui leur incombe. Les travailleurs assument entièrement la gestion de leur entreprise et leur droit à la production n'est plus usurpé par le patron, l'administration ou qui que ce soit. En instaurant des congrès populaires de production et des comités populaires de gestion, les travailleurs sont véritablement devenus maîtres de leur sort.

Par conséquent, nous pouvons conclure qu'une nouvelle situation est née qui n'a plus rien de commun avec la précédente.

Dans une telle société, le problème du réinvestissement de la production ne se pose plus du tout : chaque producteur perçoit, en effet, la part qui lui revient de la production obtenue par l'entreprise dans laquelle il travaille et il est libre d'en disposer librement.

Le problème de la terre, quant à lui, a été entièrement résolu. Après avoir appartenu à des féodaux puis à un Etat capitaliste omnipotent, la terre est devenue la propriété de tous et de chacun en ce sens que chacun peut l'exploiter personnellement pour satisfaire ses besoins. Le système féodal a disparu ainsi que le seigneur de la terre qui la divisait selon son gré, en fermes collectives et en coopératives. Tous les procédés de monopolisation de la terre ont été abolis au profit d'un nouveau mode de propriété défini dans le mot d'ordre suivant : << La terre est la propriété de tous>>.

Il suffit, de prendre en considération le but de l'activité économique dans cette nouvelle société, pour nous rendre à l'évidence : un changement a véritablement eu lieu ! En effet, l'activité économique n'est plus tournée vers l'accroissement du capital du groupe dominant mais vers la satisfaction des besoins de tous. Les moyens de production ne sont plus monopolisés par qui que ce soit. La production elle-même est équitablement répartie entre les véritables facteurs de production, à savoir : les producteurs. Cela est également le cas des moyens de production et de la matière première utilisée pour produire.

Dans cette nouvelle société, plus personne ne peut monopoliser l'emploi ni se réserver le droit de répartir la production. Dans une telle société, chacun oeuvre à la satisfaction de ses propres soins par qui que ce soit. C'est ainsi que chacun paticipe à la production et travaille en toute liberté, sans faire l'objet d'aucune pression quelle qu'elle soit et de qui que ce soit.

Qui protège le système de la Jamahiriya ?

Nous avons vu comment la classe capitaliste, qui concentrit entre ses mains les capitaux de l'ensemble de la société, a forgé un appareil politique destiné à protéger le système qu'elle avait mis en place. Nous avons pu constater la même chose dans les sociétés marxistes. L'Etat capitaliste en place dans ces sociétés, après s'être accaparé des richesses extorquées à la classe capitaliste, a créé de toute pièce un appareil politique sensé sauvegarder un système basé sur le capitalisme d'Etat. Qu'en est-il, à ce propos, dans la nouvelle société ?

Dès lors qu'aucun groupe n'a réussi à faire valoir ses droits pour s'emparer du pouvoir et qu'un véritable système démocratique a réellement été installé, il était inévitable que la société, qui avait déjà entre ses mains toutes les richesses, soit elle-même l'appareil politique détenteur du pouvoir. Ainsi, en devenant maître des richesses de son pays, le peuple peut s'emparer du pouvoir qu'il mettra par la suite au service de ses propres intérêts. Aussi longtemps que la richesse ne sera pas répartie équitablement entre tout un peuple, la démocratie ne pourra s'instaurer dans quelque société que ce soit. Il suffit qu'un groupe s'empare de la richesse de toute une société pour qu'il crée aussitôt un régime dictatorial, quoi qu'il en dise.

Quel que soit l'Etat que nous choisissons d'étudier, il s'avère qu'aucun groupe exerçant une influence assez importante dans la société en question, ne peut tolérer l'instauration d'un système politique qui ne serve pas ses intérêts. C'est le cas, par exemple, des commerçants, des féodaux, des entrepreneurs et des courtiers qui n'accepteront un régime que s'il agit dans le sens de leurs intérêts. Nous pouvons constater en effet que même les gouvernements formés par des groupes de révolutionnaires, tels que le mouvement des Officiers libres, comptent parmi la majorité des membres de leur parlement, des commerçants, des féodaux, des capitalistes et des courtiers qui ne tardent pas à s'emparer du pouvoir et à balayer la révolution.

