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  LE TERRORISME ET LE TERRORISME POLITIQUE
  LA PRATIQUE REVOLUTIONAIRE DU LIVRE VERT
  Les explications du livre vert
  PROBLEME POLITIQUE
  LE CONTROLE POPULAIRE
  
 
 
  
 
 
  
  
 
 
  
 

 

 
 
 

 PROBLEME POLITIQUE

 


LE CONTROLE POPULAIRE

ESSAI D'ANALYSE CRITIQUE

   Le problème du pouvoir est un problème vieux comme le monde. Différentes théories ont été émises au cours des siècles sur les fondements et la legitimité du pouvoir dans les sociètés humaines.

   Certaines auteurs pensent que le fondement du pouvoir est dans l'ordre de la nature. Ainsi, des penseurs comme SIRE ou CHAUVIN, en France, ou encore HEBB et THOMSON en Angleterre ont suggéré que le phénomène de pouvoir existe déjà dans les sociètés animales et revit de ce fait des aspects biologiques.

   Ces études ont eu une certaine influence sur l'évolution des études sur le pouvoir dans les sociètés humaines. Certes. Il est hors de question ici d'exagérer les rapprochements entre sociètés animales et sociètés humaines. En effet, entre ces deux types de sociètés, la différence est une differénce de nature et partant d'ordre qualitatif. Cependant, il est une donnée de fait que dans tous groupes humains, à travers les âges, le phénomène du pouvoir d'un individu ou d'un groupe d'individus sur d'autres individus ne peut être nié. Ceci peut se retrouver, au niveau de la famille, du clan, de la tribu, de la cité ou de la nation. Le fondement de ce pouvoir peut être attribué à différents facteurs: la force, l'intelligence, la maturité ou la sagesse, la vieillesse... A ce titre, le phénomène du pouvoir se ramène à la notion d'<<autorité>>, voire de <<prestige>>. Celui qui a le plus d'autorité, c'est-à-dire l'aptitude à se faire obeir facilement, exerce ou est difficilement analysable. Elle s'impose aux gouvernés (enfants, membres du clan ou de la tribu, simples citoyens...) comme une donnée immédiate de la conscience. De là vient l'idée que le pouvoir apparait, au plan sociologique, comme un phénomène naturel, une réalité sociale indéniable.

LA LEGITIMITE DU POUVOIR

   L'existence de fait du pouvoir dans les sociètés humaines n'exclut pas cependant la question de savoir pourquoi faut-il obéir à telle ou telle autorité plutôt qu'à telle autre. C'est le problème de la legitimité du pouvoir.

   La legitimité est une notion essentiellement philosophique. Le pouvoir exercé par une autorité considérée comme legitime est accepté et respecté. Un royaliste estime qu'il faut respecter l'autorité du roi car ce roi l'a reçue aux mains des ancêtres, voire de Dieu. Ce même royaliste peut ne pas respecter l'autorité d'un president de la République, car il estime que, même légalement instituée, l'élection au suffrage popu-   laire ne pourrait être à la source du pouvoir.

   Différentes doctrines ont ete edifiées quant à l'étude de la legitimité du pouvoir, mais de manière générale on peut les classer en deux groupes: la legitimité théocratique et la legitimité démocratique.

LA LEGITIMITE THEOCRATIQUE

   La doctrine relative à la legitimité théocratique fait intervenir la notion de <<souveraineté divine>>, c'est-à-dire que le droit de gouverner relève du droit divin. Une première forme de cette doctrine suggère que le dirigeant lui-même participe à la nature divine, c'est le cas de pharaon d'Egypte ou des Empereurs à l'époque de la civilisation romaine, ou encore l'empereur du Japon jusqu'à une date récente. La deuxième forme de la legitimité théocratique fait appel à la notion de l'investiture divine. Les gouvernants ne sont pas des dieux, mais ont été designés par Dieu pour gouverner ou choisis par les hommes en fonction du plan providentiel. Cette deuxième forme de la doctrine théocratique a été formalisée en son temps par Saint-Augustin et poursuivie par la suite par des maitres à penser comme De Bonald. Elle a constitue pendant des siècles de l'ère chrétienne l'un des fondements les plus solides de l'établissement des régimes autocratiques.

LA LEGITIMITE DEMOCRATIQUE

   Le deuxième type de légitimité qui s'est forge pendant des siècles et qui demeure le plus répandu à l'heure actuelle est la légitimité dite <<democratique>>.D'après cette doctrine, l'idée essentielle repose sur la notion de la souveraineté du peuple. Les gouvernants tirent leur pouvoir du peuple qui les a élus. Cést donc au nom du peuple qu'íls exercent le pouvoir et qu'ils ont le droit de gouverner. Et c'est le peuple qui met fin à leurs fonctions.

  La théorie de la souveraineté populaire a été déjà esquisée des l'époque du Moyen-Age chrétien par certains penseurs catholiques comme Saint Thomas d'Aquin, puis développée et approfondie par les penseurs du XVIIème siècle issus de l'école <<du droit de la nature et du droit des gens>> et couronnée par l'oeuvre de Jean-Jacques-Rousseau et les encyclopédistes du XVIIIème siecle. L'idée est fort simple: Les hommes naissent égaux, donc il n'y aucune raison pour qu'un individu domine les autres. Le pouvoir appartient aux membres de la socièté, donc au peuple tout entier.

   En pratique, cette théorie a donné naissance à trois variantes du système dit<<democratique>>. La première repose sur l'idée que la souveraineté du peuple se recoupe avec la souveraineté nationale, la Nation étant un être indivisible et distinct de ses composants. Dans cette hypothèse, il n'est pas nécessaire que les composants de la nation participent au choix des gouvernants. Il faut et il suffit que les gouvernants représentent de façon légitime l'intérêt national. Le problème est en fait de savoir qui est-ce qui détermine les critères de l'intérêt national. Par exemple, en France, pendant la seconde guerre mondiale, il y avait deux gouvernements, l'un etabli en France dans le pays légal dirigé par le Maréchal Pétain et l'autre etabli à Londres dirigé par le Général de Gaulle qui s'estimait comme étant le représentant légitime de la nation française. Dans cette conception donc, l'idée de légitimité prime sur la légalité. Pour peu que ces deux éléments coincident entre eux, et voilà la nation reconciliée avec ses composants.

   La deuxième variante d'une telle conception est de nature assez particulière, car ici la notion de peuple se recoupe avec la classe sociale considérée comme la plus nombreuse et la plus  dynamique pour mener la révolution: c'est la classe ouvrière. La conséquence pratique d'une telle conception serait de priver de droit de participation au choix des gouvernants les personnes qui ne font pas partie de cette classe. Ce fut le cas en Union Soviètique à une certaine époque du temps de STALINE. (cf.lois électorales 1935).

