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Marc HAUS
photo : Philippe Merchez
12 avril 2009
Une
nouvelle preuve de l’esprit dans lequel l’État
français - concrètement les participants aux
conciliabules de ce qu’il est coutume d’appeler
le domaine réservé du président - est intervenu
au Rwanda et dans la région des grands lacs de
1990 à 1995, c’est-à-dire avant, pendant et
après le génocide des Tutsi, vient de paraître
au grand jour, dans le dernier numéro du Nouvel
Observateur.
L’article de l’hebdomadaire rapporte l’existence
d’une note confidentiel défense du commandant de
l’opération Amaryllis (opération décidée par
l’exécutif français début avril 1994 après que
le génocide eût commencé pour, officiellement,
évacuer les ressortissants français et
européens), le général Poncet, dans laquelle ce
dernier informe sa hiérarchie qu’il a bien pris
garde à ce que les médias "couvrant" les
horreurs du génocide ne filment pas les soldats
français qui n’intervenaient pas pour stopper
les massacres qui se déroulaient sous leurs
yeux. En clair, il écrit qu’il a obéi aux
instructions (cf l’ordre d’opération Amaryllis
en pièce jointe) qui lui intimaient notamment
l’ordre d’adopter "un comportement neutre
vis-à-vis des différentes factions rwandaises".
Cette neutralité quatre étoile est bien
évidemment criminelle et elle relève sans le
moindre doute du tribunal pénal international.
Mais le plus inquiétant, c’est ce qu’elle révèle
de nos représentants, de ce qu’ils sont capables
de faire et de penser. Car, comme le montre
cette note, cette neutralité n’est pas une
aberration mais bien le résultat d’un ordre
venant des hauts responsables en charge du
"dossier" depuis 1990 et qui, particulièrement
bien informés à ce titre et aussi en raison
d’une coopération très étroite avec les
partisans ouverts du génocide, savaient
parfaitement qu’un génocide venait de commencer.
L’ironie de l’histoire dans l’épisode du jour,
c’est que cette parution dans le Nouvel
Observateur trouve son origine dans les
turpitudes de la DCRI (direction centrale du
renseignement intérieur née en 2007 de la fusion
entre la DST et les renseignements généraux)
qui, voulant à tout prix récupérer ce document
entre les mains de certaines ONG, n’hésita pas à
aller intimider de simples citoyens pour les
enjoindre d’être bien gentils. Des agissements
qui, il faut s’en réjouir, auront suscité un
certain intérêt et assis, s’il en était besoin,
l’authenticité du document.
Espérons maintenant que les milliers de
documents qui continuent de dormir dans les
placards de l’Histoire soient eux aussi un jour
publiés. Car si certains esprits sensibles à la
propagande mainstream peuvent douter des
intentions qui furent celles de leurs "élus",
les conclusions à tirer de l’ensemble des pièces
connues à ce jour sont strictement sans appel
quant à l’implication coupable. Il urge donc que
ces responsables soient jugés si l’on ne veut
pas que "le plus jamais ça" que nos piètres
intellectuels patentés arborent si promptement
reste une vaste blague de mauvais goût. Et l’on
ne pourra que difficilement compter sur ceux qui
parlementent en notre nom et abdiquent
systématiquement devant la raison d’État ! La
teneur des conclusions de la mission
d’information parlementaire de 1998 provoquée
sur le sujet et présidée par Paul Quilès, ex
obligé de François Mitterrand, l’a bien montré.
Elle était de ce tonneau : on a fait des erreurs
politiques d’appréciation dans notre politique
rwandaise mais à aucun moment, notre action n’a
dévié d’une volonté pacifique et philanthropique
de trouver des solutions ! La messe était dite
et les preuves ou témoins gênants refoulés aux
portes de la chambre du peuple. D’ailleurs, que
les auteurs de "une guerre noire" (Gabriel
Périès, politologue, et David Servenay,
journaliste ; La découverte, 2005) se soient vus
confier par certains militaires de haut rang qu
"ils ont été sympa à la mission Quilès, ils nous
ont évité le tribunal pénal international" n’en
est-il pas révélateur ?
Alors remplissez votre office dignes
journalistes et publiez, informez ! Enragez en
citoyens que vous êtes !
Demandez des comptes par exemple sur ce que
recouvre cette lettre de remerciement datée du
22 mai 1994 (le génocide a alors débuté il y a
près de 2 mois) adressée par le président du
gouvernement génocidaire (formé dans les murs de
l’ambassade de France, 17 des membres de ce
gouvernement seront déférés au tribunal pénal
international !), Théodore Sindikubwabo, à
François Mitterrand pour le soutien indéfectible
(politique, militaire, médiatique et
diplomatique) que ce dernier lui a apporté, au
nom de la France...
Marc Haus
deux références utiles :
http://www.lanuitrwandaise.net/
http://cec.rwanda.free.fr/
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