Si nous prenons, par exemple le cas des pays arabes, nous remarquons que ce phénomène s'est déjà produit dans les moindres détails. Tous les mouvements révolutionnaires de changement, tous les soulèvements ont ainsi été emportés sans avoir même eu le temps de réaliser une part de leurs objectifs.

C'est avec une grande difficulté que la Glorieuse Révolution du Fateh a réussi à sonner le glas de toutes ces pratiques. Fermement déterminés à ce que le peuple soit maître de son sort, nous l'avons poussé à prendre le pouvoir et à avoir confiance en lui tout en le défendant contre les menées des classes réactionnaires qui lui étaient hostiles si bien qu'il a pris conscience de ses propres forces et de sa capacité à gouverner.

Comment la production est-elle réinvestie ?

Nous avons vu comment les producteurs ne consomment qu'une partie de leur production dans le système du capitalisme de classe et une part qui se réduit au strict minimum dans le système du capitalisme d'Etat.

Par son soulèvement contre le capitatlisme, le marxixme se faisait fort de débarasser l'humanité tout entière du spectre du capitalisme. Mais il n'en fut rien. Loin d'avoir apporté une solution nouvelle, les marxistes n'ont eu d'autre souci que de se retrancher derrière leurs propres théories dans lesquelles ils sont restés empêtrés. Quel que soit le parti ou le gouvernement qui s'empare du pouvoir, il suffit qu'il étende sa domination sur les masses populaires – telles qu'elles sont définies dans les concepts de la Jamahiriya – pour que le monde devienne un monde bourgeois.

C'est pourquoi la révolution populaire devait forcément avoir lieu. C'était le seul moyen pour renverser les gouvernements et s'emparer du pouvoir qu'ils détenaient eux-mêmes et leurs partis. Seule la formule des congrès populaires qui décident et des comités populaires qui assurent la gestion, pouvait permettre de détruire les entreprises capitalistes qui étaient le fait d'un Etat capitaliste ou d'une classe capitaliste et de faire de la production la propriété des producteurs. C'est ainsi que les producteurs ont pu consommer la juste part qui leur revenait sur la production pour l'investir ensuite dans la satisfaction de leurs besoins. Un monde nouveau, un monde libre venait de voir le jour.

Le système économique capitaliste (basé sur la libre entreprise) a abouti à l'exploitation, à l'apparition de classes séparées entre elles par de grandes différences, à la guerre et au colonialisme.

La France, par exemple, fait tout ce qui est en son pouvoir pour demeurer en Afrique. C'est pourquoi elle livre une guerre inlassable dans de nombreux pays d'Afrique. Pourquoi ? Cela n'est pas difficile à comprendre : 75% des matières premières qu'elle utilise proviennent d'Afrique. Nous disons qu'il s'agit là, d'un vol manifeste et la France ne peut nous contredire, elle qui a orchestré de nombreux coups d'Etat et tué dans l'oeuf le mouvement révolutionnaire pour le progrès et l'enseignement en Afrique afin de conserver ces sources de richesse.

La société marxiste, pour sa part, ne se soucie nullement de démocratie. La seule préoccupation des marxistes est que le Parti communiste conserve le pouvoir. Toute tentative visant à relâcher la pression exercée sur les masses est à leurs yeux un acte erroné et bourgeois, voire une tendance libérale anti-socialiste. C'est pourquoi les membres des assemblées populaires (les Soviets) sont tous, sans exception, des membres du Parti.

Notre propos n'était pas d'accorder, dans cet exposé, une grande part au capitalisme que nous considérons comme un système corrompu et décadent. En effet, c'est surtout le marxisme qu'il nous importait d'étudier, lui qui prétendait par son soulèvement, délivrer le monde entier des affres du capitalisme. Or, comme nous avons pu le constater, il n'a pas tenu son parti. Il n'a fait qu'instaurer l'Etat du parti unique qui a adopté la dictature comme seul mode de gouvernement et seule doctrine. C'est écrit noir sur blanc dans la constitution et ne peut être interprété autrement.

Les marxistes précisent, cependant, que cette dictature reconnue officiellement dans la constitution est celle de la classe ouvrière. Mais quand les ouvriers ont commencé à manifester en Pologne, il s'est avéré clairement que la dictature en place était la dictature du Parti marxiste et non celle des ouvriers. On en veut pour preuve les affrontements qui ont opposé les ouvriers au parti au pouvoir. Ces événements ont démontré qu'il s'agissait bien de la dictature du Parti sur les ouvriers, une dictature qui leur impose de produire toujours davantage et les contraint à renoncer à une grande part de leur production qui est détournée au profit du Parti.