   De même, une des applications pratiques d'une telle conception est basée sur l'établissement de parti unique, ou de deux ou trois partis, qui  regroupent les éléments les plus conscients du prolétariat en vue de mener à bien les taches revolutionnaires. Tout autre parti qui ne se rattache pas à cette idéologie est considerée comme illégal donc ine- xistant.

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

   Enfin, la troisième variante de la légitimité démocratique est celle qui a inspirée Jean-Jacques Rousseau pour qui la participation de chaque citoyen au choix des gouvernants est un droit inaliénable, ainsi qu'il écrit dans le contract social, III, I, : << Supposons, que l'Etat soit composé de 10.000 citoyens; chaque membre de l'Etat n'a pour sa part, que la dix millième partie de l'autorité souveraine>>. Cependantpour Jean-Jacques Rousseau, une fois que les membres de la socièté ont choisi, se forme une volonté commune distincte des vo-  lontés individuelles. Cette volonté commune établit la souveraineté populaire. Elle est indivisible et inaliénable. Mais si la théorie de la volonté commune est concevable dans toute sa pureté, le problème devient plus complexe quant à son application pratique. En effet, le système conçu par Jean-Jacques Rousseau ne peut se concevoir que dans des micro-Etats où le nombre restreint de citoyens permet des délibérations directes sur les affaires publiques (contract social III, iii ). Ainsi, les oppositions d'intérêts seront moindres . Autrement dit, le contract social preconisé par Jean-Jacques Rousseau est pratique-       ment difficile à mettre en oeuvre dans les sociétés modernes où l'on évolue vers le complexe et où les intérêts sont divergents, à moins de tomber sous la dictature d'un despote comme le laissent d'ailleurs percevoir ses écrits sur <<le législateur>> et <<la Religion civile>>.

LE LIVRE VERT

   Le grand mérite du Livre Vert de Moammar El Kadhafi est d'avoir demystifié et mis à nu les systèmes dits <<démocratiques>> et <<popu-  laires>> qui existent dans le monde actuel et qui sont pour la plupart issus des reflexions et pensées dont nous venons de parler auparavant.

   En effet,que se passe-t-il ? Les diverses idéologies qui existent à l'heu-   re actuelle, invoquent la légitimité démocratique comme fondement de leurs régimes politiques, que ce soit celles qui se réclament la démocratie libérale ou celles qui se réclament la démocratie populaire. Un fait est certain:<< la conquête du pouvoir au sein de ces régimes politiques sont le résultat de la lutte que se livrent les appareils pour parvenir au pouvoir..., elle se solde toujours par le succès d'un ap- pareil, individu, groupe, partie ou classe...>> (Livre Vert,p.8. 1ère partie, version française). Or un parti politique regroupe des individus qui ont les mêmes idées quant à la direction de la cité (id. P. 24). Dans la con- quête du pouvoir, le parti annonce un programme de gouvernement qui contient  certaines promesses. Une fois le parti arrive au pouvoir, il y a une de deux hypothèses suivantes qui peut se réaliser. Ou bien il applique son programme, et en ce cas il risque de laser les intérêts de citoyens qui n'ont pas voté pour le parti (id. P.9). Ou bien le parti ne peut pas tenir les promesses qu'il a avancées uniquement pour conquérir le pouvoir, auquel cas il trahit son électorat et agit par démagogie pour conquérir le pouvoir.

   Dans un cas comme dans l'autre, le peuple est berné ; il n'y a pas de démocratie véritable.

   A la limite, si l'on suit le raisonnement du Livre Vert, les difficultés auxquelles on se heurte dans la réalisation de la démocratie véritable resultent du fait que le pouvoir, à l'heure actuelle est l'affaire des pro-    fessionnels de la politique, qu'ils soient de droite, de gauche ou du centre, que ces professionnels utilisent les partis comme instruments pour la conquête du pouvoir, les dirigeants du parti ou des partis vainqueurs agissent en fonction de leurs intérêts propres et de ceux de leur clientèle électorale qui, sommes toutes, ne représente  qu'une partie du peuple. Tout ceci n'est pas conforme à la démocratie véritable qui recquiert la conquête du pouvoir par le peuple lui-même, tout le peuple.

Pour Moammar El Kadhafi, le nombre de partis en lice pour la conquê- te du pouvoir ne remet nullement en cause la nature du phénomène; qu'il y ait bipartisme, multipartisme ou parti unique (id. P. 26 et p. 33). Dún côté, le fait qu'il ait plusieurs partis dans un régime politique ne marque pas un progrès dans la démocratie, comme on le croit trop souvent; il n'est que l'indicateur de l'intensité de la lutte pour le pouvoir politique. D'un autre côté, le gouvernement d'un parti unique ne signifie en  rien l'identification entre l'aspiration du peuple entier et l'idéologie et l'intérêt du parti, car il n'est pas concevable que tous les citoyens aient les mêmes intérêts et la même idéologie. De ce point de vue donc, on aboutit également à la dictature.

   Une question pourrait se poser, à cet egard, à savoir si la conséque-   nce de facto que la coallition au pouvoir de tous les partis politiques ne serait-il pas le meilleur régime, puisqu'il peut exprimer l'ensemble des aspirations du peuple entier et donc les intérêts de tout le peuple.

   A cette question, le Livre Vert pourrait apporter deux objections majeures. D'une part, le produit d'un tel régime serait l'adoption des mesures de compromis, donc nécessairement fragmentaires et ne pouvant pas couvrir de fait toutes les aspirations et les intérêts du peuple entier. D'autre part, le Livre Vert va plus loin. Le problème ne reste pas seulement au niveau de l'expression des idées du peuple par une minorité d'individus. C'est l'idée même de représentation qui n'est pas conforme à l'idée de démocratie, car le représentant finit toujours  par accaparer et confisquer le pouvoir à son profit, à celui de son entourage ainsi qu'à celui de sa clientèle. La délégation du pouvoir définit toujours par priver le mandat de son pouvoir, au moins pendant la durée du mandat. <<... Le député se separe des masses, car des qu'il est élu, il usurpe leur souveraineté et agit à leur place ...>> (id.p. 16). C'est la raison pour laquelle, Moammar El Kadhafi estime que l'assemblée parlementaire est une représentation trompeuse du peuple >> (id.p. 13).