C'est ainsi que le Parti, fort de son armée, de sa police et de son gouvernement, exerce sa dictature sur les ouvriers et non le contraire.

Le gouvernement interdit aux ouvriers de se mettre en grève, voire même d'observer le moindre arrêt de travail. C'est lui qui fixe le nombre d'heures pendant lesquelles ils sont tenus de travailler. En réclamant que le nombre de jours de travail soit ramené à cinq, les ouvriers ont prouvé, incontestablement, qu'ils ne décidaient de rien, ni de leurs jours de travail, ni de leurs heures de travail. Ils ont prouvé qu'ils renonçaient à leur production contre leur gré et qu'ils produisaient sous la contrainte.

En ne réussissant pas à proposer une véritable solution de rechange au capitalisme, le marxisme a conduit le monde dans une impasse d'où? seule, la révolution populaire pouvait le tirer car elle est la solution inéluctable.

Ainsi ce qui est arrivé n'est arrivé n'est rien d'autre qu'un simple remodelage.

Les logements qui appartenaient à de grands propriétaires de l'immobilier dans le système capitaliste sont devenus la propriété du gouvernement installé par le Parti communiste et représenté par la municipalité.

De même, la terre qui appartenait aux féodaux est devenue la propriété du Parti communiste.

Le pouvoir également est passé des mains de la classe capitaliste à celles du Parti communiste.

Sans oublier l'armée qui, de capitaliste qu'elle était, est devenue marxiste, et la production, accaparée désormais par un nouveau patron, l'Etat marxiste, qui s'est substitué à la classe ouvrière. La gestion d'Etat a remplacé la gestion privée.

Tout cela n'a été qu'un simple remodelage et rien de plus !

Marx n'a pas mieux réussi là ou d'autres philosphes, avant lui, avaient échoué car le monde est demeuré inchangé !

Un veritable changement signifie l'accès de l'humanité tout entière à la liberté et au bonheur. Il implique l'avènement d'un monde meilleur. Or, c'est justement sur la définition de ce que peut être un monde meilleur pour chacun d'entre eux que les hommes ont achoppé jusqu'à present.



LES ETAPES SONT-ELLES INDISPENSABLES OU NON ?

LA LUTTE DES CLASSES ET LA CLASSE

La lutte des classes est liée à la théorie des phases transitoires, tandis que la théorie que nous nous proposons d'expliquer entend bruler les étapes, car elle ne croît pas aux transitions. En effet ces dernières ne sont pas une fatalité inevitable et rien ne justifie les étapes que le marxisme prétend necessaires,entre le capitalisme et le socialisme, puis entre le socialisme et le communisme.

Cette manière de concevoir la Révolution, qui est devenue l'un des principes fondamentaux de la révolution marxiste elle-même, découle de l'analyse que Karl Marx a faite de l'histoire. Selon ce penseur, il y a eu une transition de l'ère esclavagiste (ou société esclavagiste) à la société féodale et au capitalisme, puis une autre qui a mené du féodalisme à la bourgeoisie. De là, les marxistes ont conclu à la nécessité d'une phase transitoire entre le capitalisme et le socialisme, puis d'une seconde entre le socialisme et le communisme. Or encore une fois, il n'y a nul déterminisme en cela, car la volonté de l'homme étant le vrai catalyseur de cette evolution, elle seule peut créer ou annihiler toute chose. Il ne faut pas voir de << Jamahiriya>>, dans quelque pays que ce soit, feudal ou socialiste, monarchie ou république.

Tout pays qui realize une revolution populaire provoquée par une force révolutionnaire peut immédiatement se transformer en une Jamahiriya et instaurer le socialisme. Dès lors le gouvernement disparaît, les classes s'estompent et les instruments de gouvernement cèdent directement la place à une <<Jamahiriya>>. Ce processus est xxxxxxxxxx n'importe quel analyste arriverait à la même conclusion : toute société capable de faire la révolution est en mesure d'abolir l'ancien système et d'édifier une nouvelle société sur-le-champ. Il n'est pas du tout besoin pour cela de passer par quelque phase que ce soit.