   Dans la <<démocratie>> classique, l'institution parlementaire a été considerée comme l'instance suprême qui permette au peuple de gerer les affaires publiques par l'intermédiaire des parlementaires qui proposent des lois ou examinent et votent les projets de lois présen-       tées par le gouvernement. A l'époque actuelle, en raison notamment de la multiplicité et de la complexité des affaires publiques, le parle-     ment s'est vu reduire ses prérogatives. Bien que juridiquement il ait toujours le pouvoir de proposer des lois, les auteurs contemporains s'accordent à reconnaitre que ce pouvoir s'est considérablement amenuisé et pensent que le rôle du parlement se bornerait désormais au contrôle du pouvoir exécutif. Cette tâche de contrôle est considé-  rée, dans les régimes dits << démocratiques>> à l'heure actuelle, com- me une des manifestations de la souveraineté populaire.

LA PROBLEMATIQUE DU CONTRÔLE

   Les constitutionnalistes ont toujours abordé l'étude du contrôle en terme d'équilibre dans l'organisation des pouvoirs. Equilibre entre pouvoir législatif et pouvoir exécutif, comme si l'objectif fondamental de ceux qui se lancent vers la conquête du pouvoir était de recher-      cher l'harmonie des différentes institutions dans l'exercice de leurs compétences. Certes, certaines constitutions sont des modèles d'ingéniosité dans la recherche de l'harmonie et de l'équilibre entre les pouvoirs. C'était le cas en France sous l'inspiration de Seyès. Mais un regard plus prosaïque sur la question decouvrirait que la nécessité du contrôle en politique est d'abord fondée sur des intérêts bien compris. On peut même avancer qu'à l'origine de l'institution parlementaire moderne, en Europe et plus particulièrement en Angleterre, le problè-  me de l'impôt. En Angleterre, depuis le moyen-Age, une coutume était déjà établit selon laquelle le roi ne pouvait exiger d'impôts sans le consentementde ses sujets ou de leurs représentants.

   Cette exigence donnait lieu à de nombreux conflits entre le roi et des éléments représentant des contribuables à savoir les chevaliers, délé-   gués des campagnes et les députés représentant la bourgeoisie nouvelle dans les villes. Pendant tout le XVIIème siècle, une lutte ouver- te oppose la Chambre des Communes et le pouvoir royal, lutte qui aboutit, en 1688, après des guerres civiles par l'établissement du <<Bill of Rights>>, une charte qui consacre le pouvoir de contrôle du parle-   ment sur les finances publiques. La conquête de ce pouvoir financier par le parlement va s'élargir jusqu'au domaine législatif tout entier, apr suite de chantage exercé sur le roi avant l'établissement de tout nouvel impôt. Autrement dit, le contrôle du Parlement qui à l'origine  était axé sur la question du consentement à l'impôt, va s'étendre sur tous les domaines de la vie politique. C'est l'origine de l'établissement du régime Parlementaire en Angleterre. Les autres pays d'Europe ony sensiblement suivi cette voie quoique de manière différente et dans une moindre mesure.

   Le pouvoir de contrôle  consiste à donner un droit de regard sur tout ce qui ressort de la direction de la chose publique. Il vise à prévenir tout abus du pouvoir de la part des gouvernants et pourrait entraïner une limitation quant à l'étendue de ce pouvoir. Ce contrôle, pour être  efficace, peut également assorti de sanctions. L'idée fondamentale       en la matière dans les régimes dits <<démocratiques>> est que la sou- veraineté appartient au peuple. Par conséquent, le peuple a un droit de contrôle sur ceux qu'il a élus ou désignés pour gerer les affaires pu-  bliques. Ces élus devraient pouvoir rendre compte de leurs activités pour qu'on sache s'ils ont effectivement servi les intérêts du peuple ou non.

   De même, ce contrôle peut concerner ceux qui, de par leurs fonc-    tions, sont amenés de près à gerer les affaires publiques: il s'agit des fonctionnaires de l'Etat ou d'autres collectivités publiques. Ici, la notion de chose publique s'entend en termes très larges, qu'il s'agisse des der- niers publics, du patrimoine public, du domaine public, donc en défini- ve de la  politique nationale.

   Or, il se trouve que dans la pratique, les citoyens ne peuvent pas suivre de près quotidiennement la marche des services publics, ni suivre de près les décisions prises par le gouvernement. D'où la théorie de la représentation en matière de contrôle. Le peuple délègue son pouvoir à des représentants pour assurer ce contrôle. Les représentants mandatés au niveau national sont les membres du parlement qui dispose, dans la conception classique, du pouvoir législatif faisant contre-poids en quelque sorte au pouvoir exécutif du gouvernement. A une échelle moindre, on peut également évoquer un contrôle qui lui est similaire, à savoir le contrôle par des conseillers municipaux ou communaux membres des conseils municipaux chargés de délibérer et de contrôler la marche des affaires publiques locales où il existe des structures decentralisés. On ne peut pas détacher ce genre de contrô- le de la forme parlementaire car il est aussi basé sur la théorie de la re- présentation. Aussi les mettons-nous sur le même plan, bien qu'il y ait une difference de degre.

   La question qui se pose à cet egard est de savoir si le contrôle de type parlementaire assure véritablement le contrôle des affaires publiques par le peuple tel que l'affiche la théorie de la représentation.

   Le présent travail n'entend pas rentrer dans l'étude des procédures techniques en matière de contrôle, mais plutôt apporter ses modestes reflexions  nourries par la lecture du <<Livre Vert>>. Aussi l'auteur s'excu- se-t-il du caractère forcément non exhaustif et forcément très général de sa contribution.

CONTRÔLE PARLEMENTAIRE ET CONTRÔLE POPULAIRE

   Le pouvoir du Parlement, dans les régimes <<démocratiques>> consiste à proposer des lois et d'examiner et de voter les lois présentées par le gouvernement. Il a aussi, comme compétence de discuter le programme presenté par le gouvernement et d'apprécier le bilan pré- senté par ce gouvernement en fin de période. Si les membres du Parlement n'approuvent pas ces projets de lois, ou s'ils n'approuvent pas le programme ou le bilan, ils disposent à l'encontre du gouverne-    ment de certaines sanctions, soit rejet et non-adoption des projets, soit vote d'une motion de censure en vue de renverser le gouvernement. Or, que se passe-t-il en réalité?

LE CONTRÔLE DU PARTI MAJORITAIRE

   Les Parlements à l'heure actuelle sont dominés ar les partis politiques. Généralement, le parti vainqueur dispose d'une majorité de sièges. L'Etat-major de ce parti se trouve généralement au gouvernement ou se fait représenter par le gouvernement. Dans la pratique, malgré cer-  taines formes de choix démocratiques, c'est l'état-major lui-même qui designe les candidats aux élections législatives. Et de surcroït, par pratique et tactique politicienne, les projets de lois à presenter au Par-  lement sont examinés et discutés au sein du parti avant d'être présen-  tés devant le Parlement. Autrement dit, le parti prends toutes les mesures de sécurité pour que son programme puisse passer et être ef-  fectif. Une fois que le projet de loi arrive au parlement, il a de la chance d'être adopter car les membres du parti majoritaire auront voté sans difficulté pour le projet. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des lois antipopulaires soient adoptées par le Parlement et executées par les services de l'administration.

   Il en est de même lors de la discution du programme ou du bilan du gouvernement. Ces questions sont déjà débattues auparavant au sein du parti. Dans ces débats, l'initiative vient surtout des membres de l'état-major qui sont eux mêmes, la plupart du temps, membres du gouvernement. Une fois que le programme ou le blan est présenté devant le Parlement, on assise à une véritable force politique. Le programme est approuvé sans difficulté. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des gouvernements anti-populaires et anti-démocratiques restent au pouvoir pendant des années et des années sans qu'aucune motion de censure ne puisse être votée à leur encon-  tre.

LE CONTRÔLE PRODUIT PAR LA COALITION DES PARTIS   

   On pourrait croire que l'existence d'une coalition entre les partis politiques attenuerait ce phénomène. En réalitée, le processus reste le même. Les projets de lois ou les programmes sont d'abord établis à partir des consultations entre les états-majors des partis alliés. S'il n'y a pas de compromis possible, le projet ou le programme ne sera purement et simplement presenté au Parlement.

   Si des compromis sont possibles, le projet ou le programme sera presenté avec l'assurance que les parlementaires membres des partis alliés votéront pour. Ainsi les mesures de sécurité sont prises. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des compromis douteux, produits de tractations entre les partis, soient adoptés et aient forcé de lois ou regissent pour de nombreuses années la vie des citoyens.

LE CONTRÔLE DU PARTI UNIQUE

   La pratique des pratiques uniques ne diffère guerre des précèdentes, sauf que l'inexistence de partis opposants peut déplacer les conflits non plus au Parlement en vue de la conquête du pouvoir, mais au sein même du parti. I peut se créer à cet égard des regroupements ou des factions qui voudraient dominer le parti en accaparant le plus de clien tèle possible et en prenant l'initiative en vue de faire passer leurs idées au sein du parti, donc au parlement. Certes, des divergences peuvent également exister au sein des partis qui se trouvent dans des pays à structure multipartite ou bipartite. Mais l'impossibilité juridique de pou-   voir créer d'autres partis en dehors du parti unique ne fait que raviver les tensions et les conflits au sein du parti unique. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les lois qui sont produites soient dures et quel-    quefois arbitraires, car elles émanent d'un groupe d'individus qui domi- nent pour un temps le parti et donc les institutions de l'Etat.

L'ABSENCE DU CONTRÔLE POPULAIRE

   L'examen des conditions décrites précèdemment nous amène à penser que le peuple ne peut aucunement contrôler l'action des gouvernants. Nulle part ailleurs, dans les structures des partis, il ne peut participer pour débatre et discuter les projets ou les programmes. Tout au plus, pourrait-on assister à ces débats où  à ces discussions lors des propagandes ou des débats televisés, mais il y assiste comme on assiste à un spectacle. En realité, le pouvoir de contrôle, par le peuple a été perdu et abandonné à partir du moment où le citoyen a mis son bulletin de vote dans l'urne. De ce point de vue, on ne peut pas identi- fier le contrôle parlementaire et le contrôle populaire, quoiqu'en disent les tenants de la théorie de la représentation.

   Certes, on s'est evertué dans certains pays à instaurer des systèmes de contrôle qui previennent toute déviation par rapport aux lois. Ainsi, il en est des tribunaux qui peuvent rendre des jugements lors des conflits opposant les pouvoirs publics et les simples citoyens. Cependant, on ne peut pas dire que ce type de contrôle soit véritablement populaire, bien que la justice soit rendue au nom du peuple souverain. En effet, le juge professionnel n'a pas à se demander où est l'intérêt du peuple ou du citoyen oppose aux pouvoirs publics. Il juge uniquement au regard des lois existantes. Or ces lois n'ont pas été véritablement et directe-      ment établies par le peuple, elles émanent du gouvernement ou du parlement, c'est-à-dire qu'elles sont l'émanation des partis politiques.

   Il en est de même en ce qui concerne le contrôle exércé par le corps administratif, c'est-à-dire par des agents speciaux qui font partie de l'administration. Ce type de contrôle vise notamment à protéger l'argent public et le patrimoine public contre d'éventuelles malversa-    tions qui pourraient tenter certains fonctionnaires de l'Etat, gestionnaires ou comptables publics. Il s'agit là d'un contrôle intérêt à l'administration. Ces contrôleurs, en faisant leur travail ne font que sui-   vre les réglements établis par l'administration et généralement par une poignée d'administrateurs qui regentent la marche des services publics. Les contrôleurs n'ont pas à savoir si ces réglements servent ou non l'intérêt du peuple. Ils n'ont qu'à examiner si les gestionnaires ou comptables ont observé les dispositions internes de l'administration, comme si les services publics se suffisaient à eux-mêmes. Dans ce type de contrôle, les citoyens n'ont aucun droit de regard ni droit d'accès aux dossiers. Pire, les citoyens sont considerés par les gestionnaires des services publics comme des demandeurs de faveurs et non comme les véritables propriétaires de ces services. Autrement dit, les citoyens sont dans un état de subordination, alors que théoriquement, le peuple est souverain et donc l'administration lui est subordonnée.

   Si l'on approfondit la nature de ce phénomème à la lumière du Livre Vert, l'on s'aperçoit que ces différents instruments, de contrôle, comme le Parlement, les tribunaux ou l'administration ne sont que des instrume- ments au service des groupes qui sont au pouvoir. Et les contrôles qui sont exercés tournent autourdu principe de légalité et non de légitimi-  té. Il arrive que les arbitraires contre les simples citoyens. Mais les lois elles-mêmes, pour être justes doivent avoir été établies par le peuple et au peuple dans son livre vert, 1ère partie, p.75. <<Democratiquement, aucun groupe ne peut, au nom de la socièté, prétendre disposer seul le droit de contrôle>>, <<La socièté est son propre censeur>>.