Voici donc résolu l'un des problèmes majeurs de la Révolution. L'analyse que nous venons d'exposer est désormais confirmée surtout lorsqu'on observe que la Révolution marxiste n'en finit plus de traverser une phase transitoire entre le socialisme et le communisme, phase qui peut très bien s'avérer éternelle.

Si l'on reticent xxxxxxx 1917 comme l'année qui a marqué le début de l'application de la révolution marxiste, cela reviendrait à dire en effet que les marxistes sont empêtrés dans la phase transitoire entre socialisme et communisme depuis une soixantaine d'années. Bien entendu ilsont toute une série de slogans et d'explications à fournir à ce sujet.
Dès qu'ils l'auront franchie – avec succès -, prétendent-ils, ils seront parvenus au communisme. Alors s'instaurera une nouvelle situation qui aura elle aussi ses slogans et ses explications.

Il n'en reste pas moins que toutes les analyses indiquent clairement que ces theories ne sont que supercherie. La dure réalité est qu'il est impossible de passer du socialisme au communisme. Les récents événements dans le monde ont infligé un démenti flagrant à toutes les explications marxistes, à toutes les thèses avancées sur le capital, l'ère de la colonisation et de l'impérialisme.

Il est vrai que les événements étonnants auxquels nous avons assisté et assistons encore ne pouvaient être prévus au moment où la théorie marxiste et celle des phases transitoires furent mises au point.

Ces théories sont bien ssur anti-capitalistes, mais elles impliquent des étapes historiques dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont trop longues. Pas moins d'une soixantaine d'années pour une seule étape, celle séparant le socialisme du communisme, et nous n'en voyons toujours pas la fin, car rien n'est venu entre-temps confirmer les analyses marxistes.

Les marxistes croyaient par exemple que du fait des bas salaires pratiqués, le capital s'accumulerait au point que le système capitaliste connaisse une crise dont l'apogée coinciderait avec le moment où le conflit opposant propriétaires des moyens de production et ouvriers serait le plus dur. Ainsi, toutjours selon eux, le capitalisme est condamné à s'écrouler tôt ou tard. Ce ne serait qu'une question de temps, jugeons-en :

Le produit des capitalistes s'accumule puisque les travailleurs produisent beaucoup et reçoivent des salaires bas. La différence entre la valeur du produit des ouvriers et les salaires qu'ils reçoivent est prélevée par le capitaliste qui la réinjecte dans son capital. Il y a donc accumulation puis hypertrophie du capital, en d'autres termes une crise fatale au capitalisme.

Seulement, ce n'est pas ce qui arrive en réalité dans le monde capitaliste. Nous observons en effet que le niveau de vie s'est en general élevé, ainsi que les salaires. Rien ne laisse présager que la production doive s'accumuler. Les programmes mis en oeuvre par les états modernes absorbent tout excédent de production. Ce phénomène d'accumulation semble impossible dans les états capitalistes aussi bien que dans les états marxistes, ce qui interdit toute crise fatale chez les premiers et l'avènement du communisme chez les seconds. Des facteurs très importants et dont il faut tenir compte sont apparus entre-temps comme les programmes d'armement, les programmes spatiaux et même des programmes à vocation plus humaine et sociale tells que la recherche médicale et scientifique (la part de ces derniers dans les budgets nationaux est malheureusement bien modeste). Ces divers secteurs d'activité absorbent tous les excédents.

Les ressources actuelles sont insuffisantes pour permettre de financer de tels programmes. Comment dans ce cas, ajouter foi à des theories selon lesquelles la production pourrait s'accroître au point de permettre à ce mot d'ordre communiste << A chacun selon ses besoins , à chacun selon ses efforts>> de se verifier ? Où que la production pourrait s'accumuler dans les pays capitalistes, au point d'engager une crise ? Cela n'est pas sérieux ! Cette fameuse phase de transition entre socialisme et communisme ne semble pas avoir été franchie. La théorie des phases transitoires ne rime à rien ! En effet, ce à quoi nous avons pu assister, ce n'est pas le passage d'une étape à une autre, mais à une série d'événements qui se sont inscrits dans un cercle vicieux.

Dès qu'elle se déclenche, la Révolution est prolétaire ou communiste. Dirigée contre la société capitaliste (la société tsariste par exemple)
 

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