   La question qui nous brûle aux lévres est bien sûr de savoir comment donc organiser un véritable contrôle populaire sans représentation. L'impuissance à répondre à cette question amène à se laisser guider par ceux qui font de la politique leur métier comme l'a dit le professeur Dwight James Simpson au Colloque de Benghazi sur le Livre Vert <<Je devrai nécessairement compter sur les autres pour effectuer le travail pour lequel je suis peu ou pas qualifié. Cette dépendance introduit nécessairement le concept de la représentation, c'est-à-dire déléguer l'autorité à quelqu'un qui agira en votre nom. Et nous nous retrouverons à notre point de départ>> (Le Livre Vert, Colloque International de Benghazi, édition française, p.153).

   Jusqu'à maintenant on a édifié différents modèles d'organisation de la socièté sans que le système de représentation soit remis en cause. Le peuple Lybien a lancé un défi au monde en recherchant une voie universelle comme solution politique au problème de gouvernement. Une experience qui, comme l'a souligne Moammar El Kadhafi lui-même à ce colloque, ne participe aux dfférentes facettes du cristal, mais tout-à-fait en dehors du cristal.

   Bien qu'ayant déjà lu quelques extraits de cette experience, nous souhaitons ardemment approfondir encore l'étude et la recherche de cette troisième voie universelle pour savoir si un véritable pouvoir populaire et un véritable contrôle populaire sont possibles dans les sociètés de notre temps.   

    même des déséquilibres appelle les modifications requises. Certes au concept de crise structurelle,moins bien défini, qui implique davantage le modèle d'organisation de la production,du travail, de la consommation, ... Une telle crise appelle une adaptation plus profonde des structures, laquelle est plus lente à se réaliser

mais à ce niveau-la comme au précédent, on semble compter sur la présence de mécanismes,de forces latentes qui interviennent pour assurer ce retour à l'équilibre.

   Les specialistes d'autres disciplines analysent les crises politiques, les crises de la famille,voir de la civilisation.

   La somme de ces analyses sectorielles ne nous donne pas une image complète ou adequate de ce qui est en fait l'essentiel: L'interrelation entre les différents domaines de l'activité sociale. Si la crise économique n'était qu'économique et n'avaient toutes sortes de prolongement... plus même, si la croissance économique pouvait se réaliser sans provoquer toutes sortes de dysfonctions, de tensions dans les domaines souvent bien eloignes de l'économie, alors le problème de la crise ne serait pas très grave.

   En fait, l'harmonie d'un système social est faite de relations entre des domaines de l'activité humaine apparement éloignés l'un de l'autre: système de production et struc-

ture familiale,enseignement et organisation politique,... L'adéquation entre tous les éléments d'un système social éxige un long temps d'adaptation et il est normal qu'une période d'évolution rapide soit marquée par toutes sortes de tensions,qui engenderent elles-mêmes des changements successifs. La crise apparait comme une situation ou les tensions,au lieu de se résorber dans le cours dialectique du développement, s'accumulent au point de la menacer, d'en renverser le sens.

LE DEVELOPPEMENT N'EST PAS GARANTI

   Si nous appelons développement une évolution des structures techno-économiques,sociales,politiques, etc., il importe de prendre conscience qu'un processus de transformation de ces structures ne conduit pas nécessairement au développement . Depuis plus de trente ans, il est devenu traditionnel d'envisager les transformations de l'économie et de la sociète dans une perspective de développement.

La mésure de quelques paramètres techno-économiques faisant foi quant au sens du changement; aussi ne parle-t-on de crise que depuis que ces paramètres fléchissent.

C'est dans deux sens différents que le développement n'est pas garanti.Premièrement,les paramètres de la croissance (augmentation de la production , du revenu, du commerce,...) peuvent fléchir de manière définitive. Certes 1'histoire n'est pas finie et de nouveaux développements auront lieu, mais à partir d'autres sources, d'autres régions (l'histoire ne manque pas d'exemples). Secondement, même si ces paramètres maintiennent leur croissance ne suffit plus à assurer le mieux-être de la socièté.Ce phénomène manque vraisemblablement de réferences historiques. Il est nouveau. Il tient au contenu actuel de la croissance. Aussi longtemps que cette dernière portait surtout le manger, le boire,le logis et que les limites de l'environnement ne faisaient que freiner la production, il ne pouvait guère se poduire. Mais maintenant que la production pertube l'environnement, maintenant que la croissance porte sur des productions, dont le sens immédiat pour la vie des hommes est bien moindre, et que, de plus, elle crée des besoins nouveaux en modifiant les conditions de vie... maintenant risque de se produire une veritable fuite en avant, les hommes ne parvenant à maintenir les conditions d'existence que moyennant un accroissement continu de leur emprise sur la nature et de leurs productions.

   Dans l'un et l'autre cas, on peut conclure que le développement s'est renversé, qu'il est devenu déclin. Adam Smith, l'auteur de la première théorie du développement, de celle du moins qui depuis le 18 èmne siècle a inspiré tous les économistes en passant par Marx et Harrod-Domar... lui seul a poussé le modèle jusqu'à sa phase de déclin, a expliqué comment la croissance conduisait non seulement à la stagnation(comme le retiendront ses disciples pour un siècle) mais même au déclin. Ce déclin est-il inéluctable? En europe,la reprise économique de la fin du 19è siècle après une longue crise qui pouvait confirmer les craintes des économistes pessimistes, a fait écarter définitivement cette idée. Et en fait, il n'y a pas de raison de penser qu'il soit inéluctable, mais il y en a de bonnes de penser qu'il est possible et qu'il peut ou non survenir selon la manière dont la socièté assure son développement.

   A la logique élémentaire du modèle de développement : relation dialectique entre production et investissement, effet d'un revenu accru sur la quantité et la qualité de la main d'oeuvre,... s'ajoutent en effet bien d'autres phénomènes qui, combines, peuvent à la longue mettre en cause le développement.

LE FONCTIONNEMENT DES SOCIETES  INDUSTRIELLES

      On a apris l'habitude d'appeler << lois de l'économie>> les règles de fonctionnement de notre socièté. On oublie (ou l'on n'a pris soin de s'informer) que des sociètés différentes ont vecu avec des règles de fonctionnement très différentes. Notre science économique se voulant universelle a reinterprété toute histoire humaine dans ces catégories, abusivement.

   D'ailleurs, les règles de fonctionnement des sociètés industrielles évoluent; et elles s' imposent de  de plus en plus aux sociètés avec lesquelles ces dernières sont en relation. Ces règles ne sont pas imposées par un quelconque pouvoir , elles se forgent à travers le fonctionnement-même des sociètés industrielles. Il serait difficile d'en    donner une image quelque peu exhaustive—qu'il nous suffise d'en relever quelques traits saillants, qui nous paraissent significatifs pour notre propos.

   La concurrence par les prix en est une caracteristique essentielle, même si son domaine d'application a été limité de maintes manières. La concurrence par les prix qui fut un des changements institutionnels essentiels au passage de l'ordre ancien de corporations à l'âge de l'industrie a engendré sa propre transormation:                          

 _ elle a conduit à la concentration industrielle, à l'oligopole ou à la lte entre quelques grands.                                                                                    _ elle a fait sauter les marchés locaux au profit du marche national, puis ce dernier au profit d'un marché mondial.

   C'est ainsi qu'aujourd'hui un nombre limité de grandes firmes s'affrontent à l'echelle mondiale, oscillant entre la lutte et la cartellision. Elles se sont emparées des grands secteurs d'activités, et autour d'elles gravitent une multitude d'entreprises de petite envergure qui les servent (sous-traitance, approvisionnement, services conjoints) ou assurent des activités moins favorables à la concentration.

   La concurrence a aussi engendré sa propre destruction dans le sens où rivaliser pour faire  mieux, à meilleur compte que le concurrent, a fait place à une panoplie d'actions plus en profondeur pour s'emparer du marché. La concurrence n'assure plus cette saine emulation à faire mieux, mais elle provoque toutes sortes de vains développements: luttes de blocage par brevets, conditionnement psychologique par publicité...

   La concurrence par les prix a connu aussi un autre développement pour certains produits: la vente en bourse. A priori, il semblait que la bourse assurerait la transparence du marché et serait un instrument d'équilibre des productions et d'allocation optimale des ressources. Elle est rapidement devenue un lieu de spéculation et la source de fluctuations excessives des prix de la demande pour les producteurs de matières premières.

   La concurrence par les prix au niveau international a connu réemment une grande ampleur pour les produits manufacturés.Partout la part des exportations par rapport au marché international s'est accrue et pareillement celle des importations. Seules res- tent quelque peu abritées les activités que l'état a dû sauvergarder à une date antérieure, telle l'agriculture en europe et celles dont les produits ne sont pas transportables. Pour les autres, force est de se concentrer sur ses << centres d'excellence>>, sur quelques produits, dans lesquels on est si fortement specialisé et qu'on produit si bien qu'en masse que le concurrent étranger eventuel doit faire place. Ce phénomène conduit à un retrecissement des éventails de production locaux (nationaux), à une tendance qui, pousse à l'extrême limite, conduirait à la monoexportation et à la monoproduction. Il est peu probable que des économies complexes se désarticulent à ce point—quoi qu'elles en soient sur le chemin. L'aboutissement: une division internationale du travail très poussée et dans chaque pays, quelques productions dominantes dont depend tout le reste de l'économie. En effet, la cohérene des circuits éonomiques internes,aux intedépendances internes, succèderait un système hiérarchisé comprenant des productions concurrentelles à l'echelle internationale et des activités locales qui dependraient des flux de revenu engendrés par les premières.

   Les conséquences du caractère de plus en plus général et violent de la concurrence n'apparaitront pas car, depuis des décades déjà mise en question de larges secteurs de l'activité nationale par concurrence, a suscité un renouveau de l'intervention étatique. De telle sorte que c'est vers une étrange combinaison de deux que s'achemine l'évolu- tion actuelle des structures. L'Etat n'a pas simplement fait revivre l'ancien mercantilisme.Il est devenu un partenaire important de l'activité économique:

_ en fournissant l'infrastructure de plus en plus complexe requise par l'industrie moder ne.

_ en assumant les retombées, les conséquences nefastes des nouvelles formes de la technologie et de l'industrie: traitement des déchets, épuration, hopitaux physiques et mentaux, services sociaux, redistribution de revenus aux marginalisés du système économique, prise en charge des productions devenues non rentables et des entreprises défaillantes, protection, subventionnement de larges secteurs d'activité, fixation administrative d'une bonne part des prix ou de leurs composantes.

   Dans les pays industrialisés, l'intervention de l'Etat survient essentiellement pour résoudre des difficultés (hormis sa participation à la recherche ). Dans les pays d'investisseur, de novateur de l'Etat est beaucoup plus important. La relation Etat-secteur privé est naturellement assez différente dans l'un et l'autre cas, mais le rôle de l'Etat y est également important non seulement comme arbitre social(détenteur du pouvoir politique) mais comme agent économique.

   Dans ce contexte,la situation faite à l'homme est bien différente de ce qu'elle était précédemment. Indépendamment de l'effet des hiérarchies sociales, il est soumis à un ensemble des choix, qui déterminent son mode de vie, la nature de ses activités et des loisirs, ses relations avec autrui, même avec soi-même, avec la nature. Il est de plus en plus le produit d'un système techno-économique dont l'évolution lui échappe et l'effraie, et de moins en moins être responsable de son propre devenir. Est-ce à dire que cette responsabilité, cete liberté lui aient été ravies par quelque puissant qui en use à son gré? Qui serait-il celui qui aurait ainsi le pouvoir de decider du devenir social? Si ce pouvoir est quelque peu diffus, dans quelles conditions et sous quelles contraintes  est-il exercé? Est-il vraiment, dans son contenu, liberté de décider du devenir social?

OU ET COMMENT SONT PRISES LES DECISIONS SIGNIFICATIVES?

   L'évolution technologique et l'organisation socio-économique sont conjointement très déteminantes. De quoi resulent-elles? La technologie nouvelle ne tombe pas du ciel; elle est le fruit de travaux de recherche considérables. Ces travaux sont le fait des entreprises(surtout les grandes) et des Etats. Il serait instructif d'étudier les considerants toutes les décisions prises quant à l'orientation de la recherce. Les entreprises ont integré la recherche à leurs activités regulières; elle en est devenue un élément indispensable, elle doit assurer la compétitivité à venir de l'entreprise. C'est acculées à devoir réaliser des gains constants de productivité et de l'ouverture de nouveaux marchés que les entreprises travaillent à développer leurs produits et leurs méthodes. Se préoccuper du devenir social engendré par la recherche ne peu intervenir pour elles que:

_ comme un luxe occasionnel pour soigner leur image de marque

_ comme une contrainte éventuelle, s'il est prévisible que les organisations de consommateurs, les Etats ou quelque autre partenaire social tenteront d'imposer des normes—(qualité,fiabilité,non pollution,...)

   Les stratégies d'entreprises sont menées aujourd'hui dans un contexte de confrotation et d'ncertitude, que même la cartellisation ne peut écarter. Les impératifs internes l'emportent donc d'autant plus.

   Quant aux recherches financées par les Etats, elles ont divers objectifs: stratégie militaire, renforcement de l'économie nationale par des découvertes ou des inventions utiles à l'industrie ou à l'agriculture, prestige politique... et enfin développement des connaissances scientifiques. A quels imperatifs, à quelles fins répond ce dernier? On ne saurait le dire en deux mots. Aux traditions des universités et centres de recherche se joignent des considérations plus utilitaires. Mais les unes ou les autres sont-elles pensée en fonction du devenir social? Ou precédent-elles d'une sorte de dynamique internes des activités de recherches elles-même? La coupure entre les lieux où s'é –bauchent des préoccupations d'avenir et les intérêts specialisés dans telle recherche n'augurent pas trop favorablement la réponse de la question.

   Nous devons conclure que les sommes considérables et les efforts non moindres consacrés  aujourd'hui à la recherche vont certainement résoudre des problèmes d'avenir, tel approvisionnement énergétique; mais la résolution de ces problèmes, si importans qu'ils soient, ne signifie pas pour autant que notre socièté se prépare  un avenir viable et souhaitable sur le plan technologique.

   Quant à l'organisation socio-économique, elle évolue rapidement et échappe de plus en plus à la volonté politique des peuples. En effet, les entreprises qui ont pris leur essor du cadre national qui était le leur, peuvent se soustraire de plus en plus à tout système législatif en se retirant ou en menaçant de le faire. Et ce ne sont pas les pays du Tiers-Monde qui en feront l'expérience. Les efforts déployés dans les instences politiques nationales et internationales pour endiguer l'évolution des structures socio-économiques dominantes révèlent l'acuité du problème.

   L'évolution des structures socio-économiques qui resultent principalement des décisions des entreprises répond aux mêmes motifs e necessite que celle de la technologie. C'est pour survivre ou assurer leur avenir que les entreprises se restructurent, fusionnent, modifient leur champ d'activité, leurs implatantions. C'est poussées par la même préoccupation, qu'elles réoganisent le travail, deviennent plus contraignantes... Et c'est en fonction de problémes particuliers que le pouvoir politique tente de réagir, non envie de l'amenagement des structures socio-économiques d'avenir, dont la conception lui échappe.

LES HIATUS EMERGENT

    Le développement des structures techno-et socio-économiques ne procède pas de manière continu, ni déliberée. C'est le déséquilibre, la tension, crées par un changement qui en suscitent un autre. C'est à travers de tels enchainements qu'est née la socièté industrielle, qu'elle se développe et se diffuse à travers le monde. Ces tensions et déséquilibres ont été parfois douloureux et longs à résorber. Pourquoi douter que cette progression ne trouvera pas son chemin à travers les crises à venir comme elle l'a trouvé à travers celles du passé? Les optimistes l'espèrent, les pessimistes ont annonce depuis le début de l'industrialisation la stagnation séculaire, puis toutes sortes de catastrophes.

   Qu'il nous suffise de découvrir comment le fonctionnement du système de prise de décision des sociètés industrielles(occidentales du moins) conduit à des pseudo-resorptions des tensions, à des solutions insatisfaisantes des déséquilibres, tant qu'à la fin le defi des problèmes irrésolus et accumulés le risque de devenir impossible à relever. En faire le tour serait long; quelques exemples suffiront à illustrer le mécanisme:

A. L'accroissement de la capacité productive du travail permettrait d'amenager différemment la vie de telle manière que l'économie ne soit plus dominante, ni le travail contraignant. Mais, en raison des règles du jeu économique, les entreprises, pour survivre, cherchent à maintenir et à élargir leur marché en introduisant de nouveaux produits et cherchent à maintenir leur compétitivité en obtenant le maximum de production du minimum de salariés, conséquence, la hausse de la productivité du travail conduit à la marginalisation et au chômage d'une part croissante de la population, tandisque ceux qui produisent sont astreints à des exigences de plus en plus grandes. La chute de revenus des marginalisés rend plus difficile l'écoulement de la production et indirectement en obère le coût (retraite anticipée, indemnités de chômage,...). Les éléments de solution que la législation pourrait apporter au problème sont compromis par la concurrence internatonale sous toutes ses formes (commerce des produits, déplacement des lieux de production,...).

   B.  L'industrialisation de l'agriculture et des autres productions conduit à toutes sortes de rupture des cycles naturels, aux déchets, à la pollution et à la détérioration ou à la rarèté des facteurs naturels de production. Cette menace a des reactions limitées,face à des problèmes particuliers, non à une recherche d'équilibre global, de symbiose valable. La multiplicité des centres de décision impliqués, leur faible marge de manoeuvre et leurs objectifs particuliers sont autant d'obstacles à une action concertée et efficace. Les recherches requises étant considérables, la concertation necessaire est à grande échelle. Faute d'une telle concertation, le long terme est sacrifié au court terme, la plus profonde et la plus subtile dans les cycles naturels (ingénierie génétique au lieu des produits chimiques,...). Les dégats sont moins immédiats, mais les risques de cette fuite en avant sont de moins en moins maitrisables. Les rarètés, mêmes perçues longtemps à l'avance ne provoquent que des réactions tardives et les solutions de remplacement risquent de conduire à de plus graves impasses.

   C.  Les technologies de production et de consommation comprommettent sérieusement la santé physique et mentale des hommes. La médecine multiplie les moyens pour y remédier. Au lieu d'agir efficacement sur les causes de détérioration de la santé, la socièté développe des remèdes aux maladies et accidents. Pourquoi? En raison de la repartition des pouvoirs de décision, jamais le coût de la prevention n'est utilement comparé à celui des mesures de reparations et du dommage subi par l'homme. La conscience du problème existe; l'Etat prend des mesures réglementaires, correctives; mais les structures socio-économiques ne permettent pas de comparer le gain de productivité dû à un rythme de travail plus intense ( ou à l'utilisation des produits plus toxiques) et la détérioration de la santé humaine, afin de choisir délibérément la voie la plus opportune.

   D.  Le développement des productions sert à satisfaire plus complètement les besoins de l'homme. Serait-il vrai que plus on produit plus l'homme est satisfait? Pourquoi non? L'illusion vient du fait que l'homme n'est pas un donné, que ses besoins ne sont pas déterminés d'avance. L'évoluton de l'environnement, des conditions de travail, de vie,...modifie les besoins de l'homme. C'est l'homme des villes qui a besoin d'évasion, d'espace, de soleil. C'est l'homme fatigué par un travail sans signification qui a besoin de distraction facile, etc. Il y a là un cercle vicieux. Pour redéfinir le développement autrement que par l'accumulation de productions, qui tendent d'amoindrir les méfaits les uns des autres, le Bureau International du travail a proposer le concept de satisfaction des besoins essentiels. A cette fuite en avant –où  le riche consomme par prestige et le plus pauve pour l'imiter! – il oppose la recherche de ce qui est nécessaire pour vivre. A partir de là on peut tenter de déterminer ce qui ameliore l'existence socialement; et l'on trouverait bien autre chose que ce qui est entrain de se produire. Et il n'est pas aise de sortir de l'ornière: c'est l'orientation de la recherche(et le poids des  recherche accumulées), les déterminantes des productions, les infrastructures physiques et sociales(qui sont de plus en plus lourdes), l'organisation de la socièté et des activités,... qui sont en cause.

   E.  L'homme en exerçant son pouvoir sur les choses n'exerce-t-il pas son pouvoir sur lui même? Il n'est pas immuable et par la crossance des productions, il provoque le changement de son être. La quête des marchés conduit les producteurs à offrir avant tout ce qui rend la vie facile. La perte naturelle de la facilité entraine plus aisèment l'adhesion des acquereur qe le goût du depassement. Que les tâches pénibles soient progressivement ses facultés. D'autre part, l'éducation des enfants, qui pour chaque génération est le principal défi auquel elle ait à répondre, se fait dans des conditions de plus en plus déplorables. Le passage à l'industrie a fait que la famille n'est plus uni-te de production, lieu principal de la vie. Le travail, l'école, l'ont dispersée; les activités compensatoires(évasion de toutes sortes) activent le processus: les parents ne sont plus là pour les enfants, ils leur transmettent de moins en moins, la culture profonde se perd; non celles des grands spectacles, mais celle combien plus essentielle de la vie journalière. Et plus l'homme est appauvri dans son être, plus il est prolétarisable.

   F.  Le dernier que nous mentionnerons des cercles vicieux qui se fait jour dans l'évolution des structures, c'est le fait que l'accroissement du pouvoir sur les choses, né de la science et de la technologie, recquiert des modes d'organisation de plus en plus complexes. Il en résulte que l'ecart grandi entre l'emprise de la socièté sur les processus naturels, matériels, et sa faculté de s'órganiser, de se gérer elle-même. Certes l'informatique a permis de résoudre des problèmes partiels. Mais les coordination de plus en plus exigentes entre toutes les activités humaines, compte tenu des structurations sociales qu'elles engendrent et des conséquences qu'elles entrainent... ces coordinations sont de plus en plus difficiles et de plus en plus mal assurées. Le problème est perceptible à tous les niveaux: du niveau de village, où des interventions multiples et non coordonnées provoquent plus d'effets regrettables et inattendus que de changements deliberés à celui de la planète, ou les faisceaux de la coordination, notamment les organisations internationales perdent autant en efficacité qu'elles gagnent en ampleur. Les problèmes des grandes organisations on été beaucoup étudiés ; seront-ils jamais résolus? Pour le moment, alors la science et la technologie permettraient de créer pour tous les hommes des bonnes conditions d'éxistence, même dans les pays les plus riches et indépendamment de toute exploitation deliberée une part de la population vit mal,très mal. Même les bénéficiaires de toutes les innovations voient leur vie alourdie par le poids de mal-organisation: distances à parcourir, contraintes administratives, environnement déplaisant,...

   G.  Dans les relations économiques internationales, les mêmes hiatus se font jour. Les pays industrialisés auraient tout avantage à avoir des partenaires économiques dont la prospérité accroitrait le pouvoir d'achat. Mais les luttes pour les marchés, la poursuite d'intérêts immédiats, font que leurs entreprises aussi bien que leur politique entrave le développement de leurs partenaires, les confinant dans des productions qui n'entrainent pas leur développement intégral.

    Que conclure des exemples ci-dessus et tous ceux qu'on pourrait ajouter pour montrer comment le processus de transformation des structures techno-économiques et sociales des pays industrialisés, indirectement de ceux qu'ils entrainent dans leur orbite:

    _ ne conduit pas un développement assuré

     _ multiplie les tensions, les hiatus, au delà du niveau de défis qu'une socièté peut raisonnable relever

   _ crée des enchainements complexes de dépendance entre les systèmes mis en place (infrastructures physiques, technologies, organisation sociale,...) à tel point que la socièté ne peut plus délibérément choisir des orientations nouvelles

   _ laisse prévoir que les aspects négatifs du changement ne parviendront plus à être assumés, écartés ou depassés, mais risquent de s'accumuler et de peser si lourd qu'on devra parler de déclin ou pour le moins de crise? Et quel sera le sens de cette crise?—Non une crise conjoncturelle, ni même une crise structurelle comme on aime à la définir: manque d'ajustement entre éléments structurels qui appelle des transformations, qui seront elles-mêmes source de nouveaux développements. Non. Mais une crise que les macanismes internes de depassement des societes industrialisees seront incapables de vaincre.

L'ALTERNATIVE

   Décrire une alternative heureuse aux processus qui viennent d'être decrits relèverait de l'utopie. Il n'en est pas moins permis de s'interroger si, surtout dans les pays où l'industrialisation n'a pas encore mis en place des structurations et des systèmes trop complexes, il n'y a pas moyen d'intervenir efficacement pour donner un contenu différent à la dynamique du développement. La réponse ne saurait être a priori positive. Les mesures à prendre ne son ni évidentes, ni simples. Mais il apparait pourtant d'une modification profonde des systèmes de prise de décision pourrait avoir des conséquences inappreciables. Si le peuple pouvait se prononcer sur les besoins à satisfaire plutôt que d'en laisser la décision aux entreprises en quête de marché,... Si ceux qui travaillent pouvaient discuter de l'organisation du travail plutôt qu'elle ne soit abandonnée au pouvoir des gestionnaires mis en place par les détenteurs du capital...S'il était possible de protester efficacement contre les atteintes à la santé... Si les activités culturelles, la diffusion de modèles culturels n'étaient abandonnées à l'initiative d'entreprises en majorité commerciales... Si... Si...

   Un autre développement est possible. Certains pays en ont sérieusement cherché le chemin, par des voies différentes: la Chine, la Tanzanie et aujourd'hui, la Jamahiriya. Est-ce du succès de ces tentatives contestataires, et contestées, que naitra l'espoir de demain?   

 

Par

Jean-Pierre Gern

Centre de Recherche sur le développement

Division économique et sociale

Université de Neuchatel

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